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Virgile, Georgiques, livre IV, vers i47, i

PSEUDO- VIKGILIENS. 54 1

classique, deux poètes dont on applaudissait les tragédies dans les salles de lecture, Pomponius Sécundus et Curiatius Maternus. J*ai peur que leurs prétendues compositions dramatiques n'aient été que des déclamations à la façon de celles de Sénèque. Maternus essaya de traiter des sujets nationaux ; mais je doute que le Caton de Maternus , qui coûta peut-être la vie à son auteur, fût une œuvre beaucoup supérieure même kV Oc tavie. Que d\s-']e? VOctavie est peutêtre de lui. Je mentionne seulement pour mémoire Verginius Romanus, qui lisait à ses auditeurs des espèces de comédies, sous le titre de mimïambes; et Passiénus Paulus, Tami de Slace, ce chevalier romain qui était du pays et de la famille de Properce, et qui se croyait tenu à composer des élégies; et le Gaulois Sentius Âugurinus, qui réussissait dans les hendécasyllabes. Quant aux autres poètes, dont je pourrais encore citer los noms, il n'y en a pas un seul qui ait laissé même un souvenir.

QUINTILIE]V.

RENOMMEE DE QUINTILIEN. — VIE DE QUINTILIEN. — OUYRVGES DE QUINTI- LIEN. — l'institution ORATOIRE. — QUINTILIEN ET LA DÉCLAMATION. — LE CHAPITRE PREMIER DU DIXIÈME LIVRE. — QUE LE DIALOGUE DES ORA- TEURS n'est pas de QUINTILIEN. — LES PERSONNAGES DU DIALOGUE. — INTÉRÊT HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE DU DIALOGUE DES ORATEURS.

Benomniée de Qulntlllen.

Le livre de Quintilien est un bon livre : c'est Tœuvre d'un homme de beaucoup de talent,' d'esprit et da goût, d'un penseur à la fois ingénieux et solide, d'un maître expérimenté, d'un habile écrivain. Mais, enfin, ce n'est, comme l'indique le titre, que V Institution oratoire^ c'est-à-dire un traité de l'éducation de l'orateur, ou plutôt de l'avocat, ç'est-à-dire une rhétorique. Comment se fait-il qu'un sim-

pie rhéteur, que Tauteur d'un ouvrage tout techtii([}ue, où Tinvention n'est rien, ou presque rien, ait conquis Une réputation de génie, et qu'il balance, dans la postérité, les plus illustres renommées? Comment se fait-il que le nom de Quintilien vienne encore dans tant de bouches avec le nom même du grand Cicéroil, comme s'il s'agissait des deux jumeaux de l'éloquence? C'est un problème que le livre tout seul ne suffit point à résoudre. Le nom de Quintilien n'est pas seulement le nom de l'auteur de V Institution oratoire : c'est celui du chef de l'école classique ; C'est celui d'un avocat éminent; c'est celui du plus fameux professeur qui eût jamais enseigné les belles-lettres à Rome. Quintilien était depuis longues années à l'apogée de la célébrité, quand il céda aux instances du libraire lïyphon, et publia les leçons qu'il avait rédigées pour son ami Marcellus : il y avait longtemps que Martial avait salué, dans ce modérateur de la jeunesse, la gloire de la toge romaine. Un bon livre, composé par cet homme honoré, ne pouvait être reçu qu'avec un applaudissement universel. V Institution oratoire fut, pour les contemporains, le chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre. Ce résumé devint le manuel de tous les maîtres d'éloquence et de tous les aspirants orateurs. On ne jura plus désormais que par Quintilien : Quintilien fut l'oracle de la critique et du goût; ses jugements furetit des arrêts sans appel. On fit honneur au savant rédacteur du code oratoire, non pas seulement de l'art avec lequel il en avait distribué les parties, non pas seulement de ce qu'il avait ajouté aux idées de ses devanciers, non pas seulement de la forme agréable dont il avait revêtu les préceptes; mais, si je l'ose ainsi dire, on lui fit honneur de la science même : on adora un inventeur dans celui qui n'était, peu s'en faut, qu'un compilateur et un metteur en œuvre. On ne se souvenait pas que, bien longtemps avant Quintilien, il y avait eu un Aristote, et que cet Aristote avait écrit la Rhétorique^ Uli livre bien autrement fort et profond qweV Institution oratoire. A peine se souvenaient-ils, ces Romains dégénérés, que leur Cicéron, que ce Cicéron dont Quintilien avait relevé les statues, ce Cicéron dont ils méditaient les harangues et les plaidoyers,

