LE THÉÂTRE
Plaute. — Cœcilius. — Térence.
Les Romains eurent de bonne heure des jeux publics, qui duraient un certain nombre de jours. Le dernier était consacré aux jeux du théâtre. Mais ces jeux ne furent pendant longtemps que des danses, des jongleries, des exercices de force et d'adresse. Il s'y mêlait bien quelques chants dialogues, mais sans action. C'est au sixième siècle seulement que des représentations scéniques proprement dites s'établirent à Rome. Il n'y avait pas de théâtre permanent ; le premier fut construit par Pompée. Les représentations théâtrales étaient occasionnelles : elles avaient lieu aux grands jeux [Megalensia), à la suite d'un triomphe, et tout au plus deux ou trois fois l'an. Un parquet, supporté par des poutres, formait la scène où se plaçaient les acteurs {pulpitum-proscenium.) Au fond était le décor [scena). Les spectateurs occupaient un demi-cercle sans gradins et sans sièges (cavea). Les femmes étaient séparées des hommes et reléguées aux plus mauvaises places. Ce ne fut qu'en 560, que des places particulières furent réservées aux sénateurs et aux chevaliers.
L'auteurdespièces représentéesappartenail d'ordinaire aux derniers rangs de la société ; c'était parfois un esclave affranchi. Le chef de la troupe (dominus gregis, factionis, chorogtis) n'est pas d'une condition plus relevée. Directeur et acteurs sont dans la main de la police. L'édile achète au premier une pièce quelconque ; et il ne la paye pas bien cher : encore le poêle ne touchet-il son argent que si la pièce réussit. Ne cherchez pas ici de concours littéraire comme à Athènes, des récompenses honorifiques, une multitude attentive, recueillie, intelligente, érigée en juge des œuvres d'art qui sont représentées devant elle : rien de tout cela. Si les acteurs jouent mal, on les corrige à coups de fouet; s'ils jouent convenablement, on leur donne une outre de vin. Voilà les stimulants pour le poète et pour les acteurs. Ces derniers sont des esclaves, et, fussent -ils affranchis, par cela seul qu'ils sont comédiens, ils sont déclarés infâmes: quanta l'auteur, il compose des pièces pour gagner sa vie ; il exerce un métier, et un métier méprisé. Il écrit vite, il compose à la hâte sa comédie, qu'il traduit du grec ; il est en effet interdit de mettre en scène des personnages romains. Ainsi la comédie perd tout son nerf en perdant toute application directe aux personnages et aux événements contemporains.
Il ne faut point songer à Aristophane. « Ce n'est pas « le poète, dit Cicéron, qui a le droit de noter un ci- « toyen d'infamie, c'est le censeur. Quoi! un misé- « rable bouffon, payé par l'édile, aurait le droit de bafouer «en public un Scipion, un Caton, un Métellus ! La « vie d'un Romain est livrée aux enquêtes des magistrats, « aux discussions légales, mais non aux fantaisies des « poètes. Nul de nous ne peut être attaqué et insulté,
PLAUTE. — CiEClLIUS. — TÉRENCE. 51
« s'il n'a en même temps le droit de se défendre en jus- « tice (1). » Voilà dans quelles conditions déplorables naît le théâtre romain. Nous y trouverons la licence, non la liberté. Rome apparaîtra bien derrière Athènes, mais travestie; les mœurs romaines s'y feront jour, mais timidement, par des allusions souvent inintelligibles. L'œuvre dans ses parties essentielles n'est pas nationale. Ce qui étonne le plus, c'est qu'elle ait été si remarquable, assujettie à tant d'entraves.