‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 400 sur 433 · Voir nos Morceaux traduits, p. 463 à · texte numérisé non relu

Voir nos Morceaux traduits, p. 463 à

Tes Gipecs se sont abattus sur la ville et en ont fait leur proie, la pauvreté est Tobjet du mépris et des rebuts, le luxe triomphe, tout est vénal; à chaque instant on risque d'être écrasé, brûlé et volé. On voit que cette pièce est beaucoup plus générale que l'imitation de Boileau.

La satire IV, une des plus mordantes, a pour titre le Turbot. Nous y voyons le sénat, sous la présidence de Domitien, délibérant sur les moyens d'apprêter dignement un turbot monstrueux, offert à l'empereur. Sous cette forme originale, le poète caractérise par un trait chacun des conseillers du prince et peint vivement la servilité des sénateurs et la terreur qu'inspire le fantasque et irritable tyran, qui, « pour un mot sur la pluie ou le beau temps, frappe ses amis».

La cinquième satire, sur les Parasites, retrace une des plaies anciennes de Rome. L'auteur juge méprisables les malheureux qui exercent ce triste métier; il n'estime pas davantage les riches qui leur font payer leur orgueilleuse hospitalité par des humiliations et des mauvais traitements.

Nous avons déjà en partie rendu compte de la sixième satire, sur les Femmes, dont l'auteur, avec une verve souvent cynique, attaque les mauvaises passions, l'humeur fantasque, l'orgueil, la prodigalité. Il fait les portraits de la musicienne, de la savante *, de la superstitieuse, de la coquette. Boileau a imité Juvénal en adoucissant beaucoup ses couleurs.

La septième a pour sujet la misère des gens dj3 lettres. L'auteur déplore la condition des poètes de son temps et la dureté de leurs patrons ; il prend tour à tour les historiens, les grammairiens, les rhéteurs, les pédagogues, et montre toutes ces branches de la littérature aussi stériles que la poésie.

i. Voir ce portrait dans nos Morceaux traduits, page 466-467.

La satire huitième, sur la noblesse, est une des plus fortes et des plus brillantes, sans renfermer beaucoup d'idées nouvelles. Déjà Salluste, par la bouche de Marius, avait montré que la noblesse est personnelle et ne survit pas aux vertus qui l'ont donnée. C'est une des satires que Boileau a suivies de plus près.

La satire neuvième offre le tableau repoussant de mœurs infâmes trop communes dans la société romaine. Le poète semble trop se complaire dans ces détails dignes de son ami Martial.

La dixième, sur les Vœux, est justement admirée. L'auteur passe en revue tous les vœux que forment les hommes et qui ont pour objet la richesse, les honneurs, le pouvoir, l'éloquence, la gloire, la beauté, la longue durée de l'existence. Il montre par des exemples fameux combien chacun de ces prétendus biens a de périls et prépare de malheurs. C'est là que se lit la fameuse disgrâce de Séjan * ; c'est là que s'étale la vanité de la gloire d'un Alexandre et d'unHannibal. On a reproché justement à ces belles pages d'être plus brillantes que vraiment morales. Pour le poète, Séjan n'est qu'un ambitieux qui paye par sa chute sa soif insatiable d'honneurs et de richesses.

Peu s'en faut, dit M. Nisard, que les réflexions sur cette condamnation sans jugeinent, sans témoins, sans preuves, et sur la lâcheté de ce peuple qui foule aux pieds celui qu'il eût proclamé Auguste, ne le rendent intéressant.... Où donc, ajoute le critique, est le misérable qui a déshonoré et empoisonné Drusus, qui a entrepris de détruire la famille de l'empereur par l'empereur lui-même? Où est le meurtrier juridique de Crémutius Cordus?Où est le favori qui a réussi à se faire un nom exécrable sous le règne et à côté de Tibère? L'idée de l'inanité des vœux domine le morceau comme il domine la pièce; l'idée du châtiment qui suit le crime en est absente. Or, on ne sert pas la

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