QUINTÎLIEN. 543

avait été aussi ^ bien avant Quintilieil, uû maître d'éloquence; qu'une foulé de choses, (|ué prescjue toutes les choses importantes, Quintilieh avait beau lés bien dire, Cicéron les avait mieux dites encore; ehflh, que Cicéron en avait dit, sur les sujets traités par Qâintilien, et des plus grandes, et des {)lus belles, et des plus sublimes, dont il ti*y a pas même trace dans VInstitution oratoire. Cherchez-y, par exemple, rien qui rappelle, même de loin, les dix premières pages de VOrateur, cette magnifique exposition de la doctrine de l'idéal , où respire le souffle divin du génie de Platon. Cherchez, et vous ne trouverez rieii, pas une phi'ase, pas un mot; et pourtant Quihtilien avait la prétention, lui àiissi, de feire que son orateur devint iitl orateur parfait, un type, iin modèle! Mais les ouvrages didactiques de Cicéron avaient peU de lecteurs : on voulait des livres plus irtimédiatément pratiques; on avait, darts Vtnstitution orûtoirè, tout arrangé, tout préparé, tout nlâëhé, ce qu'il eût fallu sô dohner la peine de découvrit» à travers les traités de Ciôéroû. On s'en tint au maUUel, Oti ne lut qUe le manuel, on ne sut que le mariuel; et voilà comment Quiiitilien fut Un si grand homine !

Pâtlons de la fôl^tuue de Quintilien thei les modernes. Le Pogge Rencontre, en l4l7, dans Tabbaye de Saint-6all, le manuscrit de ^Institution oriztoire; plus tard, l'impression en tépand les copies. Le siècle de la renaissance admire ce boU sens, ce bon goût, ce bon style ; cette rhétorique toute faite prend possession de toutes les écoles; on explique Quintilien, on le traduit, on le commettte. Quiiitilien parle toutes les langues : pensées de Quintilien, phrases de Quintilien, jugements de Quintilien, que voit-on autre chose, depuis lors, dans les traités à l'Usage de la jeunesse studieuse? Quintilien partout, Quihtilien toujours t qUel tiom a plus retenti dans tous les hvres, depuis tantôt quatre siècles? Au xvu* siècle, et même au xvni% il n'eût pas fallu que quelque critique malavisé fût venu dire : « Ce grand homine que vous admirez tant , ce n'est pas un grand homme ; ce jiige infaillible n'est point infaillible; V Institution oratoire n'est qu'un ouvrage de seconde main, et indigne, mal-

