‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 384 sur 433 · III · texte numérisé non relu

III

HISTOIRE DE Lk LITTÉRATURE ROMAINE 721

dont il ne put écrire que deux chants ; encore le second est-il incomplet.

Couronné dans les jeux Albains par Domitien luimême, qui avait institué ces jeux *, il dut à ses succès et aussi à d'indignes flatteries quelques faveurs qu'il célèbre avec enthousiasme; il fut admis un jour à la table impériale *. Avec quelle effusion de joie et d'orgueil il raconte cet honneur dans sa pièce intitulée : Eucharisticon ad imper, Augustum Germanicum Domitianum (Actions de grâces à l'empereur Auguste Ger- •manicus Domitien)! Ni Enée, invité à un festin par la reine de Carthage, ni Ulysse, assis à la table d'Alcinoûs, ne sont comparables au poète.

Non, quand Smyrne et Mantoue ceindraient mon front d'un double et divin laurier, mes accents n'égaleraient pas la grandeur du bienfait. Il me semble que, transporté au milieu des astres, je prends place à la table de Jupiter et que je m'abreuve de l'immortel nectar offert par la main de l'enfant d'Iiion. Ahl jusqu'à ce moment mes années avaient été stériles ; ce jour est pour moi le premier, c'est aujourd'hui que je franchis le seuil de la vie '^.

Ce ne sont pas là les seules flatteries de Stace à l'adresse de Domitien; il célèbre comme prodigieux ses tristes succès sur les ennemis *, il vante sa clémence; l'empereur, dit-il, voudrait abolir la mort :

Ah! combien le terme de la vie humaine serait reculé, si tu étais, ô père, l'arbitre absolu des choses! La mort gémirait captive dans de sombres gouffres, et les Parques sans emploi abandonneraient leurs fuseaux *.

Page 1