‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 363 sur 433 · Liv. III, épit. 13 et 14; liv. VI, épil · texte numérisé non relu

Liv. III, épit. 13 et 14; liv. VI, épil

thousiasme. C'est lui qui le raconte à son ami Sévéru avec une satisfaction dont la bonhomie fait pardonne TeiTusion.

Le Panégyrique est un monument précieux pou l'histoire; qar il nous raconte la vie de Trajan'depuih l'adoption de ce prince par Nerva jusqu'à son troi sième consulat ; il nous fait même connaître les commencements glorieux de sa carrière militaire. Mais h lecture en est fatigante par un ton habituel de flatterie, et par le désir de l'auteur de célébrer les circonstances les plus insignifiantes de la vie de son héros.

Jamais accusateur, dit un critique délicat *, ne mit tant d'habileté à inventer des crimes que Pline à trouver des vertus : toutes les paroles, tous les pas, tous les mouvements du prince sont présentés avec une adresse infinie sous leur côté le plus flatteur. Pline n'a qu'à toucher une action pour en faire une merveille : il loue Trajan de vendre les biens du fisc, il le louerait sans doute de les conserver, il le loue de permettre ensuite qu'on les achète; il l'admire de défendre qu'on bâtisse des monuments nouveaux, il l'exalte de faire réparer les anciens... Le style offre le même caractère que la pensée. C'est une prodigalité fatigante, un luxe de détails brillants qui éblouissent îans éclairer; rien ne se masse, rien ne se subordonne; tout est au premier rang et brave la perspective. La louange y semble jetée dans un moule à épigrammes; les phrases sont conctees, vives, essoufflées, s'arrêtant court à chaque instant pour recommencer encore...

Lettres. — Les Lettres ont les mêmes défauts et les mêmes qualités que le Panégyrique ; mais la lecture en est plus agréable, parce que les sujets sont plus variés, parce qu'on y trouve beaucoup d'anecdotes pi-

1. M. Demogeot, Étude sur Pline le Jeune, en tête d'une édition des Lettres,

quantes, beaucoup de jolies descriptions, beaucoup de portraits finement tracés. Outre les moindres incidents de la vie de Pline, elles nous font connaître Thistoixe intérieure de Rome, les mœurs du temps, les usages de la vie privée. Le malheur est que Pline les a écrites ou du moins publiées en vue de la postérité, qu'il les a choisies, corrigées, enjolivées, distribuées selon ses convenances littéraires. An lieu d'une correspondance vivante et vraie, il en a voulu faire des modèles du genre épistolaire. On n'y trouve jamais la simplicité, l'abandon, les brusques saillies, l'éloquence primesautière qui font le charme deB lettfes de Mme de Sévigné. Ce n'est pas non plus le sérieux, la dignité, l'élévation de sentiments et de pensées deCicéron, s'entretenant avec une familiarité grave des affaires publiques et de ses intérêts particuliers. Le dixième livre est le meilleur de tous, parce qu'on y sent la réalité, la sincérité d'une correspondance régulière et officielle. L'auteur n'a pas cherché à en faire une œuvre d'art : aussi ne l'avait-il pas comprise dans sa' collection * . Comme écrivain, Pline est de l'école de Quintilien : plus facile, plus spirituel, plus élégant, il a le malheureux travers de ne vouloir pas être lui-même et de se modeler toujours sur une langue qu'on ne parle plus. Il a le tort de ne pas accepter l'instrument qui s'offre tout fait à lui; il travaille à s'en faire un autre, et, pendant qu'il devient ainsi artiste de mots, il n'a ni les fortes pensées, ni les observations profondes qui nourrissent le style et lui donnent de la consistance et du corps. Son ami Tacite ne cherchera pas à s'abstraire de son siècle; il en acceptera la langue et le.

1. Nous avons cité, dans nos Morceaux traduitSy outre les récits de la mort de. Pline l'Ancien et du dernier jour de Pompéi, quelques-unes des lettres les plus caractéristiques, p. 514-527. Voir aussi un passage du Panégyrique : les délateurs punis, p. 528-530.

tour d'esprit ; il conservera son originalité et sa puissance pour le fond des choses. De là vient son immense supériorité sur Pline qui, sans doute, malgré d'aimables compliments à son ami, croyait de bonne foi régaler ou le dépasser.

Bibliographie : Félibien, les Maisons de campagne de Pline; Londres, 1707. — Masson, Vita Plinii junioris ; Anjsterdam, 1709. — Armand Bursind, Notice sur Pline leJeunCy en tête d'une édition du Panégyrique, — J. Demogeot, Étude sur Pline le Jeune, en tète d'une édition des Lettres.

— A. Dupré, Etat des institutions^ des mœurs et de la littérature de Rome sous Trajan^ d'après ses lettres ; 1849, thèse.

— Th. Mommsen, Étude sur Pline le Jeune, trad. par Ch. Morel dans la Bibliothèque de VÉcole des hautes études^ XV® fascicule, 1873. — Moy, Qualem apud œtatis suœ studiosos personam egerit G. Plinius secundus; 1876, thèse. — Abbé Variot, De Plinio Juniore et imperatore Trajano apud christianos et de christianis apudPUniumjuniorem et imperatorem Trajanum; 1879, thèse. — Morillot, De Plinii minoris eloquentia; 1888, thèse.

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