‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 47 sur 433 · Scène ii · texte numérisé non relu

Scène ii

80 niSTOlRB DE LA LITTÉRATURE ROMAINE

facilité et à la conûance de Micion sur la sévérité grondeuse de Déméa : ainsi Vintrigue de Y Ecole des maris tourne au triomphe d'Ariste et à la confusion de Sganarelle. Mais quelle leçon morale tirer des Adelphes? Quelle est l'éducation qui l'emporte sur l'autre? Les fautes d'Eschine, jeune homme élevé libéralement, ne sont pas moins graves que celles de Ctésiphon, soumis à une si dure discipline. Micion triomphait d'abord ; à la fin c'est lui qui se trouve confondu. Ainsi la pièce ne conclut pas ; elle n'est pas un enseignement pour les pères, comme la comédie de Molière en est un pour les maris. Le brusque changement des caractères est encore une invraisemblance qu'on peut reprocher à Térence. Déméa, l'homme austère et rigide, devient subitement le plus débonnaire, le plus généreux des pères : il approuve, il encourage les désordres de son fils. Ces brusques conversions ne sont pas dans la nature, et notre grand poète comique s'est bien gardé de les admettre : Harpagon, jusqu'à la fin, reste épris des « beaux yeux de sa chère cassette » ; Alceste part pour le désert. Il semble qu'Oronte, éclairé sur le compte de Tartufe, doive être guéri de sa créduhté ; mais, par un trait de génie, Molière lui conserve son caractère : il ne croyait qu'aux dévots, désormais il n'accordera sa confiance qu'aux libertins. Comme tous les esprits faibles, il n'échappe à un excès que pour tomber dans un autre.

Malgré ces défauts, la pièce des Adelphes est intéressante ; elle est relevée par de fines analyses, par l'honnêteté de certains personnages, tels que Hégion, vieillard « d'une vertu antique * » ; tels que Sostrate, mère tendre et dévouée ; tels que Géta, esclave fidèle. On est touché de l'affection réciproque des deux

Page 1