‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 383 sur 433 · XV, 20 et suiv · texte numérisé non relu

XV, 20 et suiv

Stace, elle manque d'éclat, de grâce et souvent d'harmonie. On peut dire que Silius est le plus faible des poètes épiques latins que nous possédions \

Stace. — Bien supérieur pour le talent, Stace (Publius Papinius Statius) a été le poète prodige du temps de Domitien. Célébré, applaudi, fêté, héros des lectures publiques, il a dû surtout sa grande réputation aux petites pièces spirituelles qu'il composait avec autant de facilité que de complaisance pour tous les incidents frivoles ou sérieux de la vie de ses protecteurs et de ses amis ; il Ta due aussi à ses épopées, et particulièrement à sa Thébaîde qu'il a lue, comme ses Silves, dans les cercles où accouraient ses admirateurs.

Stace naquit à Naples vers 45. Son père avait été un poète fort estimé et souvent couronné dans les jeux quinquennaux de Naples et dans les jeux ActiaqUes, Néméens et Isthmiques. Il ouvrit dans son pays une école de rhétorique et de poésie, qui devint bientôt célèbre; puis il alla s'établir à Rome, et il compta sans doute Domitien parmi ses élèves. A Tépoque de la guerre civile où périt Vitellius, il avait fait un poème sur l'incendie du Capitole (69), avec cette rapidité de travail qu'il transmit à son fils. 11 se préparait à chanter la fameuse éruption du Vésuve (79), quand il fut pris d'un sommeil léthargique et mourut (80). C'est par les vers de Stace que nous connaissons tous ces détails *.

Le jeune homme, élevé par les soins de son père, acquit de bonne heure une grande érudition poétique et une facilité remarquable pour la versification. Mais son éducation, trop exclusivement littéraire,

i. Voir, dans nos Morceaux traduits j deux extraits de Silius : Ruine de Sagonte, Pacuvius et Pérolla, p. 437-442. 2. Silves, V, 3, 112 et suiv., 134 et suiv., 146-194.

développa chez lui Timagination et la sensibilité aux dépens de facultés plus solides ; son caractère, plié dès Tenfance à Thumble rôle de protégé, n'eut jamais l'indépendance et la fermeté nécessaires à la dignité du talent. Jeune encore, il épousa la veuve. d'un musicien, qui ne lui donna pas d'enfants, mais qui Gt entrer avec elle dans la maison une fille née de son premier mariage.

Ce fut entre son père et Claudia, à laquelle il adressait plus tard, dans son recueil des Silves, des vers pleins de tendresse *, qu'il commença, à l'âge de vingt ans, dit-on, son poème de la Thébaïde. Déjà il avait obtenu à Naples des couronnes poétiques. 11 mit douze ans à composer la Thébaïde; mais il déclamait dans les lectures publiques les parties saillantes du poème, à mesure qu'il les avait écrites; la beauté de sa voix, la grâce de sa personne, la douceur timide de son regard, jointes à la. richesse de sa poésie et à la musique coulante et flatteuse de son harmonie, charmaient jusqu'à l'enthousiasme l'élite de la société romaine. C'est aussi pour cet auditoire qu'il composa les petites pièces recueillies ensuite et publiées par lui sous le nom de Silves (les Forêts), Dans le nombre se trouve l'éloge funèbre qui nous a fait connaître la vie de son père; on aime à y louer l'expression de sa piété filiale. Malheureusement il a trouvé des accents aussi pathétiques pour pleurer les chagrins beaucoup moins respectables de quelques-uns de ses puissants amis. 11 ne cessa jamais de composer quelques-unes de ces pièces de circonstance, écrites quelquefois à la prière de ses protecteurs et faites en quelque sorte sur commande. 11 est probable que le cinquième livre, qui comprend cinq pièces, n'a été publié qu'après sa mort. En même temps il entreprenait un autre poème, VAchilléide,

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