‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 368 sur 433 · Introduction à la traduction de Tacite · texte numérisé non relu

Introduction à la traduction de Tacite

chait pas. » Il est probable d'ailleurs que l'historien, qui ne pouvait se dissimuler la décadence de son pays, pressentait déjà l'avenir et comprenait les dangers de l'empire, menacé sur les frontières du Rhin et du Danube par ces tribus jeunes et belliqueuses.

Ce sentiment profond de la décadence romaine, décadence de mœurs, de caractères, de puissance, respire dans un passage de la Germanie :

Puissent, ah! puissent ces nations, à défaut d*amour pour nous, persévérer dans cette haine d'elles-mêmes, puis<|ue, au point où les destins ont amené l'empire, la fortune n'a désormfiiis rien de plus à nous offrir que les discordes de l'ennemi M

On retrouve ce rapprochement douloureux entre le présent et le passé dans le début de YAgricola ^, et dans la phrase célèbre où Tacite expose avec amertume la différence de son sujet avec celui de Tite- Live :

On ne doit pas comparer ces Annales aux monuments qu'ont élevés les historiens de l'ancienne république. De grandes guerres, des prises de villes, et, au dedans, les querelles des tribuns et des consuls, les lois agraires et frumentaires, les rivalités du peuple et des nobles, offraient à leurs récits une vaste et libre carrière. La mienne est étroite, et mon travail sans gloire : une paix profonde ou faiblement inquiétée, Rome pleine de scènes affligeantes.... Dans cet enchaînement d'ordres barbares et de continuelles accusations, d'amitiés trompeuses, d'innocents condamnés, et de procès qui tous ont une même issue, je ne rencontre qu'une monotone et fatigante uniformité ^.

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