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gré ses mérites, de la place qu'il a usurpée. » Qui n'eût jeté la pierre au médisant? En ces temps-là, Quintilien était presque un dieu. Un traducteur de Quintilien était un personnage. On le comptait, dans la littérature, parmi les plus considérables; TÂcadémie française lui ouvrait toutes ses portes, heureuse de posséder dans son sein un Quintilien français : je dis un traducteur, et quel traducteur! non pas même Tombre de Quintilien, Tabbé Gédoyn ! La Harpe ne parle de Quintilien que dans les termes d*un enthousiasme hyperbolique. Avant de s'engager dans Tétude des monuments de l'éloquence antique, il fait une analyse très-détaillée de V Institution oratoire. Cette besogne achevée, notre savant aristarque s'aperçoit qu'il a oublié que Cicéron, qui s'y connaissait, a aussi parlé de l'art traité par Quintilien. Et vite il écrit un chapitre sur les ouvrages didactiques de Cicéron. Mais Quintilien avait eu cent pages , et Cicéron en a trente ! Quelle proportion ! Il est vrai que La Harpe ne s'occupe que des dialogues sur V Orateur; qu'il mentionne à peine les autres traités, et qu'il n'a pas même cité le nom du plus beau de tous, de Y Orateur, Tout ce que j'en veux conclure, c'est que La Harpe connaissait mieux son Quintilien que son Cicéron. J'ajoute que nous sommes encore un peu comme La Harpe. Mes réclamations n'y feront pas grand'chose ; et Quintilien sera surfait dans l'avenir, comme il a été surfait dans le passé. Il ne manquera même pas de critiques charitables pour insinuer que je pourrais bien être coupable, et au premier chef, du crime de lèseantiquité, parce que je voudrais voir Quintilien à son vrai rang, trois degrés plus ou moins au-dessous des écrivains de génie, et parce que je me borne à dire, comme je le pense, que Quintilien n'est qu'un homme de savoir, de goût et d'esprit, et que son livre n'est qu'un bon livre.

lie de Quintilien.

Marcus Fabius Quintilianus, le promoteur de la réaction classique, le pontife des vieilles croyances littéraires, l'éloquent contradicteur des partisans de l'école nouvelle, était un Espagnol , comme les Sénèque et comme Lucain , ces

grands révolutionnaires de la décadence. Il était né à Cala-guris , aujourd'hui Calahorra, ville de la Tarraconaise, vers Fan 42 de notre ère. Il vint de bonne heure à Rome ; mais il retourna ensuite dans sa patrie, et il y enseigna la rhétorique avec beaucoup d'éclat. Galba, qui gouvernait l'Espagne, fut frappé de son mérite et de sa réputation; plus tard , élevé à l'empire, il se souvint du brillant rhéteur de Calaguris, et il l'attira en Italie. Les succès deQuintilien, à Rome, furent prodigieux : on accourait, pour l'entendre, de tous les pays du monde. Il renouvelait , mais avec des prestiges plus avouables , les merveilles des Gorgias et des Prolagoras. Au barreau, mêmes triomphes : il fut, en son temps, le premier des avocats, comme le premier des professeurs. On le combla de dignités ; mais on ne se borna point à le repaître de gloire. Il fut investi, par un décret, du titre de professeur public d'éloquence, et il reçut, en cette qualité, des émoluments considérables. Il put donc dignement soutenir son rang, quand Domitien fit de lui un consul. Domitien, qui ne détestait pas le talent et la vertu, lorsqu'il y trouvait personnellement son compte, ne laissa aucune occasion de témoigner à Quintilien son admiration et son estime. C'est Quintilien qu'il chargea de l'éducation des fils de sa nièce. Quintilien ne s'enivra point de sa renommée, ni même des honneurs qui étaient venus le chercher. Quand il crut son œuvre accomplie, ou, si l'on veut, quand il s'aperçut qu'il avait atteint son apogée, et qu'il lui faudrait un jour déchoir, il prit une résolution virile : il quitta sa chaire, il renonça au barreau, il se confina dans une retraite studieuse, d'où il ne sortit plus. 11 y passa de longues années; mais ces années eurent pour lui de cruelles amertumes : il perdit sa femme et ses enfants, et sa vieillesse fut aussi triste et solitaire que son âge mûr avait été riant et couronné d'espérances. Il prolongea sa vie jusqu'au règne d'Adrien, et il mourut vers l'an 118, à peu près octogénaire.

Ouvrages de Quintilien.

