‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 81 sur 433 · XV · texte numérisé non relu

XV

cette lettre sont contraires à la tradition, suivant laquelle Gornélie avait toujours excité son fils à venger Tibérius et à poursuivre Toeuvre de son frère.

Le tribunal fut décerné à Caïus en 123 par les acclamations d'une foule immense qui couvrait le Champ de Mars et les toits des maisons ; toutes les tribus rustiques et les Latins étaient accourus pour prendre part au vote. Une fois tribun, Caïus déploya plus d'ardeur et de résolution que son frère. Il fit passer une loi en vertu de laquelle tout magistrat qui aurait banni sans jugement un citoyen serait cité devant le peuple. Puis il fît confirmer la loi agraire de Tibérius, établit des distributions de blé, fonda des colonies pour les pauvres, mit à la charge du trésor l'équipement des soldats. A ce moment, son pouvoir et sa popularité étaient immenses. 11 dirigeait les travaux, disposait des fonds publics, s'occupait même des affaires extérieures, comme le prouve son intervention dans une querelle entre les rois Mithridate et Nicomède. Le débat avait été porté devant le peuple et Caïus combattit la loi proposée par le tribun Auféius, loi favorable à Mithridate, contraire à Nicomède, et qui intéressait les revenus du peuple romain. A. Gelle eu cite un passage plein d'une ironie mordante * ; on y prend une triste idée des mœurs politiques du temps et l'on pense à ce mot de Jugurtha que nous avons déjà cité : « Ville à vendre si elle rencontre un acheteur ! »

Citoyens, si vous voulez faire usage de votre sagesse et de votre discernement habituels, cherchez bien, et vous reconnaîtrez qu'aucun de nous ne vient ici sans un motif téressé. Nous tous, qui parlons à la tribune, nous demandons quelque chose et personne ne paraît devant vous sans Tespoir d*y trouver un profit. Moi-même, qui prends la parole

Page 1