‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 45 sur 433 · Malus auctor latinitatis · texte numérisé non relu

Malus auctor latinitatis

IirSTOIRE DE LA. LITTÉRATURE ROMAINE 73

servateur délicat des caractères, le Molière du Misanthrope plutôt que celui de V Avare et du Bourgeois gentilhomme. Ainsi, comme nous l'avons dit ailleurs *, s'expliquerait ce fait que, très supérieur à Philémon, au rapport de tous les critiques, il lui ait souvent cédé le prix. Les pièces de Philémon étaient sans doute plus animées, plus vives, plus amusantes à la scène ; puis, un homme de goût, lisant à loisir les œuvres des deux poètes, ne comprenait pas les préférences du peuple.

; • Ainsi Gaecilius a eu peut-être raison de vouloir ajou- \ ter de la gaieté et de l'entrain aux comédies qu'il imi- ^>..Jiâ.it. S'il a été trop loin dans cette voie, si le comique qu'il a introduit aux dépens de tant de détails charmants, n'est pas de très bon aloi, il faut sans doute s'en prendre à lui et à l'insuffisance de son talent, i mais aussi aux Romains dont le goût s'accommodait 7 mieux de la parodie et du grotesque que de la simi..^£Hcité et du naturel. Aulu-Gelle, comme Quintilien et Horace, n'a pas tenu compte de ces circonstances ; de là leur sévérité pour Gaecilius et pour Plante, de là vient qu'ils sont moins défavorables à jérence qu'aux autres poètes comiques de Rome.

Térence. — Sa vie. — Térence (L. Terentius Afer) était né en Afrique, probablement à Garthage, vers 185 av. J.-G. Enlevé très jeune par des pirates, il fut amené à Rome et vendu comme esclave au sénateur romain Terentius Lucanus. Gelui-ci, frappé sans doute de son intelligence, l'affranchit et lui fit donner une /éducation libérale. Fort jeune, Térence présenta aux ^iles une comédie qu'ils acceptèrent, selon Suétone, sur la recommandation de Gœcilius ; c'est VAndrienne,

e fut représentée aux jeux Mégalésiens, que l'on

1 . Voir notre Histoire de la littérature grecque^ pages 516 et suW.

célébrait chaque année au mois d'avril, en l'honneur de Gybèle. Le grand succès de cette pièce excita la jalousie de quelques poètes, dont Térence se plaint dans ses prologues. Mais il en fut dédommagé par I l'amitié de grands personnages de Rome, Galba, Sulpi- |cius,ScipionEmilien,L8elius.Gesdeuxderniers surtout, épris des lettres grecques, durent goûter le talent délicat du poète et l'admirent dans leur intimité. De là prit naissance une accusation dictée par l'envie ; on prétendit que ces illustres amis travaillaient aux comédies de Térence. Celui-ci, dans le prologue des AdelpheSy relève cette accusation comme un éloge. I Après avoir donné en sept ans six comédies, Térence plia faire un voyage d'études en Grèce. Il y recueillit des w-^manuscrits de Ménandre ; il y composa même, dit-on, ^ quelques pièces. Mais il mourut, selon les uns, sur le vaisseau qui le ramenait en Italie ; selon les autres il avait envoyé, avant son départ, ses trésors littéraires ; le navire qui les portait fut englouti, et Térence mourut de chagrin (159 av. J.-C.), à l'âge de vingt-six ans. 11 laissait une fille qui épousa un chevalier romain.

Enumération des comédies de Térence. — Nous avons conservé les six comédies de Térence, Aï^dria (la femme d'Andros) ; Hécyra (l'Hécyre ou la Belle-mère) ; j4w^oVi^zVnon£372ewos(lêBourreau de soi-même); Phorminp (le Ph'ormion, nom propre); Funuçhus (l'Eunuque); Adelpkl (les Adelphes ou les Frères). Molière, dans les Fourberies de Scapin, s'est inspiré de beaucoup de scènes du Phormion; les Adelphes lui ont fourni le cadre de V Ecole des maris. VAndrienne a été imitée par l'acteurpoète Baron dans une comédie du môme nom (1703); V Eunuque, par La Fontaine dams V Eunuque ; Brueys et Palaprat y ont puisé l'idée principale et plusieurs scènes de leur Muet,

Nous savons par Térence lui-même que trois de

ces pièces : VAndrienne^ le Bourreau de soi-même et V£unuque^ étaient empruntées à Ménandre seul ; dans deux autres une comédie de Ménandre était fondue avec une œuvre d'Apollodore (la Belle-Mère) et une autre de Diphile (les Adelphes). Le Pkormion est puisé aussi à une source grecque, VEpidicazomenos d'Apollodore. Ce procédé qui consiste à prendre deux comédies d'auteurs différents pour en faire une seule a été reproché à Térence par ses contemporains, qui l'accusaient de gâter les originaux grecs : nous l'apprenons encore par les prologues.

