Dans les Bacchis
Quelquefois même Plaute se permettait dans ces prologues des allusions au caractère romain, à la société romaine; nous en avons cité des exemples.
Après s'être assuré l'attention du public par lesbouffonneries qui commencent le prologue, Plaute a soin aussi d'y exposer le sujet. Nous avons dit pourquoi cette précaution était nécessaire ; il fallait épargner aux spectateurs un effort auquel beaucoup d'entre eux auraient pu se refuser. Mais cette explication rapide du fait principal et de la marche de l'action, n'empêche pas qu'il y ait souvent, comme chez Euripide, une exposition habile et complète. Citons entre beaucoup d'autres celle de V Amphitryon, que Molière a reproduite *; celle de \di Marmite^ dont Molière a fait aussi une scène des plus plaisantes du premier acte de son Avare ; celles du Carthaginois, des Menée hmes, du Cordage, de la Corbeille,
.^ Intrigue. — L'intrigue chez Plaute est généralement vive, rapide, habilement conduite; les situations piquantes abondent, les dénouements sont heureusement amenés. La comédie des Captifs se distingue entre toutes par l'intérêt sérieux qu'elle nous inspire, par les sentiments élevés des principaux personnages, par un caractère de moralité fort rare dans le théâtre de Plaute et qui permit de faire étudier cette pièce aux enfants. En voici rapidement l'analyse. Hégion, riche vieillard étolien, avait deux fils, Psegnion et Philopolème. Le premier lui a été enlevé, il y a environ vingt ans, par Stalagmus, un esclave fugitif qui l'a vendu en Elide. Le second vient d'être fait prisonnier par les Eléens. Depuis ce temps le pauvre Hégion, dont le caractère est bon et doux, s'est mis à faire le trafic des esclaves, afin d'arriver par un
1 . Nous l'avons citée dans notre Choix de morceaux traduits des auteurs latins^ pages 2-9.
hlSTOlRk DE LA LITTERATURE ROMAINE
^e à rendre la liberté à son fils. Or il vient d'adeux jeunes gens, faits prisonniers ensemble. Philocrate, appartient à une famille riche et nte ; l'autre, Tyndare, est son esclave. Région a jet d'envoyer celui-ci négocier l'échange de son I gardant avec soin Philocrate. Mais Tyndare, évouement, a pris le nom de son maître, et elui-ci, otage si précieux, qui part au lieu de ve. Tout allait bien ; mais la ruse est découverte on par un troisième prisonnier, Aristophonte ; llard, furieux, fait charger de chaînes Tyndare voie aux carrières. Il faut supposer un espace nps assez considérable pour le voyage et le ree Philocrate. Celui-ci en efTet, fidèle à sa parole, t avec Philopolème et, de plus, amène Stalagachaîné. Région, averti de ce retour par le pa- Ergasilus, court au-devant de son fils, et il ne pas à reconnaître, en interrogeant Slalagmus, ! second fils, enlevé autrefois par l'esclave, n'est | que Tyndare. Ainsi il a retrouvé ses deux en- On regrette seulement que sa joie n'ait pas d'effusion , qu'il ne témoigne pas plus de ds en recevant ce fils qu'il a si cruellement et qu'il ne s'attache pas, par l'expression de sa îsse, à racheter et à expier ses torts, ^ré ce défaut, la pièce est vraiment touchante, ne où Philocrate, avant son départ, dit adieu à re, où le maître etTesclave se font de mutuelles mandations, est d'un grand effet. Et comme la \ on devient dramatique, lorsqu'en présence on le prisonnier Aristophonte salue le faux Phi- ) B de son vrai nom de Tyndare ! Celui-ci ne se certe pas ; il s'efforce de faire passer Aristo- B pour fou. Quand il faut avouer la vérité, il . ) des accents élevés et généreux pour répondre lenaces du vieillard :
lilSTOIRË DE LA LITTÉRATURE ROMAINE 61
Pourvu que je ne meure point criminel, la mort no m*effraye pas. Si je meurs ici et qu'il ne revienne pas comme il l'a promis, moi j'aurai l'honneur, après mon trépas, d'avoir tiré mon maître captif de Ja servitude et des mains de l'ennemi, de l'avoir fait rentrer libre dans son pays, chez son père, et d'avoir exposé ma tête aux périls pour qu'il ne pérît pas.
Exalté par son sacrifice, il ne craint pas de répliquer à Région par ces fîèrès paroles, qui devaient exciter les transports des spectateurs :
Qui périt pour la vertu ne meurt pas. Après la mort il n'y a plus aucun mal que j'aie à redouter. Quand mes jours se prolongeraient jusqu'au terme le plus reculé, courte sera toujours la durée des souffrances dont tu me menaces.
C'est la hauteur d'âme d'un stoïcien, la fierté d'un honoime au-dessus de l'esclavage. Il brave les supplices comme Stalagmus, et pourtant il ne lui ressemble pas. Stalagmus est un de ces esclaves haineux qui gardent au fond du cœur le ressentiment des injures, un de ces esclaves qui recrutèrent l'armée de Spartacus et les pillards de lâ Sicile, osant tout pour se venger de leurs maîtres ; puis, s'ils étaient repris, attendant froidement un supplice qui depuis longtemps entrait dans le calcul de leurs chances.
Cette pièce sérieuse où l'amour n'a point de place, qui par les situations et les caractères ressemble tant à une tragédie, avait besoin d'être égayée ; l'auteur y a introduit un rôle de parasite qui ne tient pas au sujet, mais qui repose des fortes émotions du drame. Krgasile * est un de ces Spartiates, comme on les appelait, dont les larges épaules supportent facilement les coups qu'on leur distribue à la table des riches : « Où dînons-nous aujourd'hui ? » demande-t-il à ceux