On imprime encore, sous le nom de Quintilien, un re-

cueil 4e dédapia lions, dont l'authenticité est poprle moins douteuse. Il y en a cent soixante-trois, dix-hiiit grandes et cent quaran(e-cinq petites ; et ces cent spixant^rtrois déclamations ou esquisses de ^éclamatioiis ne sont que le reste d'un recueil plus étendu, qui en contenait trois cept quatrevingt-huit. Il n'y a rien, dans ces semblapts de discours, qui réponde à l'idée qu'on peut se faire (}e Quintilien orateur. La langue n'en est pas trop mauvaise; mais cène sont ni les pensées, ni le ton, ni le style de l'auteur de Ylnstiiution oratoire y ni surtout son talent. On pourrait admettre, à la rigueur, que les péclamations sont les <]evoirs des élèves de Quintilien , seulement revus et retouchés pj^r le maître; mais encore sa main s'y montrerait-elle en plus d'un endroit. Quelques-uns veulent que le Fabius Quintilianus des Déclamations soit le père de Quintilien ; d'autres attribuent le recueil ou à un certain Posthun^ius, ou à un certain M. Florus. Mais il ne nous importe guère 4*avoir une opinion sur l'origine de ces tristes rapsodies.

Quintilien avait composé un ouvrage intitulé des Causes de la corruption de r éloquence. Cet ouvrage n'est point parvenu jusqu'à nous. Nous n'avons pas non plus de traité en deux livres de VArt de rhétorique. Il est probable que ce traité n'était qu'une simple esquisse, le programme en quelque sorte des leçons que Quintilien faisait à ses disciples. Quant à Y Institution oratoire , c'est un cours complet , et où les matières de la rhétorique sont développées dans tous leurs détails. Ce grand traité n'a pas moins de douze livres, et chacun de ces livres est d'une étendue assez considérable.

li'lnstltatlon oratoire.

Quintilien prend son orateur au berceau même, et il le fait passer successivement par tous les degrés qui doivent le conduire è la perfection de l'art. Il s'occupe d'abord des études élémentaires , et de toute cette partie de la grammaire qui est le préliminaire obligé de toute bonne rhétorique; puis il aborde ce qui est proprement son sujet, et il ^^^nit la nature de la rhétorique, son but, sa portée; enfin, \B tous les rhéteurs, il disserte longuement sur i'in-

QUINTIUBN. 547

vention, ^ur la disposition et sur l'élocution. Le douzième livre est cousiicré à la personne de l'orateur. Quintilien n'abandonne pas son disciple ^ Iqi-méme, après lui avoir révélé les secrets du bien dire : il se transporte avec lui sur les théâtres où doivent se déployer ses facultés, et il lui montre ce qu'il y faudra faire, selon les occurrences, pour ne jamais rien perdre de ses avantages.

Quintilien était déjà un homme d'âge, quand il commença à rédiger Y Institution oratoire. C'était , comme je l'ai dit d'après son propre témoignage , dans un temps où il jouissait d'un loisir acquis par vingt ans de travaux et de succès. Aussi y a-t-il, dans cet ouvrage, je ne sais quel laisser-aller et quelle bonhomie qui n'est pas sans charme. Quintilien aime à causer avec son lecteur, ou, si l'on veut, aveo son ami Marcellus Yictorius. 11 rompt à chaque instant, par quelque réflexion, par une anecdote, par un mot piquant, la monotonie des préceptes. Il mêle, autant que le comporte sa matière, l'agréable à l'utile. Il cherche les occasions de style : préambules, digressions, thèses de morale ou de goût; il insiste, avec une prédilection assurément fort légi-^ time, sur toutes les idées un peu attrayantes qu'il rencontre en son chemin. Aussi V Institution oratoire abonde-t-elle en morceaux brillants. Il n'y a guère d'auteur qui soit plus facile à citer que Quintilien. On n'a que l'embarras du choix. Je me suis fixé sur un passage du premier livre, où Quintii lien traite la question tant controversée encore de nos jours, si l'éducation publique vaut mieux, oui ou non, que l'édur* cation privée.

