‹ Histoire de la littérature romaineChapitre 84 sur 433 · Peorât.y lU · texte numérisé non relu

Peorât.y lU

Un autre fragment presque aussi court s*en rapproche par le pathétique. Il est t cours que Gaïus prononça dans son sec pour défendre les lois qu'il avait promul{

Si je voulais m'adresser à vous, rappeler d'une illustre famille, que mon frère est m( que de toute la race de Publius l'Africain Gracchus je reste seul avec un enfant, vou vivre désormais dans le repos, afin que noi soit pas anéantie tout entière et qu'il en sur débris, sans doute vous m'accorderiez voloi mande.

Dans le même discours , Caïus en violences et les cruautés commises par sur les magistrats des villes municipale Voici comment il racontait le supplice d de Téanum :

Dernièrement, le consul arriva à Téanum S femme déclara qu'elle voulait se baigner dans hommes. M. Marius chargea le questeur cai faire sortir ceux qui s'y baignaient. La femme plaint à son mari qu'on a été trop lent à lui li et qu'ils n'étaient pas assez propres. En cor poteau est planté dans la place publique ; l'homme le plus oonsidérable de la ville, M. l arrache ses vêtements, on le frappe de verges velle, les habitants de Calenum défendireni que personne usât des bains quand un mag serait dans la ville. A Ferentinum, pour un mo notre préteur fit arrêter les questeurs : l'un cipita du haut d'un mur, l'autre fut saisi et ba

Un peu plus loin, Caïus racontait une ai d'un noble romain :

\. De legibmprornulgatis.

Voulez-vous connaître l'insolence et la tyrannie de notre jeunesse ? je vais vous en rapporter un exemple. Dans ces dernières années, on envoie d'Asie avec une mission un jeune homme qui n'avait jamais exercé de magistrature. On le portait dans une litière. Sur la route passe un bouvier de Venouse ; celui-ci, par plaisanterie, ignorant à qui il avait affaire, demande aux esclaves s'ils portent un mort. Le jeune homme entend, fait arrêter sa litière, et, avec les courroies, il fait frapper le malheureux jusqu'à ce qu'il ait expiré.

Ces deux passages sont cités par Aulu-Gelle *. Le critique les compare avec un tableau semblable de Caton que nous avons traduit plus haut et avec la description du supplice de Gavius par Cicéron. Il trouve que Caïus est bien froid, qu,e le récit de faits si révoltants n'excite en lui aucune indignation. La différence des situations explique suffisamment le contraste du ton entre les trois orateurs. Gaton veut obtenir la condamnation de Thermus, naagistrat vainqueur des ennemis de Rome : ce n'est pas trop de toutes les ressources de l'éloquence pour vaincre l'opposition de la noblesse, et Gaton, malgré tout, n'y réussit pas: Thermus fut acquitté. Cicéron, en combattant Verres, combat tout le corps judiciaire, composé de sénateurs, collègues de l'accusé et intéressés à le trouver innocent. Ses plaidoyers sont destinés à être répandus dans le public, pour achever la flétrissure de Verres et arracher la puissance judiciaire au sénat. Il doit donc appeler à son aide tout ce pathétique admirable qu'Aulu-Gelle analyse si vivement. Mais Gaïus Gracchus parle devant un auditoire tout gagné à sa cause; il n'a pas besoin de l'entraîner par les grands mouvements oratoires, il suffit d'un récit simple, court, relevé par le mordant et l'amertume du ton : ici l'ironie était une arme meilleure que l'indignation.

Nous n'avons malheureusement pas conservé de

fragments étendus où Torateur ait déployé cette puissance du pathétique . Ceux que nous avons cités permettent d'apprécier sa veiTe satirique, la force et Télévation de sa pensée. Une dernière citation suffirait à en faire la preuve. Il dit à un de ses adversaires : K

Ton enfance a fait la honte de ta jeunesse, ta jeunesse, le déshonneur de ta vieillesse, ta vieillesse, l'opprobre de la république.

