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Annales, XVI, ch. xxvin et xxix

HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ROiMAINE

Le second fragment conservé est le conte de la matrone d'Ephèse, tiré sans doute des fables licencieuses d'Aristide de Milet, qui étaient fort répandues à Rome dans les derniers temps de la République. L'historien Cornélius Sisenna les avait traduites en latin. On sait quelle imitation originale notre La Fontaine a donnée de ce conte.

Un troisième fragment se' compose d'un poème sur la Guerre civile^ en 295 hexamètres. Un autre passage, qui comprend soixante-quinze ïambiques trimètres, décrit la prise de Troie [Trojse halosis). Le premier surtout a un intérêt littéraire.

Un des personnages du roman, le vaniteux et grossier poète Eumolpe, commence par critiquer la Pharsale, puis il refait le poème à sa manière. On a supposé que l'auteur avait eu l'intention de plaire à Néron, dont il conservait encore les bonnes grâces quand Lucain les avait perdues. Quoi qu'il en soit, il est certain que Lucain est visé dans la prose où l'auteur expose ses idées sur la poésie épique, et que la Guerre civile n'est qu'un persiflage de la manière de Lucain. Il raille d'abord ces hommes qui, « après s'être exercés aux luttes du barreau, se sont réfugiés dans la poésie comme dans un port d'un accès plus facile, se figurant qu'il est plus aisé de construire un poème qu'un plaidoyer enluminé de petits traits scintillants ». 11 se moque de ce style « où les pensées se détachent et font saillie en dehors de l'ouvrage; il demande que les couleurs se fondent dans la trame du poème ». Puis il aborde directement le poème épique :

Essaye-t-on, dit-il, d'aborder cet immense sujet de la guerre civile, il faut être nourri de littérature, ou l'on succombera sous le poids. Car il ne s'agit pas de rédiger en vers une série de faits, l'historien s'en acquittera beaucoup mieux. C'est à travers les légendes embrouillées, les interventions divines, le merveilleux des fables et des machines

que doit se précipiter librement Tessor de Tenthousiasme ; le poème doit montrer partout le délire de l'esprit prophétique plutôt que la scrupuleuse exactitude du narrateur appuyé sur des témoignages.

A ces belles théories, développées avec une emphase que nous avons essayé de reproduire, succède le poème qu'Eumolpe nous donne comme modèle. Nous n'en avons que le commencement; le fragment s'arrête au départ de Pompée pour la Thessalie. Mais ce morceau suffît pour condamner le merveilleux inintelligent que le critique de Lucain a prétendu introduire dans son œuvre. Après avoir exposé, comme l'auteur de la Pharsale, les causes de la guerre civile, il fait . intervenir Pluton exhortant la Fortune à perdre les Romains ; après Pluton paraissent toutes les divinités infernales, Erynnis, Mégère, la Mort, Bellone, Mars, et la Discorde qui harangue sa troupe et apostrophe les grands de Rome, enfin tout le personnel d'une mythologie à laquelle on ne croyait plus. En vérité, si cette critique contemporaine était bien sérieuse, elle en mériterait elle-même une sévère : on ne fait pas un poème épique avec des mots et des allégories.

Nous avons reproduit dans notre Recueil le début de la Guerre civile, L*auteur y décrit avec complaisance le luxe et la gourmandise raffinée du temps : les convives de Trimalcion étaient connaisseurs en cette matière, et si Tautèur du Satiricon est bien le Pétrone que Tacite nous a dépeint,' ce fameux débauché devait être plein de son sujet.

Quelques critiques se récrient sur la souplesse, l'esprit et la verve du style de Pétrone, Nous avouons que nous ne pouvons partager cet enthousiasme. L'auteur a tous les défauts qu'on rencontre dans Sénèque et dans Lucain, la même affectation, la même recherche du brillant. En outre, le langage d'une partie des

interlocuteurs du banquet est rempli « d'hyperboles,

de locutions perverbiales, de oronos srrossiers. de

solécismes, d'archaïsmes * ». (

intention que Pétrone leur a ce

laire qui devait être celui de leu

mœurs, mais ce mélange est pei

le style n'est pas moins impur q

dire ce que Boileau disait d'un

l'ouvrage se sent des lieux que

où il transporte ceux qui ont le

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