LES ORATEURS DEPUIS CATON JUSQU AU TEMPS DE SYLU
Etat de la prose à la mort de Caton. — Après la mort de Caton, Tinfluence grecque, qu'il avait combattue toute sa vie, est décidément triomphante. Luimême Favait subie sans le vouloir et ses écrits en portent la trace. A cette époque, on peut dire que le travail des poètes comiques, traducteurs ou imitateurs de la Grèce, a fixé la langue de la conversation ; après Plante et Térence elle n'a plus de progrès à faire. Formée à la môme école, la langue de la haute poésie est loin encore de la délicatesse, de la douceur et de l'harmonie qu'elle n'atteindra qu'avec l'âge d'Auguste ; cependant elle s'est beaucoup dégrossie, elle a perdu de sa raideur, elle rencontre quelquefois la grâce et la souplesse. Ses progrès n'ont pas été sans influence sur la langue oratoire : avec Caton et ses contemporains celle-ci a trouvé sa forme ; ce qui lui manque, c'est le charme de la période, c'est ce rythme musical qui est comme une seconde expression de la pensée et qui en double la puissance. Or, déjà quelques hommes, contemporains de Caton, commençaient, au témoignage de Cicéron, à enchaîner la phrase latine dans une sorte de rythme oratoire.
Lépidas Porcina. — Ce mérite fut surtout celui de
M. ^niilius Lépidus Porcina. Gicéron dit qu'il est le premier orateur latin chez lequel paraisse le poli de la phrase grecque, l'entente de la période, enfin une plume en quelque sorte artiste (artifex, ut itadicam, stilus) *. 11 fut le maître de Tihérius Gracchus et d'un autre orateur contemporain, que nous connaissons déjà par Lucilius, G. Papirius Garbon.
Sulpicius Galba. — G'est par la puissance de la passion que se distingue ce Sulpicius Galba dont Caton, au teTme de sa longue carrière, attaqua encore avec force )a perfidie et la cruauté. On se rappelle qu'il avait attiré dans un piège, sous prétexte d'armistice, et fait massacrer en un jour 30,000 Lusitaniens, selon Suétone, 7,000 selon Valère Maxime. Poursuivi par le tribun Scribonius Libon et par Gaton, Galba se défendit d'abord en disant que les Lusitaniens préparaient une révolte ; puis abandonnant une justification difficile, il présenta au peuple, en versant des larmes, ses enfants en deuil, et son neveu, fils de G. Sulpicius Galba qui venait de mourir et qui avait laissé de vifs regrets. « Grâce à la flamme d'émotion qu'excita cette scène. Galba échappa à la condamnation. Dans une autre affaire qui ne lui était pas personnelle, ce fut encore par la force du pathétique que Galba gagna une cause qui semblait perdue. Mais Gicéron, qui raconte ce fait 2, ajoute que les discours écrits de Galba ne conservent aucune trace de ces qualités.
Une sensibilité ardente qu'il tenait de la nature donnait à ses discours du mouvement, de la force, de la véhémence ; mais quand il prenait tranquillement la plume et