(i On croit que les mœurs se gâtent dans les écoles : elles s'y gâtent, en effet, quelquefois, mais dans la maison pater^ nelle aussi.... Suppose une âme portée au mal; suppose qu'on mette de la négligence à former et à conserver dans le premier âge le sentiment de la pudeur : l'intérieur d'une maison ne fournira pas une moindre occasion à des actes honteux. Car ce précepteur domestique peut n^étre qu'un infâme; et d'ailleurs il n'y a pas moins de danger pour l'en* fant à vivre en compagnie d'esclaves méchapts qu'avec des ingénus peu modestes... Plût aux dieux que nous-mémei^

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ne gâtassions pas les mœurs de nos enfants I À peine nés, nous les énervons par les délices. Cette molle éducation, que nous appelons indulgence, brise tous les ressorts et de Tàme et du corps. Que ne convoitera point, à Tâge d'homme, celui qui rampe sur la pourpre? Il ne prononce pas encore ses premiers mots; et déjà il comprend ce que c'est que couleur écarlate, déjà il veut qu'on lui donne un habit de pourpre. Nous formons leur palais avant leur langue. Ils grandissent dans des litières : s'ils touchent terre, les voilà pendus aux mains de deux personnes qui les soutiennent. Nous sommes enchantés quand ils ont dit quelque parole un peu libre. Nous accueillons avec des rires et des baisers des mots qu'on ne devrait pas même passer à des bouffons alexandrins. Faut-il s'étonner de ces dispositions ? c'est nous qui les avons instruits; ce sont nos leçons qu'ils suivent.... Il n'y a pas de festin qui ne retentisse de chansons obscènes : ce sont des spectacles que j'aurais honte de retracer. De tout cela natt une habitude, puis une nature. Ils apprennent ces choses, les infortunés ! avant de savoir que ce sont des vices; puis, énervés, efféminés, ce n'est point des écoles qu'ils reçoivent ces maux , mais ils les apportent dans les écoles.

« Mais, pour ce qui concerne les études, un seul aura, diton, plus de temps à donner à un seul. Avant tout, rien n'empêche que ce je ne sais quel un seul soit aussi avec celui qui s'instruit dans les écoles. Et, quand même il serait impossible de réunir l'un et l'autre avantage, je préférerais encore aux ténèbres et à la solitude cette lumière d'une réunion bien composée. Car les meilleurs maîtres aiment à avoir un grand nombre de disciples, et ils se croient dignes d'un théâtre un peu vaste. Mais d'ordinaire les hommes d'un ordre inférieur, par la conscience qu'ils ont de leur faiblesse, ne s'indignent point de s'attacher à un seul élève, et de remplir, en quelque sorte, Toffice de pédagogue. Aussi bien, j'accorde qu'on parvienne à posséder chez soi , à force de crédit, ou d'amis, ou d'argent, un précepteur savant et incomparable : pourtant, est-ce que ce précepteur occupera sa journée tout entière au profit de son élève unique? ou