Eloquence après les Gracques. — Après la mort de Caïus Gracchus, l'aristocratie victorieuse eut bien vite raison des réformes tentées par les deux frères et principalement de leur loi agraire. Pendant une vingtaine d'années, sa puissance fut sans limites ; elle écarta des magistratures les hommes nouveaux pour se les réserver exclusivement, et elle s'en servit au profit de ses richesses, qu'elle acquit par les concussions, par le pillage des provinces, par des marchés honteux avec les ennemis de Rome. De son côté, Tordre des chevaliers, qui avait conservé le droit de rendre la justice, n'en usait pas mieux que les sénateurs; l'exploitation des impôts leur était affermée et mettait à leur discrétion les provinces qu'ils rançonnaient odieusement avec la connivence ou la complicité des gouverneurs. La plèbe se composait de plus en plus d'affranchis et de ces citoyens pauvres que les Gracques avaient voulu relever en les faisant propriétaires. Depuis la mort de Caïus, des lois nouvelles leur avaient permis de vendre leurs lots, et ils s'étaient empressés de revenir à Rome pour jouir des spectacles et des distributions et pour trafiquer de leurs suffrages. Au progrès de cette décadence morale se joignent, dans l'Italie et dans la Sicile, les guerres d'esclaves et la guerre sociale; à l'extérieur, les guerres contre Jugurtha, contre Mithridate, et surtout la terrible invasion des Cimbres et des Teutons. Si deux grands gé-

néraux, Marius etSylla, sauvent Rome, compromise par Vincapacité de leurs prédécesseurs, les vainqueurs font payer bien cher leurs victoires à leurs concitoyens et à leur patrie.

Ce triste état de choses n est pas défavorable à Téloquence, dont la puissance grandit à mesure que les passions sont plus ardentes et plus faciles à déchaîner. Les nombreux orateurs qui paraissent à cette époque appartiennent surtout au genre judiciaire, c'est-à-dire, que leurs plus grands succès sont dus à Tattaque et surtout à la défense d'accusés célèbres. Mais telle était l'organisation de la justice à Rome que la politique entrait toujours pour beaucoup dans les débats judiciaires, et que les passions de partis, habilement exploitées par les orateurs, pesaient d'un, plus grand poids dans la balance que l'innocence ou la culpabilité de ceux qu'on jugeait. D'ailleurs, ces procès dont le forum était le théâtre et qui se succédaient presque sans interruption depuis l'établissement des tribunaux permanents {quœstiones perpctiios (149), avaient souvent un caractère tout politique. Nous l'avons déjà vu à propos de Gaton : les accusations de péculat, d'exactions, de violences, de brigue, de lèse-majesté ou d'outrages aux droits du peuple étaient fréquentes. Tous les témoignages des anciens sur Grassus, Antoine et les autres maîtres de la parole dans la période que nous abordons, le prouvent surabondamment.

Ghez les Romains, pas plus qu'à Athènes, il n'y avait d'accusateurs publics chargés de poursuivre les coupables au nom de la société. L'initiative des accusations appartenait donc aux particuliers ; mais ce rôle toujours répugnant prit un caractère tout à fait odieux lorsqu'on eut imaginé d'attribuer à l'accusateur une partie des biens de l'accusé reconnu coupable. Alors les accusations devinrent un méliey

et ceux qui s'y livrèrent furent Tobjet du mépris général. 11 arriva cependant à des jeunes gens distingués d'entreprendre une accusation ; c'était pour eux un moyen de se faire connaître. Ainsi le grand orateur Grassus, dont nous allons parler, commença sa réputation d'orateur en accusant Carbon, Tami et le déserteur des Grdcques. Carbon, nous l'avons dit, s'empoisonna dans sa prison ; mais, au rapport de Cicéron, Crassus se repentit toute sa vie de cette imprudence de sa jeunesse, à cause des inimitiés qu'elle lui suscita. Cicéron, comme Crassus, n-a jamais accusé qu'une fois. Au contraire, le rôle de défenseur était recherché de tous les hommes qui voulaient entrer dans la vie politique. Si, aux termes de la loi, les services que l'on rendait ainsi étaient gratuits, ils assuraient à l'orateur des clients qu'il trouvait au moment de la poursuite des honneurs. Cicéron dut surtout à ses nombreux plaidoyers et aux amis qu'ils lui avaient faits la facilité avec laquelle, quoique homme nouveau, il parcourut toute la carrière des magistratures.

