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2. Un poète stoïcien dans les Moralistes sous Vempire romain, p. 142.

cessions à la politique et qui, loin de combattre le goût littéraire du temps si contraire à la sobriété et à la raideur stoïciennes, contribua plus que tout autre, avec son neveu Lucain, à faire la mode.

Perse, dont la santé avait toujours été chancelante, ne vit pas les plus sombres années de Néron. Il mourut à vingt-huit ans, et il échappa ainsi à la proscription qui frappa sa famille, ses amis, son maître, et qui sans doute ne l'aurait pas épargné. Il léguait sa fortune à sa mère et à sa sœur; il laissait à Cornutus une somme considérable et sa bibliothèque composée de 700 volumes. Cornutus refusa l'argent et accepta les livres. Il se chargea aussi, avec Bassus, de revoir et de publier les six satires de Perse.

Cornutus et Bassus se bornèrent, nous dit-on, »à de légères retouches et à quelques suppressions que la prudence commandait. Quant à la tragédie prétexte, à. un livre de Voyages et à une pièce de vers en l'honneur de la première Arria, sur le conseil de Cornutus, elles furent brûlées. L'auteur de la Vie de Perse nous dit que le petit livre de satires à peine publié excita l'admiration, et que les lecteurs se l'arrachaient *. Quintilien dit aussi : « Avec un seul petit ouvrage Perse a mérité beaucoup de véritable gloire *. »

Cette faveur des contemporains s'explique sans doute en partie par ce que l'on savait de la vie pure et austère du poète, par sa mort prématurée, par le respect qu'inspiraient les vertus et la fière indépendance de sa famille. Elle est justifiée aussi par la sévérité de sa morale et par beaucoup de nobles pensées qui brillent dans ses vers et récompensent le lecteur, souvent rebuté par l'obscurité pénible du style. Pour-

1. « Editum libnim continuo mirari homines et diripere cœperunt. »

quoi cependant, comme satirique, P rieur à son prédécesseur Horace et suivra de près? Il est facile de s'en i

Les satires de Perse. — La satii donner, et de très près, le spectacle d peint : elle ne saurait vivre d'abstrai idées philosophiques; il faut, plus poésie, qu'elle se mêle à la sociét prendre sur le fait les vices ou les tr critiquer. Or Perse, qui s'est réfugii lures de Rome, dans le sanctuaire di vit dans un monde idéal, qui a pri siècle et l'humanité, a pu faire de mais, faute d'être descendu dans les particularités, il n'a pu apercevoir < vie réelle, il n'a pu être un véritable

Perse avait étudié profondément partout il imite ses tournures, empi sions, de même qu'il introduit dans tions originales et jusqu'à la langue s lius. Combien cependant il est loin la verve puissante du vieux et teri bonhomie spirituelle du contempc Lucilius a été mêlé à la société, à la son temps, il a été homme de parti, geur a fouetté surtout les magistrats sions, les violences ou l'incapacité république. Horace se renferme da mais il a vu les travers qu'il ridiculij mauvaises passions, qu'il raille enc les flétrit. En disciple d'Épicure, il de toucher un peu è, la corruptio comme observateur et pour la poursi vers plein de vivacité et de malice. 1 vu les vices des hommes, qui sembl

que par les livres ou par ouï-dire, n'a ni la verve ardente de Lucilius, ni l'aimable et piquante malignité d'Horace, ni la mordante invective de Juvénal, peintre fidèle et souvent cynique des infamies contemporaines. On ne trouve le plus souvent chez lui qu'un dédain philosophique assez froid pour les folies humaines, qu'il regarde du haut de la morale stoïcienne. Ses plus beaux vers lui sont dictés par l'amour du bien plutôt que par l'indignation contre le mal. Quand il glorifie la vertu, alors ses fortes convictions, son enthousiasme le grandissent, et il s'élève au-dessus de tous les satiriques. Rien chez Horace et Juvénal n'égale ce passage :

Puissant maître des dieux, pour les tyrans les plus cruels je ne te demande qu'un seul supplice : à l'heure où quelque horrible fantaisie vient agiter leur cœur et le brûler de leur poison, montre-leur la vertu, et qu'ils sèchent du regret de l'avoir abandonnée!... Non, jamais les malheureux, hurlant par la bouche d'airain du taureau de Phalaris, jamais les courtisans de Denys, sous l'épée suspendue aux lambris dorés et dont la pointe touchait leur pourpre et leur épaule, n'ont éprouvé l'angoisse de ce tyran qui se dit tout bas : «Je tombe, je tombe, je suis précipité. »Et il pâlit le misérable à cette pensée, qu'il cache même à sa femme qui dort à son côté * !

Dans la même satire se trouvent, un peu plus loin, ces autres vers, aussi beaux et aussi justement célèbres que les précédents :

Instruisez-vous, ô malheureux, étudiez les effets et les causes. Que sommes-nous? Pourquoi sommes-nous créés? Quelle sera notre place dans le monde? Où est le but qu'il faudra trouver sans encombre? Quel est le rôle que Dieu t'a marqué, le poste qu'il te fixe dans l'humanité*?...

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