‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 353 sur 433 · VII · texte numérisé non relu

VII

autres orateurs, amis de Maternus, M. Aper, connu seulement par ce Dialogue, et Julius Secundus, que Quintilien cite plusieurs fois avec éloge, sont venus visiter Maternus. Ils lui parlent des hardiesses dangereuses de sa tragédie et des propos méchants dont elle est l'occasion. Ils en viennent ainsi à lui reprocher d'abandonner l'éloquence pour la poésie, et de consacrer tout son temps à Médée, à Thyeste et à Caton, lorsque ses amis, lorsque tant de colonies et de municipes dont il est le patron, réclament l'appui de sa voix. Aper insiste sur l'utilité de l'éloquence soit comme sauvegarde personnelle de l'orateur, soit comme arme défensive et offensive qu'il emploie pour ses amis ou contre ses ennemis, soit comme source abondante de gloire, d'hommages, de jouissances délicates. Ce passage a été souvent comparé à l'éloge que Cicéron fait aussi de l'éloquence au commencement du De Oratore^. Il y a de nombreux rapports entre les idées; pour le ton et la chaleur du sentiment, le second morceau n'est pas indigne du premier. Cependant le caractère positif de l'âge que nous étudions est sensible chez Aper, le panégyriste de l'éloquence; les avantages pratiques du métier, les plaisirs de l'amour-propre satisfait y sont plus en relief; Cicéron est plus désintéressé et plus grand.

A ce brillant plaidoyer en faveur de l'éloquence, Maternus répond par un charmant éloge de la poésie et des plaisirs purs qu'elle procure à l'àme dans le calme délicieux des forêts et des campagnes. 11 compare cette félicité du poète à l'existence de l'avocat qui vit au milieu du deuil et des larmes des accusés; il flétrit en passant, avec une admirable vigueur, l'éloquence mercantile et sanglante * de son temps; c'est

Page 1