‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 39 sur 433 · Naudet, Avant-propos de la traduction des Captifs · texte numérisé non relu

Naudet, Avant-propos de la traduction des Captifs

site et son indiscrétion. Restent le jeune homme, en-

.gagé le plus souvent dans de folles passions ; le père,

.-ordinairement avare, dur, grondeur, oubliant que

îdans sa jeunesse il a fait comme son fils ; l'esclave, qui

d'habitude favorise les plaisirs de son jeune maître et

conspire avec lui contre la bourse du père ; le parasite,

>ersonnage grec qui s'acclimate de bonne heure à

lome; enfin, comme femmes, ces esclaves, ces afi'ran-

îhies, souvent perverses et savantes dans leur métier,

quelquefois dévouées, quelquefois justifiant par leur

jcaractère et leur conduite ces reconnaissances qui les

(rendent libres et leur permettent d'épouser leur

(amant. Etudions rapidement quelques-uns de ces per-

'sonnages.

Jeunes gens plus souvent dan^ jeune homme a ne soit pas un p habilement va gens, 'les uns très, plus froid c'est l'occasio clave intrigan arrive souven dent et agent \

La figure qui se rencontre le

le théâtre de Plante est celle dU

ureux, et il est difficile que ce typel

uniforme. Cependant le poète a su

les caractères : parmi ces jeunes!

passionnés jusqu'à la folie, les au-j

plus faciles à ramener. Quelquefois

e sont les mauvais conseils d'un esn

ai les ont jetés dans le désordre, et il

'ils sont éclipsés par l'esclave, confi-f

leurs folies.

Vieillards, — Dans la peinture des vieillards, la variété était plus facile, et les contrastes sont plus frappants. Les pères avares tiennent une grande place dans la galerie ; le plus achevé de tous est l'Euclion de la Marmite, dont Molière a fait son Harpagon. D'autres, assez nombreux aussi, s'associent aux plaisirs clandestins de leurs fils : soumis au joug d'une femme hautaine et acariâtre qu'ils ont épousée pour sa riche dot, ils se dédommagent en la volant et la

trompant de concert avec le jeune homme et les esclaves. Il est aussi des vieillards honnêtes et généreux, comme THégion de la comédie des Captifs. La pièce du Trinummus (l'Homme aux trois deniers) réunit jusqu'à quatre beaux caractères de vieillard. L'un, Calliclès, pour sauver la fortune d'un jeune dissipateur, fils de son ami, s'expose à la calomnie et brave mille bruits injurieux : « Je ne puis faire qu'on ne parle pas ; je puis faire qu'on n'ait pas raison de parler*. » Sa vertu est enjouée : il se permet quelques plaisanteries sur les matrones, toujours raillées chez Plante pour leur humeur, leur indiscrétion et leur bavardage. Un autre vieillard, Mégaronide, qui d'abord accusait Galliclès et qui devient son admirateur, contraste par le sérieux de son caractère avec l'humeur aimable de son voisin. On ressent aussi de Testime pour Philton, père de Lysitelès, jeune homme sage, qui veut épouser par bonté d'âme la sœur du dissipateur Lesbonius. Philton a pour son fils une tendresse éclairée, mêlée de cette défiance ou du moins de cette réserve prudente que l'expérience donne aux vieillards. Charmide, le père du dissipateur, n'est pas moins intéressant. Quand il arrive de voyage, son esclave Stasimus est transporté de joie. La première question du vieillard est pour son fils et sa fille ; Tesclave lui répond qu'ils vont bien ; il s'écrie : « Les dieux ont pris soin de ma vie, de mon bonheur; pour le reste, je m'en informerai plus tard, à la maison. » Un instant il est attéré, quand il croit que son ami Galliclès a trahi sa confiance. Quand il le voit, il s'écrie : « 0 Galliclès, Galliclès, Galliclès, à quel ami aije confié mes biens! » — « A un ami probe, et loyal, et fidèle, et dévoué», répond Galliclès. Bientôt tout s'ex-

