‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 352 sur 433 · TT · texte numérisé non relu

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style sévère dans sa richesse appartient-il à un écrivain si peu sérieux, si plein de puérilités dans ce quil appelle ornements?

Reste un quatrième écrivain auquel le Dialogue a toujours été attribué, Thistorien Tacite : nous ne voyons point quelles raisons s'opposent à ce qu'on le lui laisse. Tous les manuscrits s'accordent à donner son nom. Tacite, dans la sixième année du règne de Vespasien, n'avait que vingt ans; il pouvait donc se dire trè& jeune, La seule objection sérieuse est tirée du style, plus périodique et plus abondant que celui des ouvrages historiques. Or, en étudiant le grand historien, nous aurons à remarquer le changement qui s'est produit dans sa manière depuis la Vie d Agricole jusqu'aux Annales^ et par quel progrès Tacite, d'abord tout plein des souvenirs de Cicéron, est arrivé enfin à la concision énergique de son dernier ouvrage. Le Dialogue des orateurs^ antérieur à VAgricola^ devait porter encore plus forte l'empreinte des premières études de l'auteur. Il faut songer aussi que Tacite a commencé par des plaidoyers. Dans un ouvrage de critique, il a pu préférer un style un peu oratoire à la forme serrée et sévère qui lui semblait propre à là composition historique. Enfin il ne serait pas difficile de signaler dans le Dialogue bon nombre de mots poétiques, de redoublements d'expressions, d'alliances de mots qui se retrouvent dans les autres ouvrages *.

1. Agric, XX : Egregiam famam paci circumdedit. Dial. XXXVII :Hanc illi famam circumdederunt. — Hist., 11,61 : Inserere sese fortunée. Dial. x : Nomen inserere possint famœ. — Germ., xliv : Insitae feritali arte ac tempore lenocinatur. Dial. vi : Ipsa soUicitudo lenocinatur voluptati. — Mots presque synonymes : Memoria et recordatione (Dial. i), veteres et senes (vi), vetera et antiqua (xv, xvi, xvii), nova et recentia (vi, viii), conjungere et copulare (xvii), plenior et uberior (viii), invidere ac livere (xxv), etc. Hist. IV, 65': nova et recentia jura; LXXXI : pede et vestigio Caesaris; Agric, IV : incensum ac flagranlem

Comme, d'ailleurs, le livre est digne de Tacite pour le fond et pour la forme, comme on y trouve le caractère de l'auteur et celui du temps, c'est-à-dire les idées positives de l'âge que nous étudions, le calcul des avantages matériels que peut donner l'éloquence, nous croyons qu'il faut y voir l'œuvre de l'historien. Un critique allemand, A.-G. Lange, a signalé le premier, dans une lettre de Pline le Jeune à Tacite (IX, 10), une allusion évidente au Dialogue (ch. xii) : « Tu laisses dormir la poésie qui, selon toi, a besoin de l'inspiration des bois et des bocages *. » Dans le chapitre xic du Dialogue^ Maternus célèbre les bois et les bocages comme les sanctuaires des Muses *. Tout se réunit donc pour prouver la paternité de Tacite. A nos yeux, ce dialogue n'est pas un de ses moindres titres auprès de la postérité.

Analyse de Touvrage. — Donnons maintenant une idée de l'ouvrage. L'auteur l'adresse à.son ami Justus Fabius, personnage auquel Pline le Jeune écrit deux de ses lettres ^ et qu'il nomme dans une troisième *. Il lui raconte une conversation littéraire qu'il a entendue chez Curiatius, Maternus, orateur et poète, auteur de ivdi^éàiQ^ prétextes destinées, comme celles de Sénèque, de Lucain et de Perse, aux lectures publiques. C'est le lendemain du jour où Maternus a déclamé son Caton, sujet républicain qui sans doute contribua, avec plusieurs poésies du même genre, à la mort de l'auteur, condamné par Domitien. Deux

animum, sublime et ereclum ingenitim; XL VI : velut inglorios et ignobiles; posteritati narralus et traditus.

1. Itaque poemata quiescunt, quae tu inter nemora et lucos commodissime perfici putas.

2. Nemora, et luci, et secretum ipsum... tantam mihi afferunt voluptatem, etc.

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