Crassus. — Parmi les nombreux orateurs de cette période les deux plus célèbres sont Crassus et Antoine, que Cicéron réunit presque toujours dans son admiration et dont il dit que « par eux, pour la première fois, la parole romaine a égalé en puissance l'élo quence des Grecs » .Tous les deux devaient beaucoup aux leçons des rhéteurs grecs et à l'étude des modèles de la Grèce. Tous les deux, au témoignage de Cicéron, parlaient la langue grecque « comme s'ils n'eussent pas connu d'autre langue * ». Mais ils se croyaient encore forcés d'affecter le mépris de l'art et de feindre qu'ils ne devaient leur talent qu'à la nature et aux leçons vivantes des orateurs de leur temps. Nous

. i. De l'orateur, U, i.

sommes réduits pour les juger au témoignage de Cicéron, qui en a fait les principaux interlocuteurs de ses dialogues sur Torateur (De oratore) et qui les apprécie avec beaucoup d'étendue et de force dans son histoire des orateurs illustres (Z^ec/am oratoribus), Grassus était plus jeune de trois ans que son ami; mais il a débuté le premier dans Téloquence, ce qui nous autorise à commencer par lui notre étude.

L. Licinius Grassus, né en 140 av. J.-G., appartenait à l'illustre famille Licinia. Il débuta, comme nous l'avons dit, à vingt-un ans, en accusant Carbon. L'ancien collègue de Tibérius Gracchus, traître à la cause qu'il avait éloquemment défendue, était alors méprisé par ceux qui avaient souffert de sa désertion, comme par ceux qui en avaient profité. Aucune sympathie ne venait à son aide. La condamnation n'était donc pas difficile à obtenir, et nous avons dit comment Carbon la prévint en s'empoisonnant. Cependant les anciens admiraient le brillant début du jeune orateur, qui, poursuivi par la haine irréconciliable du fils de Carbon, regretta souvent cette victoire.

Deux ans après, il appuyait par un discours plein de maturité l'envoi d'une colonie à Narbonne et il s'offrait lui-même à la conduire. On lui reprocha plus tard cette avance au parti populaire, qu'il avait combattu en accusant Carbon et dont il fut plus tard l'ennemi. Nous trouverons aussi chez Antoine cette versatilité d'opinion, qui ne fait pas honneur à leur caractère.

Nous savons déjà par Lucilius que Grassus épousa la fille de Q. Mucius Scaevola l'augure, son collègue dans presque toutes les dignités. Questeur en Asie (110), il suivit les leçons du célèbre rhéteur grec Métrodore. En 106 il est tribun du peuple. En 103 il signale son édilité par des jeux magnifiques. Il est préteur en 101 et consul en 98 avec son beau-père Mucius Scaevola.

C'est SOUS leur consulat que fut portée 1 Mucia contre les usurpateurs du droit elle fut une des causes de la guerre Socia quatre ans plus tard. Censeur en '92, il f écoles des rhéteurs latins, qui se rouvrir censure. Il professait un profond mépris pc procédés de la rhétorique. Cicéron le lui h les dialogues sur l'orateur * : « Je ne voulai cher nos jeunes gens de cultiver leur espr prévenir les effets d'une instruction vici( émoussé leur talent en accroissant leur pré Et ailleurs il se moque de tous ces rhéteurî avec leur étalage de préceptes sur les difTé: de causes, sur les exordes, sur les narrati(

Crassus avait porté ce décret d'accor collègue Domitius iEnobarbus. Cependant tation très vive s'éleva entre les deux cen discours que prononça Crassus était célèl anciens ; nous en avons de courts fragmer

L'année suivante (91), Crassus mourait i neuf ans, à la suite d'une invective pleine de véhémence qu'il avait prononcée da contre le consul Philippe, adversaire du se nous a laissé un admirable récit de cette lente, et a déploré éloquemment la mort de l'orateur, qu'une pleurésie contractée journée enleva en sept jours. On trouver Morceaux traduits des auteurs latins % tout qui donne une haute idée de l'éloquence

Outre les harangues prononcées pour d'intérêt public, Crassus avait plaidé un gr de causes particulières. Cicéron, qui en cit

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