Ouvrage cité, pages
3* Ouvrage cité, page 446,.
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tracas des affaires, il préféra au métier d'avocat, qui procurait quelquefois la richesse, la vie oisive et solliciteuse du poète protégé. Il reçut quelques faveurs de Titus, entre autres une assez maigre propriété à Nomentum, dans le pays sabin, et une petite maison à Rome (83). Domilien récompensa aussi ses flatteries, dont la bassesse dépasse encore la servilité de Stace, par les titres de chevalier, de tribun et par les privilèges accordés aux citoyens qui avaient trois enfants {jus trium Uberorum), Mais ces honneurs ne remplissaient pas la bourse du poète ; aussi le voit-on sans cesse, dans ses poésies, mendier les secours des riches et des puissants. Ses patrons étaient à peu près les mêmes que ceux de Stace : au premier rang figurent, après Domitien, dont il célèbre sur tous les tons les talents administratifs et même les vertus guerrières, les favoris de Tempereur, Parthénius, Crispinus, Feunuque Earinus ; nous connaissons déjà par Stace ces tristes personnages. Martial payait leurs dons, souvent assez maigres, par des éloges de toute sorte, chantant leurs vertus, leur libéralité avant tout, leur table, leurs chiens, leurs plaisirs de toute nature. Il aimait lui-même ces plaisirs : il est connaisseur en gastronomie, et il met le lecteur dans la confidence de ses plus honteuses voluptés, entremêlant toutes ces peintures infâmes de quelques protestations vagues sur la pureté de sa vie.
 peu près tous les ans, il publiait un livre d'épigrammes comprenant ses flatteries, ses demandes, ses remerciements, ses plaintes, et de nombreux traits satiriques lancés contre les travers et les vices de toute espèce que sa morale facile attaque toujours comme des ridicules. Il a, du reste, soit réserve, soit prudence, la discrétion de ne pas citer les véritables noms. Il ne nomme les personnes vivantes que lorsqu'il leur adresse des éloges. Quand il raille, il invente des
noms d'après le besoin du vers. Souvent il a un nom particulier pour un certain type : le parasite est Selius, le plagiaire, Fidentinus, le déclamateur,Zi^wrmMS,etc.
Martial n'oubliait pas non plus dans ses vers les hommes de lettres contemporains. Presque tous y sont célébrés. Sur deux seulement il garde toujours le silence, sur Tacite qui n'avait peut-être pas encore écrit, et sur Stace, qui était, comme lui, un protégé de Domitien, qui fréquentait les mêmes cercles, qui traitait souvent les mêmes sujets. De son côté, Stace ne parle jamais de Martial. Le talent de ces deux poètes était bien différent : Stace se livre tout entier à la sensibilité, à l'imagination; Martial n'a que de l'esprit. A ce contraste de leur nature se joignait la rivalité des succès et des patronages. Certaines allusions de Martial laissent percer ses sentiments pour Stace : il a des pointes fréquentes contre les auteurs des longues épopées en douze livres ; or la Thébaïde atteint ce nombre.
Martial se plaint souvent de la vie qu'il mène comme d'un insupportable esclavage. 11 voudrait l'indépendance, la campagne avec les causeries d'amis, la paresse avec les plaisirs faciles, et ce bon dormir qu'il a chanté tant de fois avant La Fontaine. 11 semble que sa petite villa de Nomentum, dont il parle dans une de ses épigrammes, lui permettait de réaliser ses vœux de retraite. Nous savons déjà que Domitien lui avait donné à Rome même une petite maison. Nous voyons par ses écrits qu'il avait ses mulets, ses esclaves. Mais il fallait à cet homme de plaisir plus que le vivre et le couvert; et, tant que dura la faveur dont il jouissait sous Domitien, il n'eut pas le courage de s'éloigner de la cour. Négligé par Nerva, qu'il avait bien loué cependant, même quelquefois aux dépens de ce Domitien dont il avait fait un dieu, il se décida pendant la deuxième année du nouveau règne, à
retourner en Espagne (198). Pline le Jeune, auquel il n'avait pas ménagé les éloges, fît une partie des frais du voyage. Dans la lettre où il raconte la mort de Martial, il n'oublie pas de nous instruire de cette bonne action.
Nous savons que le poète, de retour dans son pays après sept lustres {post seplima lustra)^ reçut d'une dame qu'il appelle Marcella un petit domaine dont il vante les agréments dans une de ses épigrammes :
Si Nausicaa, s'écrie-t-il, m'offrait les jardins de son père, je pourrais dire à Alcinoûs : J'aime mieux les miens*.
On a supposé que cette Marcella était sa femme. Il lui donne dans cette petite pièce le nom de domina, maîtresse. Il se trouva d'abord heureux dans cette retraite et il en fait l'éloge dans une pièce adressée à son ami Juvénal. Mais bientôt l'esprit mesquin, jaloux et tracassier de sa petite ville lui fît regretter la société de Rome. Il vécut là pendant près de trois ans sans rien publier. Son dixième livre avait paru avant le départ pour Bilbilis (98); le onzième et le douzième ne virent le jour que deux ans et demi plus tard, en 101 : c'est ce qu'il appelle dans sa préface sa paresse obstinée de trois ans ^. Il en explique en même temps les raisons :
Mon premier et mon principal argument, c'est que je cherche en vain les oreilles romaines, auxquelles j'étais si bien habitué; il me semble que je plaide devant un tribunal étranger. En effet, si quelques traits peuvent plaire dans mes ouvrages, c'est mon auditoire qui me les a dictés. Cette critique ingénieuse, cette source abondante de sujets, les bibliothèques, les théâtres, les cercles, où le plaisir empêche de sentir le travail, en un mot tous ces biens