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CHAPITRE IV

L'histoire. — Depuis les origine» jusqu'à Tite-Live. — Sources de l'histoire. — Les premiers historiens. — César, Salhiste.

César et Salluste sont les premiers historiens dont les ouvrages nous soient parvenus, et ces ouvrages ont été composés dans les premières années du huitième siècle. Tout ce qui précède a péri, ou il n'en reste que des fragments de peu d'étendue, ou de simples indications. Je ne crois pas utile de dresser, d'après Krause (1), un catalogue de ces historiens perdus, travail facile et fastidieux. Je me borne à indiquer les sources où puisèrent les écrivains de l'école classique. Ce sera indiquer du même coup les plus anciens monuments de l'histoire, et lesmoyens employés par les Romains des premiers âges pour conserver le souvenir des événements.

Tite-Live avoue que l'authenticité des faits qui constituent l'histoire des premiers siècles de Rome ne repose guère que sur des traditions où la fable se mêle à la vérité, et l'on sait que la critique moderne rejette presque toutes ces légendes. Cependant il existait encore du temps de Tite-Live quelques documents authentiques qu'il a pu consulter. Les voici suivant l'ordre chronologique.

(!) Vitœ et fragmenta veterum historicorum Romanorum. Berol. 1833.

23tf LITTÉRATURE ROMAINE.

Dès les temps les plus anciens, on conservait dans les temples ou dans les maisons des plus illustres citoyens, des tables de plomb, d'arain, de bois, de pierre, ou des

peaux sur lesquelles étaient inscrits les traités, les lois, les décrets du Sénat, et autres monuments. Il exislait encore à ce qu'il paraît de ces tables commémoratives sous Vespasicn. Tels élaient les traités conclus avec les Carthaginois, Porsenna, les Gabiens, les Ardéates, et les monuments fort incertains appelés Commentarii regum, Lcges regiœ. Les plus importants de ces documentsélaiontles grandes Annales, Annales maximi. Elles

Fontificat de P. Mucius Scévola (a. U. 024). C'étaient des tables sur lesquelles le grand Pontite inscrivait les noms des principaux magistrats et les événements les plus mémorables. On croit en découvrir quelques traces dans Tile-Live.

Les Commentarii pontificum renfermaient les détails du culte, les rites et surtout le calendrier politique qui en était l'appendice naturel. Ces livres rédigés par les seuls patriciens étaient aussi conservés par eux seuls. Non ad fastos, non ad commentarios pontificum admittimur, dit le tribun Canuléius.

Les Livres de Un, Libri lintei, semblent avoir eu un caractère analogue.

Des ouvrages plus spéciaux, espèce de formulaires, de rituels, de catalogues, conservaient le souvenir et les règles des cérémonies religieuses, la succession des magistrats : tels étaient Libri magistrat taon, Commentarii consulares, Libri prœtorum, Libri augurâtes, Tabula? censoriœ. Il faut y joindre aussi les généalogies de familles nobles et les éloges funèbres [Laudationes). Suivant

Denys d'Halicarnasse, Yalerius PuMicola prononça en public Téloge funèbre de Junius Brutus, et cet hommage rendu au fondateur de la liberté devint bientôt un usage général parmi les patriciens. A partir de Tan 365, les matrones elles-mêmes furent louées en public. Jules César prononça l'éloge de sa tante Julia. Aucun monument de ce genre ne nous a été conservé, et, si l'on en croit Cicéron et Tite-Live, nous ne devons pas trop le regretter : faux triomphes, faux consulats, fausses généalogies, voilà ce qui remplissait trop souvent ces œuvres où les morts n'étaient célébrés que pour glorifier les vivants. Tels étaient sans doute aussi ces vers chantés dans les festins par les convives en l'honneur des grands hommes. L'usage n'en existait déjà plus au temps de Caton le Censeur ; cependant Yarron, Yalère Maxime, Cicéron et Horace y font allusion. C'est sur celte base fragile que Niebhur a établi son hypothèse d'une épopée populaire, dont les fragments auraient formé l'histoire fabuleuse des premiers siècles de Rome. Ces monuments primitifs disparurent presque tous dans l'incendie de Rome par les Gaulois (364). Et le premier historien n'écrivit que deux cents ans plus tard. Cet historien, c'est Quint us Fabius Piclor, antiquissimus scriptor^ dit Tite-Live. Il vivait au milieu du sixième siècle. Il fut envoyé à Delphes consulter l'oracle après la bataille de Cannes : il devait donc savoir le grec, il paraît que son ouvrage était écrit en grec. Cet ouvrage, ainsi que tous ceux qui suivirent pendant une période de plus de cent années, était moins une composition historique qu'un registre des événements mémorables année par année. Cette forme des Annales fut adoptée par tous les écrivains du sixième siècle, et s'imposa pour ainsi dire jusque vers le milieu du septième. Tels furent L. Cincius

