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lateurs et par les services rendus aux passions des princes, étalent dans la ville un luxe insultant. Ils achètent des palais près du forum, ils élèvent de magnifiques portiques, ils construisent des bains'somptueux, ils se font gloire de dépasser dans leurs festins le luxe des Apicius. C'est contre ces affranchis des deux sexes, contre les comédiens et les comédiennes de tout étage, contre les cochers du cirque et les gladiateurs, que Juvénal a le plus d'emportement et de colère. Dans ses préjugés romains contre tout ce qui est trafic et métier manuel, il n'épargne pas non plus ceux qui ont acquis par là une richesse qu'aujourd'hui on jugerait honorable. A cette énumération déjà longue, ajoutons ses attaques contre les rehgions orientales et en particulier contre les Juifs et les chrétiens, pour lesquels il est aussi injuste que Tacite, bien qu'il se divertisse volontiers aux dépens de la vieille mythologie ; disons qu'il a, comme Senèque, de la pitié pour les esclaves et qu'il condamne sévèrement la cruauté de certains maîtres et de certaines maîtresses, nous aurons passé en revue toute la société romaine, telle qu'il nous la peint, telle que l'ont décrite d'après lui des critiques contemporains, M. Nisard *, M. Martha * et M. Boissier '.
Dans toutes ces peintures, Juvénal a une âpreté et une violence dont nous avons déjà donné une idée. C'est là encore un des caractères de la satire telle qu'il l'a conçue. Il faut y joindre une véritable complaisance pour toutes les infamies qu'il raconte. On se demande s'il est possible que l'indignation d'un hon-
\. Études sur les poètes latins de la décadence, Juvénal ou la déclaînation, t. I, pages 412-478 (2" édit., 1849).
2. Les Moralistes sous l'empire romain, La Société romaine, p. 315-412.