Perroniana^ Gen
Tacite est le plus méchant du monde, et ne consiste qu'en antithèses et en réticences ; » il préfère « une page de Quinte-Curce h trente de Tacite ». Un si étrange jugement peut s'expliquer par Fépoque où vivait du Perron, alors que les écrivains en prose et en vers, à l'exemple de Malherbe, s'occupaient à discipliner la langue, à lui donner cette régularité grammaticale qui la rendit plus nette et plus claire, non sans lui ôter quelque peu de sa vivacité et de sa vigueur. Mais en elle-même elle ne mérite pas d'être discutée ; il suffit de rappeler que les ouvrages de Tacite ont été l'objet de l'étude des plus grands écrivains de notre langue, et que cette puissante école a contribué à former Corneille et Racine, Bossuet et Rousseau *. Sans doute, la lecture de Tacite ne convient pas aux esprits tout à fait novices ; il faut déjà quelque maturité pour aborder ces beautés fortes et sévères : mais on ne s'en nourrit pas sans grand profit; la pensée y gagne en pénétration et en étendue, le style en énergie, en couleur et en solidité.
Bibliographie : Théry, Tacite, 1819, thèse. — Laurentie, Études littéraires et morales sur les historiens latins, 1822. — Dubois-Guchan, Tacite et son siècle, 1861. — Duchesne, De Taciti ad enarrandum Tiberii Cœsaris principatum parum histoinds artibus, 1870, thèse (Voir la réfutation dans un important écrit de M. Dumèril, doyen de la Faculté des lettres de Toulouse, Tibèr^e et le sénat romain : Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, 1888, n<> 2, pages ii8- 193). — Gefîroy, Rome et les Barbares, étude sur la Germanie de Tacite, 1874. — D. Nisard, les Quatre grands Historiens latins, — Alvin, Quœ fuerint Germanicifata narrante TacUo, 1875, thèse. — Canet, Qu3S sm^i in sex primis Taciti Anna- Uum libris initia imperii, 1877, thèse. — Gantrelle, Grammaire et Style de Tacite, 1875. — Burnouf, Introduction de
1. J.-J. Rousseau a traduit, comme exercice de style, le premier livre des Histoires,
la traduction des œuvres de Tacite, — Duméril, Tacite historien, politique et philosophe , 1888 : Mémoires de V Académie des sciences f inscriptions et belles-lettres de Toulouse, t. X.
Suétone. — Il y a loin de Tacite au calme et impassible Suétone, qui a raconté avec une exactitude souvent cynique et sans aucune trace d'indignation ni de dégoût toutes les infamies des Tibère, des Galigula, des Néron et des Domitien. Son livre est cependant un document précieux pour Thistoire de cette période, dont certaines parties sont imparfaitement connues. C'est aussi un tableau frappant, dans sa hideuse cru-" dite, du despotisme brutal et des mœurs odieuses des maîtres de Rome.
Suétone (C. Suetonius Tranquillus) naquit pendant le règne de Vespasien, vers 75. Son père Suetonius Lenis était tribun d'une légion. 11 témoigne lui-même que son adolescence se passa sous Domitien. Sous Trajan, il paraît déjà comme avocat et comme écrivain. Ami ou plutôt protégé de Pline le Jeune qui l'avait attaché à sa personne, il le suivit dans son gouvernement de Bithynie. Plus tard il devint secrétaire d'Hadrien [magister epistularum) et fut disgracié avec quelques autres fonctionnaires, pour n'avoir pas montré assez de respect à l'impératrice Sabina, pendant l'absence de l'empereur *. Depuis cette époque, il se consacra entièrement aux lettres, qui déjà occupaient tous ses loisirs. On n'est pas certain de l'époque de sa mort ; cependant quelques phrases du rhéteur Fronton permettent de la fixer à peu près à l'année 160, un peu avant l'avènement de Marc-Aurèle.
Suétone, comme Varron, comme Hygin, comme Celse, comme Pliiie l'Ancien, embrassait, dans ses études encyclopédiques, la grammaire, la littérature,