Alimentus, C. Acilius Glabrio, Aldus Posthumius Albimts, contemporains de Fabius Pictor, ou appartenant à la génération suivante. Au commencement du septième siècle, des personnages considérables par leurs dignités et leur science adoptent encore la lorme employée par leurs devanciers. Servilius Fabius Pictor, que Cicéron célèbre comme très-versé dans la connaissance du droit, des lettres et de l'antiquité ; L. Calpurnius Piso Frugi, qui porta la première loi sur la concussion (de repetundis a. U. 605); Scribonius Libo, L. Cassius Hemina, Q. Fabius Maximus Servilianus furent aussi des annalistes.

Cicéron ne cache pas le peu d'estime qu'il a pour ces vieux écrivains. « Rien de plus maigre, dit-il, que Fabius Cato?i, Piso?i, Fannius, Vennonius ; ils racontent les faits, ils ne savent pas les embellir. » — Cicéron se faisait de l'histoire une idée toute différente ; il la regardait comme une province de l'éloquence, point de vue étroit et faux. On ne saurait trop regretter la perte de ces anciens Annalistes et de ceux qui les suivirent. Ces écrivains en effet appartenaient aux plus illustres familles de Rome, presque tous ils obtinrent les premières dignités de la république, hommes politiques et pratiques ils rapportaient simplement les faits considérables auxquels ils avaient pris part. L'autorité, la gravité, l'exactitude, ne sont pas des qualités méprisables chez un historien, et doivent, passer avant l'art d'embellir ou de dénaturer les faits. On ne cite dans toute cette longue période qu'un seul auteur étranger à la conduite des affaires, qui ait osé en retracer le récit. C'est L. Octacilius Pilitus, esclave et portier du père de Pompée, plus tard affranchi, rhéteur, chargé de l'instruction de Pompée. Il écrivit l'histoire du

père et du fils. Les nobles seuls s'étaient jusqu'alors réservé cet honneur. La tentative de Pilitus fut considérée comme une sorte d'empiétement. Cette susceptibilité ombrageuse est peut-être plus excusable que la revendication de l'histoire par l'éloquence, ainsi que le voulait Cicéron.

Les écrivains du septième siècle abandonnèrent la forme des annales. Le vieux Caton leur en donna l'exemple dans son livre des Origines. «A quoi bon, disait-il, rappeler ce qui se trouve dans les Annales des Pontifes, le prix du blé, les disettes, les éclipses de lune ou de soleil ? » L'histoire commença dès lors à devenir ce qu'elle doit être, un art et une science. A la tête des auteurs de celle période se place L. Cœlius Antipater, contemporain des Gracques. Il écrivit une histoire de la seconde guerre punique en sept livres, et a donna à l'histoire un ton plus élevé », dit Cicéron. Il est souvent mentionné par Tite- Live. L'empereur Hadrien, archéologue d'un goût douteux, le préférait à Salluste. Après lui se place P. Sempronius Asellio, qui assista au siège de Numance en qualité de tribun militaire, et écrivit l'histoire complète de la guerre. Aulu-Gelle cite de cet auteur un préambule assez remarquable (1). Le plus célèbre de ces historiens est C. Claudius Quadrigarius, qui avait composé une vaste histoire s'élendant de la guerre des Gaulois à la mort de Sylia. Tite-Live combatfréquemment l'autorité de Qttadrigarius, qui semble avoir conçu l'histoire à la façon de Cicéron. Nous possédons de lui la narration du combat de Manlius Torquatus contre un Gaulois (2). Q. Valerius Antias, son

(1) N. Att., V, 18.

(2) Aul. GcU.,lX, 13.

contemporain, qui revint à la forme des Annales, ne jouissait pas non plus d'une grande autorité. Enfin, mentionnons encore Sisenna (L. Cornélius) qui futprêteur en 676, ami et partisan de Verrès, vir bene latine loquens y dit Cicéron. Sisenna avait écrit l'histoire de la guerre Marsique et celle de la guerre entre Marius et Sylla. Sallusle en faisait le plus grand cas.

