‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 71 sur 433 · Fidem in Capitolio vicinam Jovis 0 eàse voluerunt · texte numérisé non relu

Fidem in Capitolio vicinam Jovis 0 eàse voluerunt

2. Il a dit aussi : « C'est en ne faisant 1 nent k mal faire. »

herbe, on dit déjà qu'il est bon. N'allez pas fonder là-dessus trop d'espérances. J'ai souvent entendu dire qu'il y a loin de la bouche au morceau ; mais entre le morceau et l'herbe, ah ! c'est là que la distance est grande !

Cette verve humoristique, qui fait penser à Franklin et à la science du bonhomme Richard, est le tour habituel de l'esprit de Gaton dans ses discours comme dans son livre sur la campagne :

Ceux qui volent les particuliers, s'écric-t-il, passent leur vie dans la prison et dans les chaînes ; les voleurs de l'Etat vivent au milieu de l'or et dans la pourpre.

Tel est un portrait piquant du bavard :

11 ne se tait jamais, celui qui est possédé delà maladie de parler ; si vous n'allez pas chez lui quand il vous invite, il a une telle démangeaison de parler qu'il loue un homme pour l'écouter : aussi, vous l'entendez, vous ne l'écoutez pas, comme il arrive aux charlatans ; car on entend leurs paroles, mais personne ne se confie à eux dans la maladie.

C'est par une boutade qu'il sauva les survivants des otages achéens qui demandaient à retourner dans leur patrie :

Comme si nous n'avions rien à faire, nous, délibérons toute une journée au sujet de vieillards grecs, pour savoir s'ils seront portés en terre par nos fossoyeurs ou par ceux de l'Achaïe.

Quelques jours après, Polybe voulant obtenir que les bannis rentrassent en. possession de leurs honneurs, Gaton dit en souriant :

Polybe est comme Ulysse, il veut rentrer dans l'antre du cyclope pour y reprendre sa ceinture et son chapeau.

Mais nulle part le persiflage n'est plus vif et plus piquant que dans un fragment assez étendu d'un discours Sur ses dépenses :

Je fis apporter les tablettes où mon discours était écrit.

11 y avait d'abord la convention avec M. Cornélius dans les termes où je l'avais faite ; puis on lut les services de mes ancêtres, puis ce que j'avais fait moi-même pour la république. Ces deux lectures achevées, le discours continuait ainsi : « Je n'ai jamais prodigué ni mon argent ni celui des alliés dans des pensées d'ambition. » Qu'est ceci? m'écriai-je ; non, ne laisse pas ceci, ils ne veulent pas l'entendre. 11 lut ensuite : « Ai-je jamais établi dans les villes de vos alliés des magistrats qui aient ravi leurs biens ou leurs enfants? » Efface encore cela, ils ne veulent pas l'entendre. Continue : « Jamais le butin, les dépouilles enlevées à l'ennemi, ni l'argent des ventes n'ont été distribués par moi à quelques amis, pour les enlever à ceux qui les avaient pris. » Eflface encore ; il n'est rien qu'ils veuillent moins entendre, c'est inutile. Lis : « Jamais je n'ai accordé de ces transports gratuits dont le brevet eût assuré à mes amis des sommes considérables. » Continue d'eflfacer tout cela au plus vite. « Jamais je n'ai distribué d'argent sous le nom de pot-de-vin à mes appariteurs et à mes amis, et je ne les ai pas enrichis aux dépens de l'Etat. » Oh ! efface cela jusqu'au bois ! — Voyez, je vous prie, où en est la république : ce que j'ai fait de bien pour elle, ce dont j'espérais de la reconnaissance, aujourd'hui, je n'ose le rappeler, de peur d'exciter la haine. Tant il est reçu maintenant qu'on fait le mal impunément, et que ce n'est pas impunément qu'on fait le bien *.

Quoi de plus original que cette scène de comédie transportée à la tribune ? Aucun poète satirique a-t-il jamais mieux manié l'ironie ?

Cette môme verve malicieuse est le caractère d'un discours que Gaton avait inséré dans ses Origines et dont le critique Aulu-Gelle nous a conservé d'assez longs passages. Pendant la guerre entre Rome et le roi de Macédoine Persée, les Rhodiens avaient observé une neutralité malveillante. Après la victoire, ils étaient gravement menacés par le ressentiment des ^

Page 1