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bien l'élève peut-îl jamais soutenir une application perpétuelle, sans que son esprit se fatigue, comme la vue des yeux quand nous fixons continuellement le même objet? D'ailleurs, il y a des études qui ont besoin de beaucoup plus de recueillement. En effet , le précepteur n*est point aux côtés de rélève écrivant, apprenant par cœur ou méditant ; toutes choses où Tintervention d'un étranger ne saurait que troubler notre travail. La lecture elle-même n'exige ni pour tout, ni toujours, un guide ou un interprète. Quand s'acquerrait, sans cela, la connaissance dotant d'auteurs? 11 n'y a donc qu'une faible portion de temps où il faille, si je puis dire, ordonner le travail pour tout le jour. Par conséquent, l'enseignement même qu'on doit donner à chaque élève en particulier peut très-bien passer par plusieurs. Au reste, la plupart des choses qu'on enseigne sont de telle nature, que la même voix peut tout à la fois les faire parvenir à tous.... «« Avant tout, que le futur orateur, destiné à vivre dans une grande multitude et dans la pleine lumière de la république, s'accoutume dès son âge tendre à ne pas redouter les hommes, et à ne point pâlir par l'effet de cette vie solitaire et comme passée à l'ombre. Il faut toujours exciter, toujours élever l'esprit, qui, dans une solitude de ce genre, ou languit et contracte dans l'obscurité une sorte de rouille, ou se gonfle d'une vaine persuasion : il est inévitable, en effet, que celui-là s'en fasse accroire, qui ne se compare à personne. Puis, quand il lui faut mettre au jour ce qu'il sait, il n'y voit plus en plein soleil ; et tout ce qu'il rencontre lui est nouveau, comme ayant appris sans témoins ce qu'il a à faire parmi un grand nombre. Je ne dis rien des amitiés, qui durent indestructibles jusqu'à la vieillesse, pénétrées d'une sorte de sentiment religieux. Car c'est chose non moins sainte de s'initier aux mêmes études qu'aux mêmes mystères. Où apprendra-t-il le sens commun, ainsi qu'on l'appelle, celui qui se sera séparé de la société de ses semblables, société dont le besoin est naturel non-seulement aux hommes, mais aux animaux muets eux-mêmes? Ajoute qu'à la maison il ne peut apprendre que ce qu'on lui enseignera à lui personnellement : dans Técole, il apprend aussi

ce qu*on enseigna aux autres. 11 entendra chaque jour ap«« prouver une foule de choses, en corriger une foule d'autres ; il gagpera aux reproches adressés à la paresse d'un condis-r ciple ; il gagnera aux lous^pges méritées par l'activité d'un autre : les éloges exciteront son émulation ; il croira boiiteux de céder 1^ pas à qn égal, et beau de l'epiporter sur de plus avancés. Tout cela enflamme les esprits; et, quoique l'ambition soit en elle-même un vice, elle est souvent néanmoins une cause de vertus. »

Je pourrais continuer de citer; mais les réflexions qui suivent sont de la pédagogie plus que de la morale, et n'ont pas pour nous le même degré d'intérêt, Un livre ou se trou-^ vent de telles pages, et je répète qu'il y en a beaucoup et dans plus d'un genre, ce livre n'est pas l'œuvre d'un esprit vulgaire, Non-seulement Quintilien sait penser, mais il sait revêtir sa pensée des formes les plus heureuses. Jamais écrivain ne fut plus maître de son style ; et il faut compter Quintilien parmi les plus savants artistes en fait de prose. Je n'entends point par là que son style soit la perfection même : il s'en faut de mille lieues. Il produit à son gré tous les effets qu'il entreprend de produire ; mais il veut produire des effets : c'est dire assez qu'il est de son siècle, beaucoup plus quMl ne se le figurait lui-même. Ses contemporains aimaient le trait; il l'aime comme eux. On Ta pu voir même dans le peu que j'ai essayé de transcrire. Ce n'est pas ce rnouve* ment continu de l'âme, ce large et majestueux courant de pensée, que nous admirons dans les traités oratoires du maître incomparable : ce ne sont bien souvent que saccades et cascatelles. C'est la langue de Cicéron , au moins pour l'ordinaire : ce n'est plus le style de Cicéron. S'il fallait une formule pour résumer mon idée, je définirais le style de Quintilien un compromis entre le Cicéron et le Sénèque. Ainsi Quintilien , malgré qu'il en ait, ne fut qu'un demiclassique; et l'adversaire persévérant de Sénèque n'a pas pu faire que Sénèque n'ait laissé en lui quelque chose de son esprit sentencieux, de sa manière abrupte, et de cette affectation de profondeur qui n'aboutit quelquefois qu'à l'obscurité.