J'aurai terminé cette énumération d'ouvrages perdus, mais qui étaient des sources importantes pour les historiens qui suivirent, quand j'aurai indiqué une autre sorte de documents aussi considérables : ce sont les mémoires. Plusieurs grands personnages, qui avaient été mêlés aux événements importants de leur époque, laissèrent en mourant ou publièrent de leur vivant le récit des faits où ils avaient joué un rôle. Tel fut il/. Mmilius Scaurus, consul, prince du sénat, censeur, homo gravissimus, civis egregius, fortissimus senator, dit Cicéron ; mais Salluste le juge tout autrement. Il joue un singulier rôle dans la guerre deJugurtha. — Scaurus écrivit Irois livres de mémoires sur sa vie (de Vita sua). Q. Lutatius Catulus composa un ouvrage sur son consulat (de Consulatu et rébus geslis suis). Les plus intéressants de ces mémoires étaient ceux du dictateur L. Cornélius Sylla, en vingtdeux livres, dédiés à Lucullus.

Tous ces ouvrages, comme je l'ai dit, ont péri. Mais ils ont servi à la fois de modèles et de documents aux écrivains postérieurs.

Le premier des historiens latins qui nous ait été conservé est César (C. Julius Caesar — 655-710 — 99, 44

av. J. -C). Sa biographie se trouve partout, et n'appartient que très-indirectement à mon sujet. Dans la première

période, César joue plusieurs rôles, tour à tour ami o;: adversaire des personnages les plus considérables; il a dans ses allures je ne sais quoi d'équivoque qui inquiète ou exaspère les honnêtes gens comme Caton. Quand la guerre civile éclate, et malgré toute l'habileté de son plaidoyer (voir les premiers chapitres du de Bellocivilï), éclate par sa faute, les citoyens les plus probes ne vont pas se ranger sous ses drapeaux. Ce n'est pas qu'ils préfèrent Pompée ; mais Pompée représente en ce moment la cause du droit et des lois. Enfin, quand César est frappé dans le sénat, et que les lambeaux de son pouvoir usurpé passent aux mains d'Antoine et d'Octave, c'est encore dans le parti contraire que se trouvent les plus honnêtes citoyens. Il faut donc le reconnaître, à aucune époque de sa vieCésarn'a échappé aujugomcntsévèredelaconscience publique. Son génie n'a jamais été mis en doute, môme par ses contemporains; mais Us n'ont pu s'incliner devant l'usage qu'il en a tait : il restera toujours des ombres autour de celte grande figure. Ce qu'il y a en lui de plus saisissant, ce n'est pas ce qu'il a fait, mais ce qu'il se proposait de faire. Que pour asservir ses concitoyens, il ait pris son point d'appui aussi bien hors de Rome qu'à Rome même ; qu'il ait attiré les peuples à sa cause en leur faisant entrevoir la liberté, les privilèges jusqu'alors réservés aux seuls Romains : c'est là un moyen, rien ne prouve que cela ait été un but. Ces Gaulois, ces Espagnols qui envahissent le sénat romain et dont on se moque dans les rues, ce ne sont pas des émancipés, mais des instruments qu'on récompense. Je suis frappé cependant du deuil universel qui saisit les nations étrangères à la T. E. jg

nouvelle de sa mort. Les Juifs surtout ne pouvaient s'arracher d'auprès de son bûcher. Si l'on en croit Suétone, ce grand esprit se disposait à changer la face du monde. Corinthe et Carthage étaient relevées, les Parthes supprimés ou transportés ; l'Euphrate et le Taurus à l'orient, à l'occident le Rhin et l'Océan devenaient les barrières de l'empire. A l'intérieur, la multitude des lois souvent contradictoires était réduite à un code unique, qui devait être celui du monde entier ; d'immenses bibliothèques devaient réunir tous les monuments du génie humain. Il s'opérait ainsi une sorte de fusion universelle entre tous les peuples, rêve gigantesque, chimère. Mais là est l'originalité du génie de César : ce n'est pas un Romain, ce n'est pas un citoyen de la cité antique. Parmi ses successeurs, il n'eut pas un continuateur. Auguste ne lui ressemble en rien; quant à ceux qui suivirent, s'il avait pu les prévoir, il eût peut-être regretté de n'être pas mort à Pharsale.

