‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 393 sur 433 · XV · texte numérisé non relu

XV

Nos mîranda quidem, sed miper < Gesta

de la liberté du régime de Nerva et de Trajan pour publier les satires ébauchées sous le régime précédent et pour en composer de nouvelles. La satire VI, dont la date est fixée par des allusions à un tremblement de terre d'Antioche (117), nous le montre encore dans toute la \igueurde son talent. Avec la dixième satire, vers 120, il entre dans une période d'affaissement et de sénilité qui se manifeste par la faiblesse croissante de la pensée et du style. Enfin il meurt sous Antonin, entre 135 et 140.

L'inscription du musée de Naples aide la critique à fixer plusieurs autres points delà vie de Juvénal. Elle était placée dans le temple de Cérès Helvina à Aquinum. En voici le texte traduit par M. Hild :

A Cérès D. Junius Juvénal, tribun de la cohorte des Dalmates, duumvir quinquennal, flamine du divin Vespasien, a voué et dédié ce sanctuaire à ses frais.

Ainsi il faut admettre que Juvénal avait une fortune assez considérable, puisqu'il a pu, par une libéralité semblable à celles de Pline le Jeune, élever à ses frais un sanctuaire à Cérès, qui était avec Diane la divinité protectrice de son pays. Il tenait aussi un rang notable dans son municipe, puisqu'il était duumvir quinquennal, c'est-à-dire censeur municipal élu avec un collègue pour faire l'estimation de la fortune des contribuables et pour fournir au pouvoir central les éléments de la répartition de l'impôt; il avait encore, dans ses attributions, la surveillance des bâtiments communaux et des édifices publics. Comme le fait remarquer M. Hild, des fonctions pareilles, par leur gratuité, par leur nature très délicate, supposent la fortune, la considération et un certain loisir. Juvénal, qui habite Rome pendant une bonne partie de l'année, a donc conservé les meilleures relations avec sa ville natale ; c'est sans doute pour témoigner sa reconnais-

sance à ses électeurs qu'il construit le temple de Gérés.

D'autre part, la dignité de flamine de c'est-à-dire la plus éminente des fonctic taies, témoigne du rang que Juvénal tenai de son crédit auprès des empereurs fla\ l'inscription nous montre encore le poète titre militaire : il est tribun ou préfet d'i ce qui ne veut pas dire qu'il ait réellei un commandement dans les armées de 1 accordait souvent ce titre purement honoi historiens, à des poètes, à des hommes q ni l'habitude ni le goût de la vie militain commandants des cohortes et des légi d'anciens soldats qui avaient gagné dan leur avancement et qui exerçaient en réal tions dont les titulaires vivaient tranq Rome. Il est vrai qu'on pouvait sans ( moment donné, forcer ceux-ci à un servie et leur infliger comme disgrâce un com effectif. C'est ce qui a permis sans doute phes de Juvénal de le montrer dans son e^ lesse exilé soit en Galédonie, soit en Eg} chef d'une cohorte. La savante dissertatioi que nous allons ré&umer, réfute victoriens légende.

Voici quelle aurait été l'occasion de cet Dans la satire VII, Juvénal parle d'un his Paris *, Mécène tout-puissant des poètes prend pour exemple Stace, le poète chéri

dont la ville en fête court entendre les lecti crouler la salle sous les applaudissements. — t-il, mais il meurt de faim s'il ne réussit à v( les prémices de son Agave, C'est Paris qui dispo

i, I, vers 82 et suiv.

dans rarmée ; c'est lui qui dispense Fanneau de chevalier. Ce que nos grands ne donnent pas, un histrion le donnera. Quoi! tu fais la cour aux Camérinus, aux Baréa, tu fréquentes Tauguste atrium des nobles? C'est la pièce de Pélopée qui fait les préfets, c'est la tragédie de PhUomèle qui fait les tribuns.

Paris, à qui le poète prête un tel pouvoir, aurait été blessé de ces vers et aurait obtenu la disgrâce de Juvénal.

Mais quel est le Paris dont il est question dans ce passage? Quel est l'empereur qui, sur sa requête, aurait frappé le poète? Le plus fameux des affranchis de ce nom est celui dont parle Tacite *, le ministre des plaisirs de l'empereur Néron. Or, à cette époque, Juvénal était un enfant. D'ailleurs Stace appartient à une époque postérieure. C'est un autre Paris, pan-, tomime célèbre, tout-puissant auprès de Domitien dans les premières années de son règne, qui a pu protéger le poète et payer largement son Agave, Mais la faveur du second Paris ne dura pas longtemps : il périt bientôt, frappé par la vengeance de l'empereur, qu'il avait outragé dans son honneur. Si son influence avait fait exiler Juvénal, celui-ci eût été rappelé bien vite comme toutes les victimes du favori, et Juvénal, retraçant plus tard l'influence de Paris, se fût vengé autrement que par une allusion peu blessante au crédit du puissant afFranchi. D'ailleurs nous savons déjà, et par l'inscription citée plus haut et par trois petites pièces de Martial, bien postérieures au meurtre de Paris, que Juvénal, pendant le règne de Domitien, vivait à Rome ou à Aquinum, et qu'il cumulait plusieurs honneurs.

Si Juvénal n'a pas été exilé par Domitien, faut-il croire qu'il l'a été par Trajan ou par Hadrien? Un bio-

Page 1