‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 397 sur 433 · I, 47 et suiv · texte numérisé non relu

I, 47 et suiv

romaine. Aussi quels tableaux frappants, dans leur cynisme souvent effronté, il trace soit de la dame romaine, telle que l'a faite l'habitude du divorce et des mari€iges de quelques jours, fréquentant les portiques, les théâtres, le cirque, s'éprenant d'un mime, d'un joueur de lyre, d'un chanteur, quittant pour un gladiateur son mari, ses enfants, sa patrie, se faisant elle-même gladiatrice et athlète, punissant crueUement par les verges l'esclave maladroite qui a disposé irrégulièrement les boucles de sa chevelure ; soit du père de famille dont les mœurs odieuses excusent au moins les désordres de la matrone et qui ne craint point d'enseigner le mal à ses enfants par l'exemple journalier de ses vices et de ses passions! Et, en dehors de la famille, quelle galerie de tableaux! Les empereurs d'abord, dont Ju vénal aurait pu dire avec plus de vérité que du premier César, « le fouet à la main, ils font trotter devant eux le docile troupeau des citoyens de Rome * », dont toutes les fantaisies les plus cruelles et les plus monstrueuses ont trouvé, dans la complaisance servile des uns et dans la résignation docile des autres, le moyen de se satisfaire ; puis les hautes classes de la société, patriciens, sénateurs, chevaliers, parmi lesquels le maître a coutume de choisir ses victimes, qui cherchent, souvent en vain, à se faire pardonner leur noblesse par les plus basses complaisances et par le scandale d'une vie de débauches, qui vont, pour sauver leur vie, jusqu'à descendre dans l'arène. « Depuis longtemps, dit le poète, c'est un prodige de vieillir quand on porte hu grand nom*. » Quant à la plèbe, c'est elle qui fait la force de ce régime brutal :

, 1. Sat„ X, 109 :

Ad sua qui domitos deduxit flagra Quirites. 2. Sat,, IV, vers 95-97 :

Olim

Prodigio par est in nobilitate senectus.

HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE ROllAINE 745

La tourbe des enfants de Rome, comme l'appelle Juvénal, ne s'inquiète plus de rien. Elle qui jadis distribuait les commandements militaires, les faisceaux, les légions, *tout enfin, maintenant elle n'a plus de prétentions si hautes. Son ambition se réduit à deux choses : du pain, des jeux du cirque ^

Ces deux mots célèbres, véritable formule de Tempire, expliquent la puissance des empereurs et la durée du sombre despotisme d'un Néron et d'un Domitien. 11 est vrai que, dans les derniers siècles de la république, la plèbe ne valait pas mieux; Juvénal le déclare lui-même, quand il dit, en tête même du passage que nous venons de citer : depuis que nous n^avons plus de suffrages à vendre. Aujourd'hui elle n'est plus payée pour ses votes; mais elle est nourrie, et son oisiveté est divertie par des spectacles.

Au reste, la mendicité est le régime habituel de tout ce peuple, qui le matin va chercher la sportule à la porte de l'empereur, et des parvenus qui ont acquis par des moyens honteux ou légitimes une fortune insolente. Là des patriciens ruinés disputent une maigre somme à des hommes de lettres, comme Stace et comme Martial, à des avocats sans causes, à ces Grecs insinuants, à ces hommes d'Egypte, d'Asie Mineure, de Syrie, qui pullulent à Rome. Une classe a le privilège du crédit et de l'opulence, ce sont les affranchis. L'histoire nous montre leur pouvoir sous Tibère, sous Claude, sous Néron. Ils sont pour le maître des ministres plus dociles, plus sûrs, moins scrupuleux que les patriciens; d'ailleurs, en faire des personnages, c'est un moyen d'humilier l'aristocratie. Louis XI ne procédera pas autrement. Ces hommes enrichis quelquefois par l'industrie et le commerce, plus souvent par le métier de faux témoins ou de dé-

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