Traduction de M. Berger avec quelques changements
132 Histoire de la littératukè romaine
vainqueurs et on proposait de leur déclarer la guerre. Caton prit leur défense et, comme récrit rhistorien Tite-Live S « malgré l'âpre té de son caractère, il se montra sénateur doux et bienveillant ». Il était patron de nie de Rhodes ; d'ailleurs il voyait les Romains enivrés de leurs succès, et il voulait prévenir ces violences et ces déprédations qui étaient devenues l'habitude des généraux et des magistrats. Ce sentiment est exprimé dans l'exorde avec la rude franchise qui convenait au caractère et à l'autorité de Caton :
Je sais que la plupart des hommes, dans le succès, dans le bonheur, dans la prospérité, se livrent à l'arrogance et laissent croître et grandir en eux l'orgueil et la dureté. C'est pourquoi, à cause même de l'issue si heureuse de cette guerre, je redoute vivement que votre détermination n'ait des suites fâcheuses et ne réduise à néant votre triomphe, et que toute votre joie ne se détruise par son excès même. L'adversité dompte les cœurs et nous apprend la conduite à tenir ; mais les joies de la prospérité nous jettent hors de la bonne voie, en nous détournant des bons avis et des sages pensées. Je vous exhorte donc et je vous engage de toutes mes forces à différer de quelques jours votre décision, jusqu'à ce que, remis d'une si grande joie, nous soyons redevenus maîtres de nous-mêmes.
La leçon est encore plus directe et plus sévère dans d'autres passages que cite Aulu-Gelle :
Oui, je le pense comme vous, les Rhodiens n'auraient pas voulu que la guerre se terminât comme elle s'est terminée, ni que le roi Persée fût vaincu. Les Rhodiens n'étaient pas les seuls à faire des vœux contre nous. Beaucoup de peuples, beaucoup d'Etats, j'en suis persuadé, pensaient comme eux. Je croirais même qu'une partie de ces peuples