Ibid.f ch. XXII
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que la passion, comme un vent qui tombe, cessait d'animer son éloquence, le discours languissait.
Selon Cicéron c'est l'absence de connaissances solides et d'habitude du style qui explique ce contraste entre la parole et les discours écrits de Galba.
Scipion et Lslius. — Le fameux Scipion Emilien et son ami Lselius comptaient aussi parmi les orateurs. — La parole de Lselius tenait un peu de celle de Lépidus Porcina ; elle était calme, douce, persuasive. Scipion Emilien était un orateur mordant, habile, comme Caton, à manier l'ironie. Deux fragments conservés de ses discours ont ce caractère.
Tibérius Gracchus. — Nous arrivons aux deux célèbres tribuns, Tibérius et Gaïus Gracchus, dont l'entreprise a été très diversement jugée, mais dont l'éloquence a été reconnue par tous. Ils appartenaient à la famille plébéienne des Sempronius. Leur père, Tibérius Sempronius Gracchus, avait été tribun du peuple, préteur, deux fois consul, censeur. Vainqueur des Celtibériens, de la Sardaigne, des Ligures, il avait obtenu deux fois le triomphe. D'abord adversaire des Scipions, il les défendit avec magnanimité lorsqu'ils furent poursuivis par les tribuns; il devint leur ami et il épousa la célèbre Cornélie, fille du premier Scipion l'Africain. Restée veuve de bonne heure, Cornélie se consacra tout entière à l'éducation de ses enfants ; ils étaient au nombre de douze ; il ne lui en resta que trois : une lille, Sempronia, qui épousa Scipion Emilien, et les deux fils dont la vie a été si orageuse et si courte. Cornélie, par son grand caractère, contribua beaucoup à faire de ses fils des hommes supérieurs. Elle fut aidée dans cette tâche par deux philosophes stoïciens, Diophane de Mitylène et Blossius de Cumes.
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Né en 163 av. J.-C, Tibérius Gracchus, dès sa première jeunesse, était célèbre pour son éloquence et sa connaissance profonde du droit civil et religieux. Avant vingt ans, il avait été élevé à la dignité d'augure, une des plus considérables de la république, et Appius Glaudius, prince du sénat, l'avait choisi pour gendre. Il servit en Afrique sous son beau-frère, Scipion Emilien ; puis il fut questeur de Mancinus à Numance. Après la défaite de ce consul, les Numantins ne voulurent traiter qu'avec Tibérius, dont le père s'était fait estimer des Espagnols. Mais le sénat refusa le traité et livra Mancinus. Tibérius ne fut sauvé du môme sort que par son éloquence, son nom et l'influence des Scipions. Ses ennemis attribuent à cette affaire et à l'irritation du jeune homme son ardeur pour la cause populaire. Un motif plus réel et plus généreux, ce fut, outre l'éducation stoïcienne de Tibérius, la vue des campagnes dépeuplées, changées en vastes parcs que cultivaient à peine quelques esclaves, tandis que les hommes libres, ruinés par le service militaire, dépossédés de leurs terres, mouraient de faim ou s'entassaient à Rome avec une multitude d'affranchis qui formaient la nouvelle plèbe romaine. Tibérius exprimait éloquemment cette situation dans un discours dont Plutarque a traduit ou paraphrasé le passage suivant :
Les bêtes sauvages ont leurs tanières et leurs repaires où elles peuvent se retirer. Ceux qui combattent et versent leur sang pour Tltaiie, n*ont en propriété que la lumière et l'air qu'ils respirent... Sans maison, sans séjour flxe, ils errent dans les campagnes avec leurs femmes et leurs enfants. Leurs généraux mentent lorsque, dans les combats, ils les exhortent à combattre pour leurs tombeaux et leurs dieux domestiques et à repousser Tennemi. Parmi tant de Romains, il n'en est pas un seul qui ait un autel pMernel ni un tombeau où reposent ses ancêtres. Ils ne
combattent et ne meurent que pour entretenir les plaisirs et leluxe d'autrui... On les appelle les maîtres de Tunivers et ils n'ont pas une motte de terre qui leur appartienne.
Elu tribun en 134, Tibériiis entreprit de guérir ces maux par les voies légales. S'appuyant sur une ancienne loi agraire de Licinius Stolon, qui avait été d'abord éludée, puis bravée ouvertement, il proposa de limiter à 500 jugères (126 hectares), avoQ 250 en plus pour chaque tête d'enfant, la possession des terres du domaine, public autrefois affermées, puis, à l'aide du temps, conservées par les détenteurs comme une propriété véritable. Le reste de ces terres détenues illégalement aurait été distribué à des citoyens et à des Italiens pauvres à raison de 30 jugères (7 hectares 36 ares) qui seraient inaliénables. C'était le moyen de reconstituer cette classe des petits propriétaires ruraux qui avaient fait la force des armées romaines et qui étaient aussi bons citoyens que braves soldats.
