‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 65 sur 433 · Luciu' Çotta senex · texte numérisé non relu

Luciu' Çotta senex

Magnus trico fuit nummariu*^ solvere nulli Lentus.

4 febris, senium, vomitus, pus. (Sat. xv.)

lius permettent de juger la hardiesse du poète, que n'intimidaient ni la naissance, ni la richesse, ni le rang et les dignités de ses victimes. Sans doute il ne corrigea pas les vices, mais il les châtia et les força du moins à pâlir et à trembler sous les coups qu'il leur portait.

^ Appréciation des^nciens. — La grande réputa- ^ilion de Lucilius chez les ancien* n'était pas due seullement à Taudace de ses personnalités. On admirait jlèon esprit autant que sa verve. Il est pour Cicéron le [modèle du bon goût, de Vurbanité. Cette admiration persiste au temps d'Horace. Celui-ci reproduit les éloges de ses contemporains et paraît, jusqu'à un certain point, les accepter. « Lucilius est enjoué, dit-il, il lest spirituel, il a répandu sut toute la ville le sel de Isa plaisanterie ; il est plus poli dans son style que les ^1 auteurs qui Font précédé. » Mais il fait ses réserves et il critique à plusieurs reprises la rudesse des vers de Lucilius, la précipitation et l'abondance bourbeuse de sa composition ^ Horace revient plusieurs fois à la charge ; on sent qu'il est forcé de se dâ|yidre ; c'est un épisode de cette guerre des anciens et afes modernes dont nous avons déjà parlé. On oppose directement Lucilius à Horace, comme on avait opposé à l'éloquence riche et harmonieuse de Cicéron Tâpretédu vieux Gaton. Sans doute les poètes et les beaux esprits qui entouraient Néron et Auguste donnaient raison à Horace contre Lucilius, et toutes leurs préférences devaient être pour l'exquise délicatesse d'un écrivain dont on a loué la «recherche heureuse ». Mais l'engouement pour la vieille littérature se reproduisit au temps de Quintilien, et nous savons par celui-ci et par l'auteur

1. Sat.y I,iv, V. 9 et suiv.; ihid., x, v. 1 et suiv., 58 et suiv., 76 et suiv .

iltSïOlRE DE LA LltTÉltATURE tlOMAtNE

ilogm des orateurs que les admirateurs passioni Lucilius le préféraient non seulement aux satiriques, mais à tous les poètes. Quintilien )ren(lre parti dans la querelle ; il reste prudemians un juste milieu, et sa conclusion est peu omettante : « Pour moi, je m'éloigne autant de mirateurs que d'Horace, qui trouve Fabondaiice jilius bourbeuse et veut qu'on fasse un choix es vers ; car je' trouve en lui une science merse et ce franc parler qui donne à son style du nt et beaucoup de sel ^ »

e jugement. — Il est difficile de se prononcer écrivain dont il reste si peu de chose ; cepeni les fragments de Lucilius permettent de come les éloges de l'antiquité, ils expliquent encore ce nous semble, les critiques d'Horace, et nous sent aux mêmes réserves et aux mêmes con-

iS.

, dans les passages que nous avons cités, nous 'emarqué des traits spirituels, nous avons pu :• des scènes piquantes et comiques. Quelques fragments ont le même caractère. Tel est ce t d'un avare :

, ni cheval, ni esclave, ni suivant ; mais il a une et porte avec lui tout ce qu'il possède d-'écus. Il il dort, il se baigne avec sa bourse ; sa bourse est i espoir, son avenir, sa vie 2.

est surtout cette peinture de la vie politique temps, peinture spirituelle et vive et qui, à égards, pourrait s'appliquer à nos sociétés

les :

it. orat., X.

Maintenant, du matin au soir,, qu'il soit fôte ou non, tous les jours et à toutes les heures, peuple et sénateurs s'agitent sur la place publique ; ils n'en bougent point. Tous s'appliquent à une seule étude, à un seul art, l'art de tromper les gens sans se compromettre, de faire assaut de fourberies et de fausses caresses, de se donner des airs d'honnête homme, de se tendre des pièges, comme si tous étaient les ennemis de tous ^ .

Il y a aussi du sel et de la verve dans cette boutade contre la superstition :

Ces Lamies terrestres que les Faunes et les Numa Porapilius ont inventées, il en a peur ; il les tient pour toutespuissantes. Les petits enfants croient que les statues d'airain sont vivantes, qu'elles sont des hommes ; de même ces gens-là prennent des mensonges pour la vérité, ils s'jmaginent que des statues d'airain ont la vie et le sentiment ; mais ce ne sont que fictions et fausses couleurs, rien de vrai, rien de réel 2. »

Si nous avions conservé ce voyage de Rome à Capoue et au détroit de Sicile ^ qu'Horace a imité dans le récit de son voyage à Brindes, et ces dialogues dont Lucilius paraît avoir fait un fréquent usage, il est probable que nous y trouverions beaucoup de traits spirituels. Horace n'a pas dédaigné de prendre à son prédécesseur l'apologue du renard et du lion malade *, et ses vers ne sont qu'une reproduction plus châtiée, plus élégante et plus rapide de ceux du vieux poète.

IA côté du sel, il est facile aussi de trouver chez Lucilius une fermeté vigoureuse. La définition de la vertu nous en a donné un exemple frappant. On peut

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