‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 83 sur 433 · De cfnris oratoribus, ch. xxvn · texte numérisé non relu

De cfnris oratoribus, ch. xxvn

Et il parle ainsi de Caïus : » Pourquoi faut-il qu'il ait aimé son frère plus que sa patrie* ? » Mais quand il s'agit d'apprécier leur éloquence et surtout celle de Caïus, son admiration est sans réserve :

Voici enfin, dit-il en arrivant à Caïus, un homme doué du plus beau génie, passionné pour l'étude et formé dès renfance par de savantes leçons. Gardez- vous de croire, Brutus, que personne ait eu jamais une éloquence plus riche et plus abondante. S'il avait vécu plus longtemps, peut-être qu'en éloquence il n'eût jamais eu d'égal ; son style est élevé, ses pensées solides, l'ensemble de sa composition puissant. 11 n'a pu mettre la dernière main à ses ouvrages ; plusieurs sont d'admirables ébauches qui seraient devenues des chefs-d'œuvre. Si un orateur mérite d'être lu par la jeunesse, c'est C. Gracchus, L'étude de ses discours peut tout à la fois aiguiser l'esprit et féconder l'imagination.

Dans d'autres passages de ses traités oratoires, Gicéron insiste davantage sur la véhémence et la passion qui faisaient la puissance de Caïus à la tribune et qui, au jugement de tous les anciens, étaient le caractère principal de son éloquence. C'est lui, dit-on, qui donna l'exemple de marcher dans la tribune. Cicéron raconte qu'il faisait cacher derrière lui un esclave musicien, qui lui donnait le ton sur la flûte et l'empêchait de trop baisser la voix ou de s'abandonner à des éclats trop violents ^. Il cite dans le même ouvrage un passage qui, dit-il, arracha des larmes à ses ennemis euxmêmes :

Malheureux ! où aller ? où me réfugier ? Au Capitole ? 11 est inondé du sang de mon frère. Dans ma maison ? Pour y contempler le malheur, les lamentations de ma mère et son désespoir ?

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