‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 338 sur 433 · V. 21 et suiv · texte numérisé non relu

V. 21 et suiv

618 niSTOIRE DE LA LITTÉRATURE ROMAINE

ceci : né en Macédoine, presque au sein des lettres, quel que soit le sens qu'on attache à ces paroles, il fut esclave soit de naissance, soit par accident. Il appartenait à la maison de l'empereur et fut affranchi. Mais une accusation de Séjan, dont ses fables paraissent avoir été le prétexte, amena pour lui un second esclavage, ou tout au moins des misères dont il supplie Eutychus de le délivrer.

Sans doute la condition et les malheurs de Phèdre ont influé sur son caractère. Beaucoup de passages, dans son petit recueil, sont empreints d'une tristesse et d'une amertume bien excusables d'après ce que nous savons de sa vie. Il se défend, nous l'avons vu, d'avoir fait de l'apologue une satire personnelle ; mais il se contredit lui-même quand il' expose ainsi le but de la fable * :

Maintenant je vais dire en peu de mots pourquoi la fable a été inventée. L'esclave, livré au caprice du maître, n'osait exprimer tout ce qu'il eût voulu; il fit donc passer dans les fables les sentiments de son cœur, et déjoua par des fictions ingénieuses les interprétations malveillantes.

A-t-on besoin de voiles et de précautions quand on parle en général et sans allusion aux individus? 11 est certain que l'histoire du temps semble écrite dans le livre de Phèdre. Peut-on se défendre de voir dans le Geai et le Paon ces affranchis parvenus, si insolents et si fiers de leur pouvoir emprunté? dans le Chien qui lâche sa proie pour Vombrey ces délateurs souvent victimes de leur honteux métier et dépouillés justement de leurs propres biens, puisqu'ils ont convoité ceux d'autrui :

Amittit merito proprium, qui alienum appétit? 1. 111, Prolog., V. 33-37.

Le Loup et l* Agneau, les Grenouilles n'est-ce pas l'image du despotisme brutal de Tibère et de ses ministres?

Séjan n'a donc rien qui étonne. Sans d( pas le seul ennemi de Phèdre ; le poèt( même quand il cite cette maxime qu' Ennius : C'est un crime pour un plébéien trop haut *.

Phèdre n'est pas modeste : il sent son se fait pas faute de se louer lui-même mettre les applaudissements de la postéi

Si la critique envieuse s'attache à mon m'enlèvera pas la conscience de ma valeur ^

Si tu lis ce livre, je m'en réjouirai; sinoi moins à charmer la postérité^.

C'est à son protecteur Eutychus qu'il tement. Dans tout le prologue il le prer aussi haut. Il exige de son lecteur qu'il ses affaires ; il ne veut pas qu'on ouvre le dans un moment de loisir, quand un c quand on rentre d'une visite, quand or ordres pour le service de la maison. Son vient pas à un esprit si affairé : mieux va y toucher. On voit qu'il est exigeant mê homme dont il réclame les bons offices même pièce, il parle avec un ton d« dédaigneuse de ces riches ignorants qi pénétrer dans le sanctuaire des Muses des travaux des lettres, en même temps crent leurs veilles à entasser de l'or.

Cette estime de Phèdre pour son

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