Chap. I
d'orateurs. Il faut s'en consoler : la paix est préférable à l'éclat de cet art qui, « semblable à la flamme, a besoin d'aliments qu'il dévore, d'agitations ^ui Texcitent, et ne brille qu'à la condition de brûler * ». Ces conclusions pratiques ne sont pas celles de Quintilien ; et le style du Dialogue ^ ferme, plein, vigoureux, rempli de formes poétiques, mais qui servent à l'expression d'idées positives, n'a rien de commun avec celui de l'auteur de YInstitution oratoire, imitation affaiblie de la langue de Cicéron.
Quintilien exclu, quelques critiques ont voulu attribuer l'ouvrage à Gallion, frère de Sénèque, ou à Pline le Jeune.
Commençons par écarter Gallion, qui sans doute n'aurait pas fait dire de lui-même, par un des interlocuteurs du dialogue, le cliquetis de Gallion {tinnitus Gallionis) *.
La comparaison du Dialogue des orateurs avec les œuvres de Pline le Jeune n'est pas moins décisive contre cet écrivain que contre son maître Quintilien. Comment attribuer un livre dont l'auteur s'efface toujours et laisse à peine deviner sa pensée personnelle à l'homme qui, dans ses Lettres, se met sans cesse sur le premier plan, développe avec tant de complaisance ses idées et ses théories, et n'oublie jamais le récit de ses succès, de ses mérites, de ses belles actions? Comment concilier avec l'esprit exclusif, là critique étroite et frivole qui paraît dans les Lettres ^, cette intelligence profonde des opinions litté- ^[•aires les plus opposées à celles de Pline? Les admirations faciles de celui-ci vont-elles mieux avec la verve dédaigneuse de l'auteur du Dialogue? Enfin ce