Écrivain, il a sa place parmi les premiers : Simimus auctorum, dit Tacite. Son esprit d'une incroyable activité s'était porté dans toutes les directions. Pendant la guerre des Gaules, il consacre ses loisirs à la composition d'un traité de grammaire en deux livres, sur Y Analogie, question capitale surtout en ce moment, où la langue latine ayant acquis la souplesse et l'harmonie, pouvait être tentée de s'enrichir en s' affranchissant des lois que lui imposait son génie. Cet ouvrage était dédié à Cicéron en qui César saluait un des bienfaiteurs de la langue nationale : « Tu as bien mérité, lui écrivait-il, du nom et de « la dignité du peuple romain. » Il avait un respect scrupuleux de la pureté du langage; c'est le principal éloge qu'il adresse à Térence ; et il répétait souvent : a Fuyons

«tout mot nouveau ou inusité, comme on fuirait un « écueil. » Dans sa jeunesse, il cultiva la poésie, composa une tragédie à'OEdipe et un poëme en l'honneur d'Hercule [Laudes llerculis). Sous le titre de Dicta collectanea, il avait formé un recueil de sentences et de bons mots dont Auguste empêcha la publication. L'astronomie, qui tenait une grande place dans la religion politique des Romains, avait aussi attiré son attention. Grand Pontite, il composa des ouvrages spéciaux sur les auspices et les augures [Libri auspiciorum, Auguralia) y et travailla à la réforme du calendrier. Orateur éminent, le seul, dit Ouinlilien, qui pût disputer la palme à Cicéron, son éloquence était sobre et pleine de charme. 11 fut même pamphlétaire. En réponse à un éloge de Coton, composé par Cicéron, il écrivit un libelle intitulé Anticato, auquel l'honnête Plularque fait une allusion fort méprisante. 11 n'est pas permis à des hommes comme César d'insulter dans leur tombe des hommes comme Caton.

De tout cela nous ne possédons que ses mémoires sur la guerre des Gaules et sur la guerre civile. {De Bello gallico commentariorum libri VII ; De Bello civili libri VII.) Le premier de ces ouvrages renterme, suivant l'ordre chronologique, l'histoire des campagnes de César en Gaule, en Bretagne, en Germanie ; le second comprend la guerre contre Pompée et son parti. Ces commentaires ne sont pas une histoire proprement dite, mais de véritables mémoires écrits vraisemblablement au jour le jour, sans composition méthodique. Comme source, ils sont d'une importance capitale, les premiers surtout. César est le plus ancien et le plus sûr écrivain qui nous fasse connaître la Gaule, ses habitants, leurs mœurs, leurs coutumes, leur religion, d'une manière in-

complète, il est vrai, mais bien rarement inexacte. Au point de vue géographique et stratégique, leur utilité a

été proclamée par les juges les plus compétents. Cependant Asinius Pollion reprochait à César beaucoup d'inexactitudes et de mensonges. 11 y a au moins de singulières atténuations dans le récit de plus d'une bataille; et il est souvent^ assez difficile de restituer les laits, l'enchaînement des faits et même la topographie exacte, témoin le long débat de nos jours sur Alésia.

Comme historien, César se rattache évidemment à 1 école de Thucydide. Cicéron eût écrit l'histoire d'une façon toute différente ; il en eût fait une série de plaidoyers. César ne plaide jamais, même dans la guerre civile : tout au plus se borne-t-il à donner aux événements qui précèdent les hostilités un tour favorable à ses prétentions. Mais il saisit les faits d'une vue nette et les fixe dans le récit. 11 ne s'attarde pas aux longues explications, aux tableaux à effet : il n'a pas d'imagination aux dépens de la réalité ; mais il la réfléchit dans son œuvre avec une clarté souveraine. C'est le propre des esprits puissants; ils ne sont jamais entraînés par les faits, ils les dominent toujours, et les mesurent : ils ne leur prêtent rien de ce que leur imagination Irappée serait tentée d'y ajouter. Tite-Live n'a jamais évité entièrement cet écueil : c'est que Tite-Live n'est ni un général ni un politique, mais un littérateur qui subit l'influence des événements. 11 ne laut pas non p us chercher dans César l'histoire morale. 11 ne se propose point de donner des leçons de vertu à ses contemporains ou à la postérité : l'enseignement se trouve si l'on veut au fond de ces récits de campagnes, mais il faut l'en dégager. L'auteur ne se croit pas tenu à l'expliquer. Cette espèce d'indiffé-

