‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 340 sur 433 · II, VI · texte numérisé non relu

II, VI

Tune sic jocata est tanti maj^stas ducis.

UISTOïRE DE LA LITTÉRATURE RO

de brièveté. Ses descriptions sont le plus s( vers ou de deux, les plus longues de tro pourrait faire entrer plus de choses dans ] et cette concision, quoique savante, n'est p vers ne sont point bourrés, si je puis dir certains vers de Perse, où les mots, pour trop de choses, éclatent et laissent écha] toutes parts. Cet excès de brièveté produi veut dire trop à la fois ne dit rien.

Ce qui fait tort chez nous aux fables d le souvenir toujours présent de La Foi serait injuste de comparer ces deux fa] quand ils ont traité des sujets sembla manière et leur but sont très différents, renferme deux choses : une vérité que développer, un récit sous lequel il la diî les fabulistes, les uns font de la mora principal, et regardent le récit comme dont le mérite éminent est la brièveté : d*après ce qu'on sait de lui ; tel est aus se donne partout comme élève d'Ésope, lutter de concision avec son maître, e rapidité la condition même de la fable, emprunte ses sujets à Ésope; mais s'il fois, dans l'intérêt de la variété, la ] mêler aux fables ésopiques quelques i porains, comme celui du deuxième li^ atriensem)^, c'est en promettant au seront courts. On comprend qu'un tel duise souvent la froideur et la sécheres

D'autres fabulistes, au contraire, se surtout au récit; ils ont fait de Fapologi

Une ample comédie aux cent actes 1. II, 6.

Chacune de leurs fables est un petit drame, avec son intrigue et ses acteurs : les personnages y ont leur physionomie bien tracée, leurs mœurs, leurs passions, leur langage. On s'intéresse à eux, on prend parti pour les uns ou pour les autres, on souhaite ou l'on redoute leur succès, on s'attendrit sur leurs infortunes; ils sont si vivants et si vrais, qu'on ne les oublie pas : ce sont des types éternels. A cette analyse incomplète, on a reconnu La Fontaine. A coup sûr, l'apologue ainsi conçu a bien plus de charme, sans avoir moins de profit : car l'étendue du récit ne rend pas la moralité moins claire, et plus la physionomie des personnages est accusée, plus la leçon nous frappe, plus elle demeure attachée à cqf figures que le génie du poète a si profondément gravées dans notre esprit. Phèdre n'a pas cet attrait puissant; mais quand on ne lit pas son recueil sous l'impression toute fraîche de notre inimitable fabuliste, on y trouve encore une saveur agréable, de la finesse, de la grâce, des images heureuses et vraies, des allusions piquantes, quelquefois même, quand l'auteur abandonne l'apologue pour l'anecdote, une abondance pleine d'intérêt. Ces mérites et ceux que nous avons déjà signalés dans le style suffisent pour expliquer la réputation de Phèdre; ils justifient l'habitude déjà si ancienne de proposer cet auteur à l'étude des jeunes latinistes et de les préparer, par l'explication de ses fables, à celle des chefsd'œuvre les plus parfaits du siècle d'Auguste.

On place ordinairement, comme Appendix, à la suite des fables de Phèdre, une grande partie des trentedeux apologues trouvés dans le manuscrit de Perotti et qui ne sont point compris dans celui de Pithou. Quel est Fauteur de ces fables? Les savants n'ont pas encore tranché la question : suivant les uns, elles sont l'œuvre de Perotti lui-même, et il s'en expHque en disant qu'il a mêlé ses propres vers à ceux d'Avianus

et de Phèdre ; suivant d'autres, il faut les attribuer à Phèdre, dont elles reproduisent assez fidèlement la physionomie et le style. La découverte d'un nouveau manuscrit du fabuliste latin où ces fables seraient comprises, pourrait seule résoudre la difficulté. Quoi qu'il en soit, ces pièces ont un caractère remarquable de pureté et d'élégance, et le fond a souvent autant de valeur que la forme. Parmi les plus remarquables, citons la première, la troisième et la quatrième de VAppendix : ce ne sont pas de véritables apologues ; l'auteur y parle en son propre nom,, et y attaque avec finesse et quelquefois avec élévation les travers de l'homme : la dernière des trois, sur l'oracle de Delphes, est surtout frappante. Quant aux fables proprement dites, la onzième, Ésope et r Esclave fugitif, la quinzième, le Berger et la Chèvre, la dix-huitième, le Loup et le Bouvier, et plusieurs autres, ont la précision, la rapidité et la grâce délicate de Phèdre : il nous semble que le fabuliste ancien ne les aurait pas désavouées.

Bibliographie : Adry, Examen des nouvelles fables de Phèdre trouvées dans le manuscrit de Perotti (éd. de Phèdre, t. I, collect. Lemaire). — Berger de Xivrey, Préface de son édition. — D. Nisard, Études sur les poètes latins de la décadence, t. I, p. 5, 61. — Saint-Marc Girardin, La Fontaine et les Fabulistes, 1867, t. I, p. 61, 69.

Pétrone. — Nous nàentionnerons, à côté de la satire de Perse et de la fable de Phèdre, un ouvrage qui se rapproche des anciennes Satires Ménippées de Varron, le Satiricon de Pétrone.

T. Petronius Arbiter, auteur du roman de mœurs qu'on appelle aujourd'hui Satiricon, mais qui, dans beaucoup de manuscrits, porte le titre de Satirarum liber, était né aux environs de Marseille. On ne sait rien de bien authentique sur sa personne. D'après

ropinion la plus suivie, il serait le même qu'un favori de Néron qui fut proconsul de Bithynie, puis consul, et que Tigellin, jaloux de sa faveur, impliqua dans la conspiration de Pison. Après une vie de débauches, il mourut avec courage (66 av. J.-C). Tacite a tracé un portrait remarquable de ce voluptueux qui avait fait preuve dans ses fonctions publiques de vigueur et de capacité, et qui devint, à la cour de Néron, « l'arbitre du bon goût * ». D'après les détails que Thistorien nous donne de sa mort et de ses habitudes d'écrivain, il est probable qu'il faut lui attribuer l'ouvrage dont nous allons parler sommairement.

Le Satiricon^ sorte de roman comique mêlé de prose et de vers, comme les Ménippées, se composait de vingt livres. Nous n'en possédons qu'une suite de fragments. Le plus long est le Souper de Trimalcion^ description d'un banquet donné, aux environs de Naples, dans la maison d'un parvenu très riche, qui étale sottement un luxe de mauvais goût, et vante avec une ridicule jactance l'ordonnance de son repas, l'art de ses cuisiniers et les vins exquis qu'on verse à ses convives. Il se pique aussi de connaissances en littérature et en philologie, et veut qu'on disserte entre chaque service. Dans ce cadre, l'auteur a fait entrer beaucoup de railleries contre la mode et les travers artistiques et littéraires que nous avons signalés dans les auteurs de cet âge. C'est au début même du livre que se trouve la critique fort juste des écoles de déclamateurs et de leur influence funeste sur les lettres. Nous avons cité en partie ce passage, qui est reproduit tout au long dans notre Recueil, Mais ce qui domine dans le Satiricon, ce sont des tableaux honteux, où l'immoralité du temps est peinte avec une crudité et un cynisme révoltants.

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