oir Morceaux traduits, p
sions, etc.). Les livres VIII, IX, X et XI sont consacrés à Félocution dans toutes ses parties, à la mémoire et à l'action ou débit. Le dixième livre renferme une revue littéraire des principaux écrivains de la Grèce et de Rome, étudiés surtout en vue de Téloquence et du profit qu'en peut retirer le futur orateur. Nous avons cité plus d'une fois, dans les chapitres précédents de ce livre, les jugements de Quintilien; ils sont souvent superficiels et vagues, surtout quand le critique parle de la vieille littérature romaine, qu'il connaît mal.
Si l'on excepte la pédagogie morale, dont nous avons déjà fait ressortir la valeur et le caractère élevé, Quintilien, dans ce grand ouvrage, n'a presque rien qui lui soit personnel; il n'a guère fait qu'analyser et traduire ses prédécesseurs. Son livre peut être considéré comme un vaste résumé de doctrines anciennes.que son expérience a contrôlées, et surtout comme une refonte de tous les traités oratoires de Cicéron, éclairés par des exemples tirés de ses discours. En effet, Quintilien relève tout entier de Cicéron, mais il est loin de son modèle. Il est plus méthodique mais plus sec, plus facile à étudier mais moins riche en résultats. Il trace une route, mais il ne saurait donner l'impulsion au génie. Ses idées pratiques sont excellentes. On voit dans ses conseils, qui descendent aux plus petits détails, le fruit souvent heureux de sa longue expérience de professeur; mais ses idées générales sont pauvres, comme sa cri- . tique. Son style est clair, élégant, quelquefois spirituel ; il y manque les allures franches et vives, le jet de flamme de Cicéron. Les figures abondent, mais ce sont des figures qui ornent sans frapper l'imagination, des métaphores et des comparaisons quelquefois banales comme chez Plutarque, à la bonhomie près. Sa langue est pure, mais conserve rarement la valeur
et la force primitives des mots ; souvent il les accole d'une manière qui aurait choqué dans le bon siècle. En somme, tout dans son talent comme dans son caractère est régulier, décent, agréable même par moments ; mais l'élan, l'élévation d'esprit, la grandeur font défaut.
Les Déclamations. — Nous avons déjà dit, à propos de Sénèque le Rhéteur et de ses Déclamations y qu'on a conservé sous le nom de Quintilien un recueil du même genre. Il se compose de dix-neuf discours complets, et de fragments de cent quarante-cinq déclamations, reste de trois cent quatre-vingt-huit que contenaient autrefois les manuscrits. Les sujets de ces déclamations sont, en général, aussi étranges que ceux du recueil de Sénèque . On y trouve beaucoup de traits nouveaux, indices des mœurs du temps et des superstitions qui prenaient la place de la vieille religion nationale. Il y est question de philtres, d'enchantements, d'horoscopes. On y rencontre aussi certains sujets que leur caractère devait rigoureusement exclure des écoles; on ne peut croire qu'ils aient été proposés auxjeunes gens par Quintilien, si sévère lorsqu'il parle des devoirs du maître. Le style n'est pas partout le même. Quelques-unes de ces compositions sont assez bien écrites ; les passages brillants, énergiques, n'y manquent pas ; mais le trait est beaucoup plus rare que dans les fragments donnés par Sénèque. .Les élèves qui ont écrit ces déclamations et le maître qui sans doute les a corrigées, tombent dans la plupart des défauts inhérents au genre. L'homme qui a relevé judicieusement ces défauts dans son Institution oratoire, a-t-il vraiment publié ce recueil?
Nous savons déjà quelle fut la célébrité de Quintilien parmi ses contemporains. Elle ne diminua pas dans les siècles suivants. Pour Juvénal, qui fut sans
doute son élève, il est l'idéal même de l'avocat et du maître de rhétorique. Son livre reste dans les écoles comme le guide suprême de tous les professeurs et de tous les aspirants à Téloquence, comme l'oracle du goût et de la critique. Dans les temps modernes, sa réputation n'a pas été moindre. Lorsque le Pogge, en 1417, retrouva au monastère de Saint-Gall une copie complète de l'ouvrage, dont on n'avait encore en Italie que des fragments défigurés, l'admiration n'eut pas de bornes. L'impression répandit partout ce traité; au xvu*' et au xviii® siècle comme à l'époque de la Renaissance, il fut étudié, commenté, traduit. L'abbé Gédoyn, son traducteur au xvii*? siècle, dut à cette œuvre médiocre un fauteuil à l'Académie française. On sait le culte de RoUin pour Quintilien, dont il a cité tant de pages dans son Traité des études. La Harpe le connaît beaucoup mieux que Cicéron et place son traité au-dessus du De oratore, de VOrator et du BrutuSy œuvres cent fois supérieures. V Institution oratoire a continué à défrayer les rhétoriques copiées sur l'antiquité. Cependant l'auteur a repris aujourd'hui la place qu'il mérite comme rhéteur et comme critique, bien loin de la raison profonde d'Aristote, bien loin de la richesse et de la sensibilité artistique de Cicéron. Mais, malgré des préférences justifiées pour les véritables grands maîtres, nul ne songe h nier l'utilité pratique de cet enseignement méthodique et d'une justçsse souvent un peu étroite. On lira toujours avec intérêt un livre plein d'excellents avis pour les maîtres, de sages préceptes pour les jeunes gens, et de détails intéressants sur l'éducation et les études classiques de l'antiquité.
Le Dialogue des orateurs. — Son véritable auteur. — On a quelquefois attribué à Quintilien le remarquable ouvrage qui nous est parvenu sous ce litre.
Dans sa jeunesse, nous l'avons vu, l'auteur de V Institution oratoire avait composé un livre sur les causes de la décadence de l'art oratoire, de Causis coi^uptx eloquentiœ. Pour cette raison Juste Lipse veut que le Dialogue des orateurs appartienne à Quintilien, et il efface arbitrairement le titre pour lui imposer celui du traité de Quintilien. Mais aucun manuscrit n'attribue le Dialogue à cet auteur, aucun ne lui donne le titre adopté par Juste Lipse. D'ailleurs la décadence n'est pas la question principale traitée dans le Dialogue : le débat porte avant tout sur la querelle des anciens et des modernes, procès engagé déjà entre Cicéron jet les prétendus attiques, et plus tard entre Horace et les partisans de Lucilius et de la vieille littérature romaine. Quant aux causes de la corruption de l'éloquence, les interlocuteurs n'abordent cette discussion qu'au vingt-huitième chapitre d'un dialogue qui en contient quarante-deux; l'auteur ne semble l'introduire que pour clore une discussion épuisée. Cette première objection est confirmée par d'autres arguments solides. Le narrateur du Dialogue en fixe la date à la sixième année du règne de Vespasien (75), et déclare qu'à cette époque il était fort jeune {admodum juvenis) * : or Quintilien avait alors au moins quarante ans. En outre, dans le Traité des causes de la décadence de l'art oratoire, Quintilien, il nous le dit, avait parlé des tropes : or cette question ne se trouve pas et ne pouvait se trouver dans le Dialogue que nous possédons. Enfin la critique superficielle de cet écrivain, qui ne semble pas apercevoir la difficulté d'être éloquent à son époque, ne va pas avec les idées de l'auteur du Dialogue. Pour celui-ci, l'éloquence n'est plus qu'un brillant souvenir du passé ; désormais on aura des avocats, il ne paraîtra plus