Liv. XIV, ch. XXV
ne désirait pas notre défaite pour l*aflfront que nous en aurions reçu ; mais ils ont craint que si nous n'avions plus un seul homme à redouter, si nous étions maîtres d'agir en tout selon nos caprices, ils ne pussent, sous notre empire unique, échapper à la servitude.
Caton rappelait ensuite la longue fidélité des Rhodiens et les services qu'ils avaient rendus à la république. Puis il développait cet argument qu'il a employé encore dans son discours pour les Lusitaniens :
L'adversaire le plus acharné des Rhodiens les accuse d'avoir voulu être nos ennemis. Est-il un seul d'entre vous, s'il s'agissait de lui-même, qui crût mériter une peine parce qu'on l'accuserait d'avoir voulu mal faire? Personne, je le suppose ; pour moi, je ne l'admettrais jamais.
Et il forçait les sénateurs à rentrer en eux-mêmes :
Eh quoi ! Est-il une loi assez cruelle pour dire : Celui qui aura voulu faire telle chose, payera mille deniers d'amende et livrera la moitié de ses esclaves ; celui qui aura voulu posséder plus de cinq cents arpents, payera telle somme ; celui qui aura voulu augmenter son troupeau, payera telle autre somme ? Or, tous, nous voulons posséder plus et personne n'est puni de ce souhait.
Le même argument devenait encore plus piquant sous cette forme nouvelle :
Mais s'il n'est pas juste d'accorder des honneurs à qui prétend avoir voulu bien faire et qui n'a rien fait, les Rhodiens seront-ils punis non pour avoir mal fait, mais parce qu'on dit qu'ils ont voulu mal faire ?
La conclusion du discours contenait encore un trait piquant à l'adresse des Romains :
Les Rhodiens sont orgueilleux, dit-on ; c'est un reproche que je ne voudrais entendre adresser ni à mes enfants ni à moi. Mais enfin, qu'ils soient orgueilleux, que nous in^porte ? Voyons-nous donc avec colère qu'un peuple soit plus orgueilleux que nous ?
-Live admirait ce discours qu'il appelait l'œuvre rateur abondant ; et il renvoie à l'original, ne t ni le transcrire, ce qui est contraire à ses des, ni le refaire à sa manière, comme le dispour la loi Oppia, où il a très habilement repro-
physionomie du vieux Gaton, sans conserver ^ue et son style.
dernière citation nous permettra de faire ap- ? cette véhémence, cette force d'indignation 'animait la parole de l'orateur, quand il avait à ler et à combattre les odieuses violences des neurs de province. Q. Minucius Thermus, con- 194 (560 de Rome), puis proconsul, avait souprès trois ans de combat, les Ligures et les . On demandait pour lui le triomphe ; mais Cay opposa énergiquement et traduisit même us devant le peuple comme coupable de lèseé.Il l'accusait d'avoir annoncé de faux combats, toires imaginaires, et surtout d'avoir fait mettre
sans jugement des hommes libres, des magise villes alliées. Ce fut le sujet de deux discours : itulé Sur les dix hommes, l'autre Sur les faux comms le premier se trouvait cette phrase véhémente:
erches à couvrir ton crime par un autre crime pire tu fais des sacrifices humains, tu commets des aents : tu commets dix meurtres à la fois, tu imlix hommes libres, tu ôtes la vie à dix personnes ►urnement, sans jugement, sans condamnation.
roit qu'il s'agissait de dix hommes auxquels Lis avait arraché violemment une énorme conm de blé et qu'il avait ensuite fait périr pour son crime. Dans un fragment du discours Sur combats, Thermus est accusé d'un autre attenmoins odieux ; il a fait battre de verges comme aves les magistrats d'une ville alliée :
Il dit que les décemvirs n*ont pas h table. Il ordonne qu'on leur arrache qu'on les frappe du fouet. De misén tiens 1 frappèrent les décemvirs. Be virent ce spectacle. Qui pourrait supp< despotisme, cet asservissement? Jamai semblable. Et vous, citoyens honnêl qu'on traite ainsi d'honnêtes gens, de fa sont les droits des alliés ? Où est la fc Quoi ! des violences inouïes, coups, étriv déchirements, tortures, et avec cela l'oi neur, sous les yeux de leurs concitoy témoins, voilà où s'est emportée ton a crois les récits, que de plaintes, que d( de pleurs et de lamentations ! Les esck peine à supporter les affronts ; et ces naissance, d'un caractère honorable, c sentiments qu'ils ont éprouvés, qu'ils leur vie ?
Aulu-Gelle a raison de comparer pement aux parties les plus pathét de Cicéron. On y trouve déjà « Tém et plaintive, les flots impétueux d'ar 1ère » que le critique admire dans plice de Gavius^
L'examen des fragments de Cato prendre Tenthousiasme avec lequ( Sur les orateurs illustres ^^ Cicéron orateur :
Est-il aujourd'hui un seul de nos oi
1. Bruttiens. — Les habitants du Bruttium, avaient été condamnés k suivre les magistrats i et k leur servir de bouleaux.
2. «r Quae tune miseratio ! quae coraploratio ! alque acerbitatis fretum effervescit. »