‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 345 sur 433 · Page · texte numérisé non relu

Page

du passé, arrivent k énerver leur esprit, à éteindre chez eux la chaleur et la vie.

Le plus grand historien du temps et peut-être de toute l'antiquité, Tacite, s'est préservé de ce danger : tout en se distinguant, par la solidité de son esprit et par ses qualités d'homme d'État, des historiens déclamateurs de l'âge précédent, il a su, pour le style, rester de son temps et il a marqué ses écrits d'un cachet d'originalité et de puissance incomparable.

En général, la poésie est moins heureuse. Silius versifie Tite-Live en essayant d'imiter Virgile ; il ne fait honneur ni à l'un ni à l'autre de ses deux modèles. Valérius Flaccus traite encore l'éternelle expédition des Argonautes en vers quelquefois faciles, mais pâles et sans vigueur. Stace, imitateur faible et sans idées de Lucain et de Virgile à la fois, n'a pas rompu cependant avec l'exagération de Sénèque et des déclamateurs; sa poésie, matériellement descriptive, s'exerce sur des sujets bien frivoles et bien petits. Il reste cependant une source d'inspiration à ce siècle dégradé : sa dégradation même et ses infamies. C'est là qu'ont puisé les deux véritables poètes qu'il a produits. Martial les persifle avec une verve piquante; Juvénal, dans ses âpres invectives , les attaque avec plus de fiel encore que d'indignation.

Leurs vers nous révèlent toutes les pauvretés de la littérature de l'époque ; leurs éloges comme leurs railleries nous signalent une foule de versificateurs inconnus dont les uns vivent de leurs flatteries , les autres payent ces flatteries par une protection avare.

La vie se retire de cette société qui tombe en décomposition. Mais une autre société commence au milieu des persécutions et des supplices, et, avec elle, prend naissance une littérature nouvelle qui grandira dans les âges suivants et qui remplira de son éclat les derniers siècles du monde romain.

Page 1