‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 333 sur 433 · Page · texte numérisé non relu

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Perse a les défauts d'un écolier et les qualités d'un homme. Comme il a beaucoup étudié les philosophes et les poètes et que sa mémoire est surchargée de souvenirs, et ne domine pas assez sa matière, il est souvent dominé par elle. Il va d'imitation en imitation, forçant les maximes du stoïcisme à entrer dans les formes poétiques de Virgile ou fl'Horace. En voulant imprimer à ses emprunts une marque personnelle, il les retourne sur l'enclume, il -martèle les idées et les mots pour dénaturer et rendre siens les débris poétiques dont il forge le métal rigide de ses vers; mais il y a quelque chose de généreux dans ce labeur : il tourmente sa matière à force de l'aimer. A des vérités qui lui sont chères il voudrait donner une trempe inconnue et une pointe perçante. Juscjue dans ses vers les plus originaux on sent l'effort, et la plupart de ses plus admirables brièvetés ressemblent à des gageures. Les mots mêmes qui sont sortis du fond de son cœur en ont été tirés avec peine; ils ont passé, avant d'arriver à la lumière, par tous les saints replis de cette âme, sanctosque recessus mentis^ où de froides maximes stoïques ont pris un singulier accent de sincérité émue *.

Bibhographie : Nisard, Études sur les poètes latins de la décadence, t. I, p. 233-299. — Eug. Despois, Notice en tête de la traduction des satiriques latins, 4869. — Martha, les Moralistes sous l'empire romain, 3* éd., 1872.

Phèdre. — La fable se place naturellement à côté de la satire; car beaucoup de fables renferment des traits satiriques, et les satires, nous l'avons vu par Horace, contiennent plus d'une fois des fables. D'ailleurs Phèdre est un des fabulistes chez lesquels on rencontre le plus d'allusions malicieuses, et il y a chez lui un ton chagrin et grondeur qui rapproche ses petites pièces des œuvres d'un Perse . ou d'un Juvénal.

i. Martha, un Poète stoïcien, p. 189-190.

Vie de Phèdre. — Nous savons peu de chose de Phèdre; son existence même a été contestée. Deux fois seulement il est nommé chez les anciens, pa^™ Martial et par Avianus, fabuliste que l'on croit con temporain du second Théodose ; encore hésite-t-oi à rapporter à notre Phèdre le vers de Martial * « Que fait notre ami Cassius Rufus? Rivalise-t-il ave les badinages malicieux de Phèdre? » Le témoignag d' Avianus est moins contestable : dans la préface d son recueil, il énumère les fabulistes qui l'ont pré cédé, et il parle des cinq livres composés par Phèdre Mais les contemporains se taisent et semblent ignc rer l'auteur et ses ouvrages; Sénèque, à une époqu où Phèdre était mort ou près de mourir, persécut pour des fables, indiquait à un affranchi de Claude Polybe, la fable ésopique comme un genre où le Romains ne s'étaient pas encore exercés, intentatur Romanis ingeniis opus *.

C'est à Phèdre lui-même qu'il faut demander le pe de renseignements qu'on a sur sa vie. Et d'abor quelle était sa patrie? Il dit qu'il a reçu le jour sur 1 mont Piérus, et, bien qu'il ajoute un peu plus loi qu'il est né presque dans V école ^, ce vers ne peut êtr pris pour une expression métaphorique, et signifie que ses parents avaient commerce avec les Muses. E effet, dans la même pièce, il vante la gloire que s sont acquise dans l'apologue le Phrygien Ésope et 1 Scythe Anacharsis * :

Et moi, ajoute-t-il, moi, plus voisin de la docte Grec j'abandonnerais dans un lâche sommeil l'honneur de me pays ! La Thrace ne compte- t-elle pas ses écrivains? Apollc

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