On voit que la loi agraire de Tibérius n'avait pas le caractère d'une spoliation , puisqu'on n'appliquait qu'aux terres conquises, véritable propriété de l'Etat, la limitation fixée par le tribun. D'ailleurs, au témoignage de Plutarque, Tibérius introduisait dans sa loi le principe d'une indemnité. Mais plus tard, devant l'opposition du sénat, il effaça cette clause. Il restait toutefois dans l'application de la loi de grandes difficultés : on ne savait plus distinguer la propriété usurpée de la propriété légitimement acquise. Telle terre avait été reçue en dot, telle autre avait été transmise en héritage ou acquise par vente ; on avait amélioré la culture, planté des arbres, élevé des maisons. C'étaient autant d'armes auxmains des adversaires de la loi, et, si une révolution ne s'embarrasse pas de
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ces détails, une réforme légale avait peine à s'en dégager.
Pour empêcher le vote de la loi, le sénat gagna un des tribuns, ami de Tibérius, M. Octavius Gaecina, qui opposa son veto à la loi. Tibérius essaya vainement de ramener Octavius à la cause populaire : hialgré les prières et les supplications de son collègue, Octavius fut inflexible. Alors Tibérius le fit déposer par rassemblée du peuple, parti extrême qui enlevait au tribunat son inviolabilité et qu'on employa bientôt contre Tibérius.
Après cette mesure violente, la loi fut votée, et trois commissaires, Tibérius, Gaïus son frère et Appius Claudius son beau-père furent chargés de Texécuter. L'argent manquait aux triumvirs pour commencer leurs opérations ; car le sénat n'avait alloué qu'une somme dérisoire. Tibérius comptait sur les trésors que le roi de Pergame Attale venait de léguer .au peuple romain ; il proposa d'allouer à chaque propriétaire nouveau, pour subvenir aux premiers frais d'exploitation, une somme d'argent prise sur l'héri- •tage d' Attale.
Mais le triomphe de Tibérius devint le signal de sa ruine : étant sorti de la légalité, il dut souvent faire son apologie, et l'inviolabilité d'un second tribunat lui devenait nécessaire. Or, le jour du vote, les citoyens des tribus rurales, occupés aux moissons, ne vinrent pas ; Tibérius était livré à l'aristocratie et ù la populace urbaine, mobile et facilement ingrate. Le premier jour, une émeute suscitée par les nobles interrompit le vote ; le lendemain les troubles se renouvelèrent. Un geste par lequel Tibérius montrait à ses partisans que sa tête était menacée, fut interprété par les nobles comme s'il demandait le bandeau royal. Alors Scipion Nasica somme le consul Mucius Scsevola de mettre Tibérius hors la loi. Sur le refus du consul, il marche lui-môme à la tête de l'aristocratie ; Tibé-
HISTOIRE DE LA LITTERATURE ROMAl
rius tombe dans la mêlée, est frappé m d'un débris de banc, trois cents des sien et les corps sont jetés dans le Tibre. Ge mière révolution qui ensanglanta Home pulsion des Tarquins. Les vainqueurs ne pas là ; les amis de Tibérius furent mis ; jugement ou bannis.' Mais le sénat, emba victoire, défendit faiblement Scipion Nasic pris l'initiative du massacre ; pour le sou condamnation qui le menaçait, on l'envc sion à Pergame, où il mourut bientôt ol Quelques années après, Scipion Emilien, 1 de Carthage et de Numance, qui avait ; meurtre de son beau-frère Tibérius, fut t dans son lit (129), sans qu'on osât recher teurs du crime.
Le peuple, qui avait laissé*périr Tibéi bientôt sa mémoire. Quant à son talent or n'en pouvons juger que par les citations di Au rapport de ce biographe, l'éloquence était douce et touchante, sa diction pur Clcéron l'appelle « un grand orateur » et discours n'ont pas encore « tout l'éclat sion, mais sont pleins d'esprit et de solii
^a!us Gracchus. — Caïus Gracchus, pi neuf ans que Tibérius, était au siège de N près de Scipion Emilien, quand il apprit son frère. Revenu à Rome, il n'obtint pas ( les derniers devoirs. Il s'enferma d'abon sa mère et vécut dans une retraite absoli rant par de fortes études à venger Tibérii çant à l'éloquence avec ses maîtres grecs fut éclatant. Il défendit un ami de Tibér