Pellissier, les Grandes Leçons de
de ses écrits en reconnaissant la nécessité d'en modérer la rigueur. 11 fonda lui-même la secte des Tertulliam'stesy qui a été aussi condamnée par TÉglise ; il ne cessa pas pourtant de réfuter avec vigueur plusieurs hérésies graves, telles que la doctrine antitrinitaire de Praxéas et l'idéalisme exagéré des gnostiques.
L'espace nous manque pour citer quelques beaux passages de Tertullien. Celui-ci est célèbre :
Nous ne sommes que d'hier, et déjà nous remplissons toute rétendue de votre empire, villes, forteresses, colonies, bourgades, vos conseils, vos camps, vos tribus, le sénat, le forum; nous ne vous laissons que vos temples. Pour nous venger, il nous suffirait de fuir, vous seriez effrayés de votre solitude.
On connaît moins cette noble profession de foi de la charité chrétienne :
Notre loi nous ordonne d'aimer aussi nos ennemis et de prier pour ceux qui nous persécutent... Aimer ses amis, c'est la vertu commune ; au chrétien seul il appartient d'aimer aussi ses ennemis.
Tertullien est un ferme apôtre de la tolérance religieuse :
Le droit commun, la loi naturelle veut que chacun adore le dieu auquel il croit. Il n'appartient jamais à un culte de faire violence à un autre culte. Une religion veut être embrassée par conviction et non par force, car les offrandes à la divinité réclament le consentement du cœur... Prenez garde que ce ne soit une sorte d'irréhgion d'empêcher quelqu'un de suivre sa rehgion et de ne pas lui permettre de choisir son dieu.
Nous terminerons en citant cet éloquent passage sur le témoignage de l'âme :
Mais ici j'invoque un témoin plus connu, plus populaire que pas un philosophe. Ce n'est pas toi, âme formée dans
les écoles, façonnée dans les bibliothèques, nourrie dans les portiques d'Athènes et chargée d'une sagesse indigeste. C'est toi que j'appelle, âme simple, grossière, ignorante, inculte ; viens comme tu es en ceux qui n'ont que toi, telle qu'on te rencontre sur les places, dans les carrefours, dans les ateliers. J'ai besoin de ton ignorance, puisque la moindre science te rend suspecte... Tu n'es certes pas chrétienne, puisqu'on devient, on ne naît pas chrétien; cependant c'est toi que les chrétiens appellent en témoignage. Etrangère, viens déposer contre les tiens; fais-les rougir de nous avoir persécutés pour des croyances dont tu portes en toi la conscience invincible.
Que de beautés du même ordre on trouve en lisant Tertullien! Que Ton compare ces écrits à ceux d'un Fronton, d'un Apulée, d'un Aulu-Gelle, et qu'on dise de quel côté est la puissance, l'avenir et la viel
Bibliographie. Fronton : Philibert Soupe, De Frontinianis Reliquiis» Paris, 1853, thèse. — Boissier, Ma?^. Aurèle et les Lettres de Fronton {Revue des Deux Mondes, l®"" avril 1868). — Aulu-Gelle : Fabre, Aulus Gellius de latinis scriptoribus et lingua latina quidjudicaverit, Paris, 1848, thèse. — Apulée : Bétolaud, Notice sur la vie et les ouvrages d'Apulée, en tête de sa traduction, 1835 et 1873. — Hildebrand, Commenfams de vita et scriptis Apuleii, Hall, 1835. — Goumy, de Apuleio fabularum scriptore et rhetore, Paris, 1859, thèse. — Frontin : Rondelet, Commentaire sur les aqueducs de Rome. Paris, 1820. — Pour les jurisconsultes, voir Boecking, Corpus juris antejustiniani, Bonn^ 1831 ; pour Papinien, Everard Otto, Vita Papiniani, Brème, 1743. — Minucius Félix : H. Meier, de Minucio Felice. Zurich, 1824. —Tertullien : Du Fossé, Histoire de Te7*tullien. Paris, 1675. — Charpentier, Étude historique et littéraire sur Tertullien, Paris, 1839, thèse. — A. de Margerie, de Tertulliano opusculum philosophicum, Paris, 1855, thèse. — L'abbé Bouedron, Quid senserit de natura animes Tertullianus. Rennes, 1861, thèse. — L'abbé Freppel, Tertullien, Paris, 1864. — L'abbé Condamin, De Tertulliano vexatae religionis patrono et prœcipuo apud Latinos christianae linyuse artifice. Lyon, 1877, thèse. — Pellissier, les Grandes Leçons de V antiquité chrétienne, Paris, 1885.