‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 74 sur 433 · Ch. XVI, XVII et suiv · texte numérisé non relu

Ch. XVI, XVII et suiv

En est-il même un qui le connaisse ? Et cependant, quel homme, grands dieux I Ne voyons point en lui le sénateur, le général ; il ne s*agit ici que de Torateur. Qui jamais sut louer avec plus de force, blâmer avec une plus mordante énergie ? Quelle finesse dans les pensées, quelle ingénieuse simplicité dans l'exposition des faits et des arguments! Les cent cinquante discours et plus que j'ai trouvés de lui jusqu'à ce jour et que j'ai lus, sont remplis d'idées et d'expressions frappantes. On peut en extraire ce qui est digne de remarque et d'éloge, on y trouvera toutes les beautés oratoires.

. Il reconnaît cependant que la langue de Gaton est vieille, qu'il manque à sa phrase du nombre, de la , liaison, de la symétrie, que son style n'est pas assez Ljijiâtié. Et, plus tard, quand son interlocuteur, Atticus, conteste les éloges de Gicéron et n'admet point surtout que l'on compare Gaton à l'Athénien Lysias, écrivain si achevé, Gicéron reconnaît lui-même qu'il est allé trop loin et accepte en partie les réserves d' Atticus, qui ijfrouve chez Gaton « une ébauche de talent, mais une Ifebauche que l'art n'a pas dégi'ossie * ». Il est certain que Gicéron, dans son désir patriotique de rehausser la gloire des lettres romaines, n'a pas observé la juste mesure. Sans doute le style des discours est bien supérieur à celui du Traité d'agriculture. Soutenu par la tribune et par la chaleur de la discussion, Gaton suit mieux ses idées, son développement a plus d'ampleur ; mais, s'il a déjà la passion qui est le fond de l'éloquence, il lui manque l'art qui complète cette puissance et la transmet à la postérité.

Chose curieuse, Gicéron avait signalé à ses contemporains les discours de Gaton, que personne ne lisait avant lui, et bientôt ce fut Gaton qu'une certaine école opposa à la renommée oratoire de Gicéron.

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