‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 326 sur 433 · Recueil de inorceaux traduits, p · texte numérisé non relu

Recueil de inorceaux traduits, p

donneront à ceux qui ne peuvent lire le texte latin une idée des beautés de Lucain. Pour racheter nos nombreuses critiques, nous citerons encore une page où le poète se rapproche delà sincérité, de la sobriété, de la vérité expressive de Virgile. Ce sont les paroles d*une Romaine qui, sous l'inspiration d'un dieu, parcourt les rues de Rome et prophétise les maux de l'avenir *. Mieux qu'une traduction en prose, l'imitation en vers généralement fidèles et expressifs que nous transcrivons , permettra d'apprécier .ce passage * :

Telle au sommet du Pinde où Bacchus la dévore. Toute pleine du Dieu qui domine son cœur, ^ Court par les bois sacrés la Ménade en fureur ; Telle on voit dans la ville une femme emportée, Trahissant Apollon dont elle est tourmentée... i< Où vais-je, ô Dieu Péan, dit-elle, et vers quels heux Ton bras m'entraîne-t-il dans l'espace des cieux? J'aperçois le ^jaugée et ses blanches montagnes... De Philippes l'Hémus domine les campagnes... Dis-moi quelle fureur, Phébus, les met aux mains? Où donc est l'ennemi? Je ne vois que Romains! Mais quoi! vers l'Orient ta puissance m'entraîne, Où le Nil et la mer se mêlent sur l'arène... Le fleuve du Lagide a servi les terreurs! Je vois un tronc hideux, sanglant, privé d'honneurs!... Dieu! je l'ai reconnu!... Dans ma course emportée, Je visite les mers, la Syrte redoutée.

Et l'ardente Libye où la triste Erinnys Des guerriers de Pharsale a porté les débris!... Les Alpes sous mes pas de neiges couronnées, Le front aérien des blanches Pyrénées, S'abaissent!... Je vois Rome..-. Au milieu du sénat,

2. Elle est l'œuvre de notre ancien élève, M. P. Thureau- Dangin, alors brillant élève de rhétorique au lycée Louis-le- Grand, aujourd'hui publiciste et historien de premier ordre.

Des haines, des complots, le fer... l'assassinat!... Les fureurs des partis renaissent plus cruelles... Suis-je donc condamnée à des erreurs nouvelles? Apollon, par pitié, montre-moi d'autres bords! Philippes m'est connu. » Succombant aux transports, Aux divines fureurs dont elle est consumée. Elle se tait, s'affaisse... et tombe inanimée.

Bibliographie : D. Nisard, Études sur les poètes de la décadence, t. II, p. 85 à 454. — Naudet, Vie de Lucain et Dis- -cours préliminaires dans ses Extraits. — Villemain, Notice sur Lucain (Études de littérature ancienne et étrangère). — Saint-Marc Girardin, Cours de littérature dramatique, t. H, p. 32. — Boissier, l Opposition sous les Césars, p. 289 à 303.

— A. Philibert-Soupé, Étude sur Vépopée latine, 1853. Thèse.

— Mandon, Quasnam Lucano fides sit adhibenda, 1858. Thèse.

— Souriau, de Deorum ministeriis in Pharsalia, 1885. Thèse.

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