‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 46 sur 433 · Fourberies de Scapin · texte numérisé non relu

Fourberies de Scapin

plus comique, en la partageant entre les deux valets Silvestre et Scapin et les jeunes Octave etLéandre, tous personnages actifs dans la pièce !

Les autres expositions de Térence échappent à cette critique. Celle des Adelphes est un monologue très joli, très aimable de Micion,le père indulgent, qui expose sa théorie d'éducation et combat celle de son frère *. Mais le dialogue entre Micion et Déméa, qui suit cette exposition, eût été une entrée en matière beaucoup plus franche. Molière, dans V Ecole des Maris, a bien soin de nous placer au cœur même du sujet par une discussion vive entre Sganarelle et Arisle ; son exposition a le double avantage de nous instruire tout naturellement des choses et de nous dessiner à l'instant le caractère opposé des deux frères.

L'exposition du Bourreau de soi-même est une des meilleures de Térence : un vieillard d'Athènes, Ménédème, a résisté aux prières de son fils qui veut épouser une jeune fille pauvre et d'une humble naissance. Le fils, désespéré^ est allé en Asie servir le grand, roi. Alors Ménédème se reproche sa dureté ; il se retire à la campagne et se condamne à une vie de rude travail. Un. vieillard voisin, Chrêmes, touché de cette conduite, fait à Ménédème des représentations affectueuses ; c'est là que se trouve la parole si souvent citée, qui est traduite Httéralement de Ménandre : « Je suis homme, rien de ce qui intéresse un homme ne m'est indifférent. » Ménédème se décide à raconter à son voisin son malheur. Nous avons cité, dans nos Morceaux traduits des auteurs latins 2, ce dialogue charmant, plein de sentiments délicats, mais qui a plus le ton d'un drame de famille que d'une comédie.

1 . Nous l'avons donnée dans notre Recueil de morceaux traduits des auteurs latins, page 32.

L'exposition de V Eunuque est plus vive. L'esclave Parménon arrête son jeune maître Phaedria à la porte de sa maîtresse et s'efforce vainement de combattre une réconciliation funeste. Nous avons trouvé dans Plante une situation toute semblable. Ici Térence imite ]i[énandre ; mais il supprime malheureusement des traits piquants et vrais que le poète Perse nous a conservés en les traduisant *.

Intrigue. — La monotonie- qu'on a reprochée aux intrigues jde PlahiejBsi^beauçîoiip.pîiiâ^eiisiU^^ dans le tîrénre"de Tërence. "C^esLlnyariablement un ou deux amours contrariés par l'opposition des pères ou par la colidilîon servile des jeunes filles^ C'est ^toujours, à la fin de la' pièce, une reconnaissance qui rend le mariage possible él^amène' 1e""dMOTôment. Dans i3lusteuTS pièces on se rend compte de'Ta'cfitique adressée à Térence par ses contemporains : en fondant ensemble deux comédies grecques, en les altérant par ce mélange, suivant ses envieux, il n'a pas toujours observé les règles de l'unité. Cette faute se remarque, par exemple, dans les i4rfe//)Aes. L'exposition, empruntée à Ménandre, raconte l'enlèvement d'une chanteuse parle jeune Eschine; puis, au deuxième acte, l'auteur met en scène, d'après Diphile, ce même enlèvement qui nous a été donné déjà comme un fait accompli. Une jeune fille, Bacchis, est traitée partout comme une esclave ; cependant dans une scène de l'acte II il est dit qu'elle est libre ^ : apparemment elle l'était chez Diphile. On a signalé dans la pièce plusieurs autres contradictions dues à la même cause.

La comédie des Adelphes a, ce semble, pour objet d'opposer deux éducations différentes, comme nous l'avons vu par l'exposition, et de donner raison à la

Sat., V, V. 101 et suiv.

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