Hild, page
toute-puissance, Tamertume de ces paroles : « ce qu'il y a de plus dur dans le malheur de la pauvreté, c'est qu'elle rend les gens ridicules », prouve uniquement chez lui, comme le dit M. Hild, l'irritation de désirs mal satisfaits.
On peut le croire avec le critique, « Juvénal n'a pas été exempt de la maladie qui a torturé chez les modernes un Gilbert, un Malfilâtre, un Chatterton * ». Sans doute il n'a pas possédé la fortune insolente de Pallas et d'autres affranchis qu'il nous représente; il n'a pas joui même de la grande aisance de Pline le Jeune ; mais il est probable qu'il n'a pas été plus malheureux qu'un Quintilien, qu'un Suétone, qu'un Palémon, dont il plaint le sort * et qui, nous l'avons vu, étaient fort loin de la pauvreté.
Voilà tout ce que la critique contemporaine peut dire avec certitude ou tout au moins avec une grande vraisemblance sur la vie de Juvénal. Quant à ses relations, on est surpris de les trouver bien inférieures h son talent : il ne nomme jamais ni Tacite, ni Pline, qui, sous Trajan, étaient à la tête du mouvement littéraire. Il n'a aucun souvenir pour Martial, qui lui a adressé plusieurs de ses petites pièces. Il a dû se trouver en relations avec Quintilien, qui très probablement a été son maître, et auquel il rend hommage avec une sorte dé tendresse expansive fort étrangère à ses habitudes. Nous avons déjà montré, à propos de Quintilien, comment Juvénal reproduit dans sa quatrième satire les préceptes de V Institution oratoire sur l'influence des mauvais exemples. Ailleurs, il fait allusion à deux beaux passages du deuxième livre du même ouvrage sur les devoirs du maître.