T.ftS r.niy^^dies de Térence sont io\x\^f^ {jtnfnri^f -n'ftpfr^ dire qu'elles rnnfra'^tfnt pur Ipur fîftlmfî avnr^ Ir mnn ^ vêinent des pièces de pJ^^jj , e,t qu'fillfts ^l^ftr^^h^nt — moins rintérétdaris^Tà'vivacité dB l'action^. que dans Tans^lysedëlicatç d^^ pimyxs ftt^»^^ (-ar^pf^r^f; Que r'on prenne l'action, les personnages, le. style, on trouve partout entre le poète favori du peuple et Iç protégé de l'aristocratie une différence bien tranchée.

Action. — Prologues. — Et d'abord combien les prologues des comédies de Térence ressemblent peu à ceux que.nous avons analysés en étudiant le théâtre de Plante ! Ce ne sont plus ces bouffonneries souvent si amusantes qui mettaient l'auditoire en belle hu- ■ mowr-6rnB"St)nirptQyTngîKe cë^s^lnaica^^ rapides, utile? à un tel public et qui n'excluaient pas toujours une vive et habile exposition. C£ sont (jes plaidoyers sérieux et chagrins en faveur du poète, qui accuse .la nialvclîTSft'fc'ê'^dr^ ses'ènnéïïîis^^uT"3ïsculë criti-

ques et quelquefois se plaint du mauvais accueil fait à ses pièces. Le prologue de VAndrienne a pour but unique de défendre Térence contre « ce vieux poète malveillant » qui lui reproche d'avoir altéré les œuvres de son modèle Ménandre, en fondant en^mble VAndrienne et la Périnthienne, Térence ne discute pas en

HISTOIRE DE LA LlttÉRÀTURÉ ROMAINE

me cette critique qui a bien sa valeur ; il rc- , le fait, mais il le justifie par l'exemple de ses iers : il a suivi, dit-il, l'habitude des bons auil a fait comme Naevius, comme Ennius, comme

il aime mieux imiter leur infidélité que la tactitude de ses détracteurs *. Les mêmes accuamènent dans le Bourreau de soi-même la même î. Ailleurs Térence se défend d'avoir emprunté is et à Plante les personnages du parasite et du {Eunuque). Il déclare qu'il les a pris dans le le Ménandre ; il ne connaît pas, dit-il, de co-

latines sur ce sujet : ce qui nous prouve 'imitation ou même la reproduction complète finaux grecs était un litre dont se recommanles poètes, ils devaient se garder avec soin de r aux œuvres de leurs contemporains. Dans le le de YHécyre, c'est encore de ses intérêts que B entretient le public : il se plaint qu'on ait l'ois abandonné sa pièce, d'abord pour des 3 et un danseur de corde, puis pour des glas ^. Enfin dans les Adelphes, Térence aborde un lus délicat, auquel nous avons déjà fait allu-

Les jaloux, dit l'acteur chargé du prologue, lent qu'il est aidé par des personnages célèbres,

cessent d'écrire avec lui. Ce qu'ils regardent

une grave injure, le poète en fait un grand e gloire ; c'est la preuve qu'il est cher à ces [lages, que vous tous, que tout le peuple chérit, ns la guerre, dans la paix, dans les affaires, ont s orgueil leurs services à la disposition de tous. »

Qui quum hune accusant, Nsevium, Plautum, Enaium

Accusant, quos hic noster auctores habet,

Quorum œmulari exoptat negligentiam

Potius quam istorum obscuram diligentiam.

• tout ce prologue dans notre Recueil de morceaux traduits

urs latins f page 38.

Voilà les prologues de Térence ; ils ne se i tent à la pièce que par Tindication 3es sourc( quelles, l'auteur a puisé. Tts^ rappellent, cette de la comédie ancienne d*Âthènes7 la parabas

i^jasltr^EEiSS^^

bouche du cnœur des questions jouyêut parso et entretenait TeTspëctaféur's de ses intérêts, d< ques de ses rivaux, de la politique du jour.

Expositions. — Les expositions^ chez Térenc en général, moins naturelles et moins viyes.ai le théâtre de Plante. Trois fois sur six, le poè cours à lin ^procédé justement condamné pai

^ il introduit un personnage dont tout le rôle c à écouter le récit nécessaire à l'intelligence de h une fois les spectateurs instruits de ce qu besoin de savoir, ce personnage disparaît. On

^pelé pour cette raison personnage protatique ou nage de prologue. Tel est, dans VAndrienne, l'ai Sosia, auquel le vieillard Simon raconte avec détails comment il a découvert l'amour de : Pamphile pour la jeune Glycerium. C'est la tion de VAndrienne, justement admirée pour s et sa délicatesse et qui charmera toujours le 1 à la scène, outre qu'elle se rattache mal à l'acti devait paraître un peu froide. Dans YHécyre, deux femmes, Philotis et Syra,qui reçoivent, or trop pourquoi, les confidences de l'esclave Pan cela fait, elles disparaissent. Dans le Phormk clave Dave vient pour recevoir une somme d' que lui doit son confrère Géta ; en réalité, c'e entendre un long récit qui nous explique la si et nous fait connaître les principaux personns récit est fort piquant. Mais combien not lière * a rendu l'exposition plus vive, plus

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