rcnce superbe étonne et choque même nos habitudes d'esprit : nous aimons à nous passionner pour les gens qu'on nous montre ; un peu de déclamation nous mettrait plus à l'aise. La personnalité de l'auteur nous semble trop voilée. Nous nous souvenons par exemple de cet éloquent passage où Lucain nous introduit sous la tente de César, dans cette nuit redoutable où il songe à franchir le Ilubicon : nous nous imaginons sans peine avec le poëte ({ne l'image de la patrie dut se dresser dans l'ombre de la nuit devant les yeux épouvantés du parricide préparant son crime. Le récit de César est d'une impassibilité absolue. Le nom même du Rubicon, ce rempart visible de la légalité, n'y figure pas. C'est pendant que les pourparlers s'échangent, que César va de Ravenne à Ariminium, c'est-à-dire viole la loi de son pays et donne le signal de la guerre civile. Du reste le plus souvent il ne donne par les motifs de sa conduite : ce sont des motifs à lui connus, dit-il, ou bien, il serait trop long de les rapporter.

Et néanmoins pas un fait important n'est omis : si l'auteur ne cherche point à passionner, il veut éclairer. Avec un art d'une sobriété exquise, il réunit et groupe les détails pour produire un ensemble qui satisfait et ne trouble jamais. Cicéron avait raison de dire que César avait réuni des matériaux pour l'histoire, mais que des sots pourraient seuls avoir l'idée de refaire après lui ce qui n'était plus à faire. César était à la fois la source, l'auteur et le narrateur des faits. C'est encore ce qui explique l'absence de composition scientifique. Il intercale dans le récit de ses campagnes en Gaule un tableau des mœurs, de la religion, des coutumes des Gaulois, qu'un historien de profession eût jeté dans les premières pages

Mais César dit ce qu'il sait, quand il le sait, et il n'a connu les Gaulois que vers la quatrième année de la guerre.

Le style est d'une simplicité hardie, lumineux, pittoresque sans recherche [nudi, recti, venusti). La phrase rapide, sans être heurtée, ne cherche point l'harmonie, mais la porte en elle-même par le choix exquis et l'agencement des mots. Si elle se développe en longue période (dans les discours indirects par exemple), chaque proposition apparaît, se détache de l'ensemhle, et s'y confond dans une synthèse parfaite. La langue est d'une pureté et d'une élégance souveraines. César inclinerait plutôt vers l'archaïsme que vers le néologisme. Il simplifie volontiers la composition de la phrase, répète rarement les prépositionsaprès les verbes composés, cherche en tout la brièveté elle relief. Peut-être cette simplicité parfois excessive entraîne-t-elle un peu de sécheresse et de monotonie, mais la vie intérieure soutient et anime tout. Pour bien apprécier César, il faut avoir beaucoup pratiqué Cicéron.

Il est difficile de se figurer comment certains écrivains ont pu nier l'authenticité des commentaires et les attribuer à un certain Julius Celsus, qui vivait à ce qu'il paraît au septième siècle après Jésus-Christ. Cet auteur avait donné une édition des commentaires, on les lui attribua. Il va sans dire que plus d'un critique les déclara indignes de Ciîsar et y reconnut la langue du septième siècle. Cette opinion est aujourd'hui complètement abandonnée. Ce Celsus est aussi dépossédé aujourd'hui d une Vie de César, qui lui avait élé attribuée, et qui est do Pétrarque. Suivant Set-vius [JEneid., XI, 743), César, outre ses commentaires, aurait éciit un journal (Epliemeiis) de la guerre des Gaules, conjecture peu probable.

Dans presque toutes les éditions de César, à la suite

des sept livres sur la Guerre des Gaules et des trois livres

sur la Guerre civile, on trouve un huitième livre sur la Guerre des Gaules, et deux livres intitulés, l'un de Bello alexandrino, l'autre de Bello africano. On les attribue séntTalemeiUà^?^Ms///raW,lieutenantdeCésar,qui périt «m an après lui à la bataille de Modène. Quant au livre sur la guerre d'Espagne (de Bello hispaniensi), il a aussi probablement pour auteur ce même Ilirtius, qui dit formellement avoir continué le récit des campagnes de César jusqu'à sa mort; mais l'ouvrage a dù subir des modifications et des interpolations considérables. D'autres l'attribuent à C. Oppius. Il existe une traduction grecque des Commentaires sur la guerre des Gaules, attribuée a il moine Planude, qui vivait vers le milieu du quatorzième siècle. Elle ne manque pas d'importance pour contrôler les manuscrits.

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