LIVRE VII
T période.
DU TROISIÈME SIÈCLE A LA CHUTE DE l'EMPIRE ROMAIN
Caractères de cette période. — Après la dynastie des Antonins, Tanarchie et les invasions précipitent la décadence de la littérature païenne. Tout ce qu'il y a d'intelligences actives et vigoureuses se jette dans le christianisme, qui seul ofifre un aliment réel et fort à la pensée. Mais la poésie a peu de place dans la littérature chrétienne, qui doit son grand éclat aux ouvrages de polémique et de philosophie religieuse. La société païenne abonde en esprits cultivés, mais qui manquent de pensée et d'inspiration. En vain, les empereurs favorisent les lettres; ils ne peuvent rendre aux esprits et aux caractères le ressort et la vie. La littérature est tout entière un produit des écoles «t se traîne d'imitations en imitations.
L'extension du droit de cité qui diminue l'importance de Rome et de l'Italie, la destruction graduelle du pouvoir du sénat, la préférence que beaucoup d'empereurs accordent à la langue grecque sont encore des causes de stérilité et de décadence. Que pouvait être l'histoire dans un temps où rien ne sortait du
palais des empereurs? V Histoire Auguste nous permettra d'en juger. Quant à Téloquence, en dehors du christianisme, on ne rencontre que celle des panégyriques, où les rhéteurs gaulois excellent, bien au-dessous toutefois de Pline le Jeune, qui est leur modèle. La poésie a deux inspirations dont on ne peut attendre rien d'élevé : celle de la cour, d'où procèdent les panégyriques en vers de Claudien, les invectives contre les favoris déchus, les petites pièces sur les harnais du cheval de l'empereur, etc., et celle de l'école, qui produit les descriptions fleuries et minutieuses d'Ausone, les poèmes mythologiques de Claudien, des élégies, des épigrammes, et qui descendra même aux centons et à ces jeux puérils où Ton imite par la longueur différente des vers la forme d'un œuf, d'un autel, d'une croix ou d'une flûte.
Ainsi s'éteint la littérature latine païenne. Mais, si la littérature chrétienne ne donne, en Occident, que des poésies médiocres ou faibles, la prose, animée par de fortes convictions et par un noble apostolat, éclaire d'un immense éclat les ténèbres de la décadence païenne, et l'éloquence des saint Ambroise et des saint Augustin, comme celle des saint Basile et des saint Jean Ghrysostome en Orient, s'élève par la puissance de la pensée et du sentiment , sinon par la pureté du style, à la hauteur des âges de Démosthène et de Cicéron.
yGoOgl
Poésie. — Dans le cours du m® et du iv® siècle, la poésie a bien peu de représentants dignes d'être mentionnés.
,0n peut ranger dans la poésie lyrique une pièce de quatre-vingt-treize vers trochaïques sur la Veillée de Vénus (Pervigilium Veneris); on ne peut en fixer ni Tépoque ni l'auteur. C'est une sorte d'hymne en l'honneur de Vénus Genitrix et du printemps. Les vers ont assez d'élégance.
Ausone. — Le poète Ausone (Dec. Magnus Ausonius), né à Burdigala (Bordeaux), en 309, mort vers 394, montre dans le genre lyrique et le genre descriptif de la facilité et un assez grand talent de versification. Il professa avec éclat dans sa ville natale la grammaire et l'éloquence. L'empereur Valentinien, sur le bruit de son mérite, lui confia l'éducation de son fils Gratien, et il reçut plus tard de ces deux empereurs les titres de comte de l'empire, de questeur, de préfet d'Italie, d'Afrique et des Gaules, enfin de consul (379). Ausone se convertit au christianisme, mais il ne fut chrétien que de nom. Sous Théodose le Grand, il revint achever sa vie dans sa patrie. Ses poésies sont très variées : épigrammes, épîtres, poèmes sur les empereurs, sur les villes célèbres, sur des personnages
vivants ou morts, idylles, qui renferment des descriptions souvant jolies, quoique trop longues. La plus célèbre est la dixième, intitulée la Moselle {Mosella), Ausone y raconte avec intérêt et avec un sentiment vrai de la nature un voyage sur la Moselle, depuis Bingen jusqu'à Trêves. Le poème se compose de six cent quatre-vingt-huit vers hexamètres. On lit encore avec plaisir la troisième idylle, A sa maison de campagne^ que nous avons citée dans nos Morceaux traduits* ;\a. sixième, V Amour ci*ucifiéy et la quatorzième, les Roses, Ce qui manque à ces poésies, c'est la chaleur et l'âme; le style est sec et dur, et la décence n'çst pas toujours respectée.
Claudien. — Le plus remarquable des poètes du IV® siècle est Claudien {Claudius Claudianus), né à Alexandrie, vers 365. Favori de l'empereur Honorius et surtout de son ministre Stilicon, il était païen, car les poésies chrétiennes données sous son nom appartiennent au Gaulois Mamert Claudien ou à un autre. La plupart de ses ouvrages sont des panégyriques consacrés directement ou indirectement à la louange 4e Stilicon, et des invectives contre Rufîn et Eutrope, ennemis de son protecteur (De laudibus Stiliconis, 3 ; De bello Getico; De bello Gildonico, de II l, IV, Vlconsulatu Honorii; in Rufinum^ 2; in Eutropium, 2). Outre un certain nombre de poésies légères, parmi lesquelles on remarque le Vieillard de Vérone *, on a encore de lui VFnlèvement de Proserpine, poème épique en trois livres, et des fragments de la Gigantomachie, Une statue de bronze lui fut élevée sur le forum de Traj an, avec ^ne inscription qui l'égalait à Virgile et à Homère.
A une époque où les formes de la poésie latine s'ef-