‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 365 sur 433 · Cic, de Orat., m, 1, 2; Tacite, Agricola, chap. xlv · texte numérisé non relu

Cic, de Orat., m, 1, 2; Tacite, Agricola, chap. xlv

Salluste, qui commençait à avoir de nombreux partisans.

On a dit qu'il débuta par la poésie. Ces premiers exercices expliquerai)&nt, avec l'imitation de Salluste, la hardiesse poétique de son style. Il fut, comme Pline, un des orateurs distingués de l'époque et il précéda de peu de temps son ami au barreau. Nous avons vu que, sous Trajan, en 99, ils soutinrent ensemble l'accusation intentée par les Africains contre le proconsul Marins Priscus. Pline, sans s'oublier luimême, témoigne de l'éloquence que Tacite déploya dans son plaidoyer, et il caractérise sa manière par le mot de majesté *. Tacite n'avait pas montré moins de talent dans l'oraison funèbre de Virginius Rufus, mort pendant son consulat (96), et que le futur historien remplaça comme consul subrogé. Virginius, proclamé empereur par les légions de Germanie avant et après la mort de Néron, avait refusé, non sans de grands périls, l'honneur que lui imposaient les soldats. Un tel homme méritait un panégyriste comme Tacite : les éloges d'un si grand orateur furent, suivant les paroles de Pline, une dernière faveur que la fortune, toujours fidèle à Virginius, réservait à ses vertus ^.

Suivant la vieille habitude romaine, Tacite ne commença à écrire qu'après avoir passé par la vie politique, et parcouru tous les degrés des honneurs. Questeur sous Vespasien, édile ou peut-être tribun sous Titus, préteur sous Domitien en 88, il fut, nous l'avons dit, consul subrogé en 96, sous Nerva, un aïi après la mort de Domitien. Il avait épousé, dès le temps de sa questure, la fille du célèbre Agricola, qui venait

1. Epjist.y II, 11. «Respondit Cornélius Tacitus eloquentissime, et, quod eximium ejus orationi inest, o-epiva);. »

2. Epist,, fi, 1. « Laudatus est a consiile Gornelio Tacito : nam hic supremus felicitatis ejus cumulus accessit, laudator eloquentissimus. »

d'être consul et partait alors pour gouverner la Bretagne. Cette alliance prouve qu'à cette époque Tacite avait déjà un rang distingué parmi ses concitoyens.

En 89, il quitta Rome avec sa femme, et il était encore absent au moment de la mort de son beaupère (93). Quel fut le motif de cet éloignement ? On y a vu quelquefois un exil; mais alors Tacite n'aurait pas félicité Agricola de n'avoir rien souffert jusqu'à sa mort dans sa famille et dans ses amis *. Il est plus probable qu'il était gouverneur d'une province avec le titre de propréteur. Cette même année, Pline le Jeune était revêtu de la préture : il n'est donc pas vraisemblable que Tacite, l'ami particulier de Pline, fût en disgrâce.

Les lettres de Pline sont remplies des preuves ée cette étroite amitié qui régna toujours entre deux écrivains de mérite d'ailleurs si inégal. Pline souhaitait avant tout d'être placé à côté de Tacite, le premier après lui, quoique à un long intervalle :

Longo, sed proximus, intervallo,

disait-il modestement, sans croire peut-être qu'il disait si juste. Son vœu fut exaucé; car les contemporains ne séparaient pas les deux amis : le nom de l'un amenait aussitôt le nom de l'autre. Un jour Tacite, assis au cirque à côté d'un chevalier romain, eut avec celui-ci une conversation savante. Le chevalier lui demanda quel était son pays. « Je ne te suis pas tout à fait inconnu, répondit Tacite, et je le dois aux lettres. — Tu es donc Tacite ou Pline, » reprit le chevalier ^. Dans les testaments même on les unissait :

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