Entretiens, IV, chap. ly
composée de soixante-dix hexamètres, est donnée tantôt sous le titre de satire, tantôt sous celui de poème héroïque {Heroicum carmen). C'est une sorte de dialogue entre le poète et sa Muse. Sulpicia y attaque amèrement « l'homme qui règne dans Rome, ce déhanché au dos courhé, cette ruine humaine, ce goinfre au teint hlafard, qui proscrit la science, la race des sages, le nom même de la sagesse ». Elle demande à Calliope de veiller sur son cher Calénus et d(B le rapprocher des murs de Rome. La déesse calme les craintes de son amie, et lui annonce la mort prochaine du tyran.
L'authenticité de cette pièce a été dès longtemps révoquée en doute. On a supposé qu'elle avait été écrite au xv® siècle, ce qui est réfuté par l'époque heaucoup plus ancienne du manuscrit dans lequel on la trouve transcrite au milieu des œuvres d'Ausone. Mais il est probable qu'elle est du temps de ce poète ou même un peu postérieure. Elle a peu de valeur littéraire; pour le besoin du vers, l'obésité de Domitien y est changée en goitre, sa rougeur devient de la pâleur. La versification est faible et trahit sans cesse la main d'un débutant; les tournures sont forcées, les chevilles abondent ; l'auteur abuse de la figure appelée synalèphe^ (\\xi consiste à supprimer dans un mot des lettres ou des syllabes. Il a souvent recours aux archaïsmes; il imite de près Ennius, Virgile, Horace et même Florus.
JuvénaL Sa biographie. — La vie de ce fameux satirique dont la réputation, chez les modernes, se rapproche de celle d'Horace, nous est très peu et très mal connue. Il n'en est pas de lui comme du favori de Mécène et comme de Lucilius, qui « confiaient leurs secrets à leurs livres ainsi qu'à des compagnons sûrs », et qui par là nous ont fait connaître leur caractère, leurs habitudes et tous les détails importants
OU frivoles de leur existence. Juvénal parle très peu de lui-même ; il semble avoir pris soin de se cacher, et l'on trouve à peine dans ses seize satires quelques allusions qui nous permettent de contrôler les témoignages fort suspects de ses biographes. En effet les sept courtes notices qui racontent sa vie et qu'un critique de Berlin, M. Jahn *, a réunies au teiçte et aux scolies de Tauteur, fourmillent de contradictions, d'erreurs évidentes et absurdes. Elles sont rédigées toutes d'après un type unique, que sans doute nous ne possédons plus, et que chacun a travesti à sa manière en y ajoutant des anecdotes fantaisistes. Elles ne s'accordent que sur un point, une disgrâce encourue par le poète ; mais elles diffèrent singulièrement et sur le nom de l'empereur qui aurait exilé Juvénal, et sur le pays où il aurait été envoyé avec un commandement militaire. Or un savant professeur, dont nous résumerons le travail, M. Hild, a prouvé par une suite de déductions serrées et concluantes que cet exil est controuvé *.
Grâce cependant à quelques passages des satires, éclairés par des témoignages contemporains, grâce à une importante inscription que Mommsen, vers le milieu de ce siècle, a relevée au musée de Naples et qu'il a restituée, grâce aussi au travail tout récent de M. Hild, on peut aujourd'hui fixer avec certitude les points principaux de la vie de Juvénal.
Juvénal (D. Junius Juvenalis) était natif d'Aquinum, ville municipale des pays des Volsqu6s; nous le
1. Berlin, 1851. C Junii Juvenalis satvrarum libri, cum scholiis veteribus.
2. Juvénal, Notes biographiques, j)SLr M. J.-A. Hild, professeur à la Faculté des lettres de Poitiers. Paris, librairie Leroux*^ 1884. Cette importante brochure de 60 pages, extraite du Bulletin mensuel de la Faculté de Poitiers (1883-1884), est épuisée. Nous en devons la communication à Tobligeance de M. Hild.
HISTOIRE DE LA LITTÉRATl
savons par lui-même ^ Ni la dat Tannée de sa mort ne sont bien fi zième satire peu de temps après le Or Juncus a été consul en Tanni d'Hadrien. Comme les biographe que Juvénal mourut plus qu'octo pose que la mort du poète suivit lion de cette satire, il faudrait p peu près à l'an 47, sixième année Mais la première satire fait ail nation de Marins Priscus, ce fa fut accusé par Tacite et par Plie condamnation eut lieu en 100. Oi que le poète avait plus de cinqu; il commença à écrire : mais les bi( était dans la force de l'âge lor poésie satirique {ad mediam fere admettre, en outre, que la satire (117), pleine d'une verve et d'une juvénile, a été écrite par un vi dix ans. Nous pensons, avec M. Hi la naissance de Juvénal vers l'an du règne de Néron. De cette fa( d'années à l'époque de la mort d la quarantaine vers la fin du durant lequel il s'est borné aux e mation {ad mediam fere œtatem o