Quin dicant non est ; merito ut ne dicant, id est.

plique, et, dans la scène suivante, nous entendons les nobles remerciements de Charmide et la noble réponse de Calliclès : « Si j'ai fait quelque bien à mon ami, si j'ai pris fidèlement ses intérêts, je ne crois pas avoir mérité la louange, j'ai seulement évité le blâme. » Quelle est la part de Plante dans cette comédie empruntée de Philémon*? Nous ne pouvons le dire; mais elle nous laisse une impression de vertu et d'élévation morale qu'on emporte rarement de la comédie, et surtout de la comédie ancienne.

.Esclaves. — L'esclave est un des personnages principaux de la comédie romaine. Le rôle considérable 'qu'il y joue, sa familiarité avec son jeune maître, s'ex- ^pliquent très naturellement. Souvent il est né, il a été élevé dans la famille, il a grandi avec le fils de la laison, il a partagé ses jeux ; on conçoit qu'il prenne ^le parti du jeune homme contre le père et qu'il favorise ses passions. Souvent aussi l'esclave a été le pré- ^cepteur de l'enfant: car, par une singulière contradic- Vticpi, cet être déchu des droits de l'humanité était /chargé de former le cœur et l'esprit des jeunes citoyens. Combien de fois dut-il arriver que l'enfant fut jeorrompu par son guide et qu'il trouva chez son préf fcepteur l'instrument et le complice de ses désordres î Le théâtre de Plante est donc fidèle à la vérité en nous 3résentant tous ces esclaves intrigants, boufTons, impudents, féconds en tromperies et en ressources, comme le Scapin de notre Molière qui leur a emprunté beaucoup de traits.

1 . Prologue : « Cette pièce a pour titre en grec le Trésor, Philémon l'a écrite ; Plaute l'a traduite dans la langue des barbares el Ta intitulée : V Homme aux trois deniers. »

Huic nomen graece est Thesauro fabulae ;

Philemo scripsit, Plautus Vertit barbare,

Nomen Trintimo fecit. . .

j Cependant, il en est aussi d'honnêtes, de dévoués, tels que le vieux Lydus dans la pièce des Bacchis, Ancien gouverneur du jeune Piswtlère, il s'efforce d'arrêter son élève dans la voie du mal; après les conseils, il a recours aux prières et aux larmes ; mais il est /Congédié par cette parole foudroyante pour un précepteur de la condition de ceux de Rome ou d'Athènes : « Suis-je ton esclave ou es-tu le mien ? * » Nous nç comparerons pas à ce vieux précepteur l'esclave dévoué des Captifs^ Tyndare, dont nous avons admiré les sentiments et la conduite. Il est de naissance libre, il doit recouvrer sa liberté, retrouver son père; le poète lui a donné un caractère conforme à sa véritable condition. Dans la pièce du Charançon, l'esclave Palinurus s'efforce, comme le Lydus des Bacchisj de retenir son jeune maître, de modérer sa passion, il s'emporte contre la femme qui l'a fait tomber dans ses pièges. Citons encore le Messenion des Menechmes, esclave fidèle et dévoué, le Grumion du Revenant [Mostellaria), et nous aurons épuisé la liste de ces esclaves.

Les esclaves poltrons forment une troisième classe dont Sosie est le type le plus original. Enfin nous avons vu dans le Stalagmus des Captifs un modèle frappant de ces esclaves révoltés contre la société, qui bravent les supplices et ne reculent pas devant un nouveau crime, puisqu'ils ont déjà comblé la mesure de toutes les peines que les hommes peuvent infliger.

Parasites, — Un autre personnage que nous avons déjà rencontré, le parasite, se rapproche beaucoup de l'esclave. Il est complaisant aussi pour celui qui le nourrit ; il intrigue pour faciliter ses plaisirs ; la gour-

Tibi ego, aut tu mihi servos es ?

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