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Quintlllen et la déclamatloii.

M. Nisard, après avoir énuméré, d'après Quintiliep, tous les petits artifices que les rhéteurs enseignaient comme les arcanes de la véritable éloquence, consacre un très-curieux et très-piquant chapitre à montrer jusqu'à quel point Quintiliçn était resté ce qu'il veut tant ne pas être, et combien son talent^ avait sqbi l'empreinte du goût conten^por^in. On me saura gré d'extraire quelque chose de ces pages tout à la fois instructives e| intéressantes.

Cl C'est pourtant le grave Quintilien, cet esprit si sain, si judicieux, qui avait, dit*on, conservé le dépôt du goût, qui du moins recevait d'assez gros appointements pour le conserver; c'est le défenseur officiel de toutes les bonnes traditions, qui a donné ces recettes d'é}oquenQe, dans ui^ style ingénieux, délicat, coloré, et bien digne d'un meil-t leur emploi! C'est dans Quintilien que vous trouvez toua les secrets du procédé oratoire; c'est l'admirateur de rUlysse d'Hqmère, de Démosthène, de Cicéron, qui se) charge de faire un homme éloquent, un orateur accompli» avec dea gestes de mime, une voix de chanteur, des pose^ de comédien, et tout un appareil de petites précautions, de petites qualités, de petites grâces, de petits mensonges. La plus grande preuve qu'il n'y a rien à faire contre le» décadeuees littéraires, ce sont toutes ces graves prescrip-; tions de Quiutihen. Il croyait régenter son siècle, et sqq siècle lui imposait, en réalité, le plus puéril de ses travers I

« Quintilien ne défend pas l'éloquence; il n'en défend que la pantomime. Un esprit plus profond serait remonté à la source des choses ; et, au lieu de tant s'occuper de la tenue de l'orateur, il aurait cherché ce qui pouvait rajeu-: nir l'éloquence, dans un pays sans liberté, sans forum, où, faute d'affaires qui suscitassent naturellement l'éloquence, on en cherchait l'ombre dans des causes imaginaires... Le choix des sujets, parmi lesquels on préférait les plus bizarres et ceux où les situations étaient le plus violente^, ac-i coutumait les jeunes gens à l'exagération ou au raffinement; de telle sorte qu'un homme élevé dans les écoles ne pou-

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vait plus parler naturellement de la mort de sa femme ou de son fils, alors môme quil en était accablé.

« Quintilien en offre un exemple frappant. Avant d'être époux et père dans la réalité, nul doute quil n'eût été époux et père dans les déclamations de l'école. Aussi bien, on recommandait aux déclamateurs de lire et d'étudier Ménandre, parce que, alternativement pères, fils, soldats, paysans, riches, pauvres; ayant pour tâche tantôt de se mettre en colère, tantôt de supplier ; tour à tour doux et traitables, durs et hautains, ils trouvaient tous ces caractères dans Ménandre, admirablement tracés, au dire des anciens. Quintilien avait eu apparemment quelque douleur paternelle à exprimer; ce qui se faisait d'ordinaire avec un luxe d'injures vagues contre la fortune. Quand donc il éprouva pour son compte les sentiments qu'il avait déclamés dans les écoles lors de son apprentissage, et qu'il lui fallut pleurer tour à tour, avec des larmes vraies, trois morts prématurées, celle de sa femme âgée de dix-neuf ans, celle de son plus jeune fils, puis celle de son fils aîné, il mêla involontairement, dans la peinture de ses regrets de mari et de père, les exagérations de l'école aux accents d'un cœur déchiré.

« Les plaintes éloquentes par lesquelles commence le lièvre VI sont marquées de ce double caractère ; et pourtant on dirait qu'il se méfie de ses souvenirs, qu'il a peur d'être éloquent dans le goût de l'école ; car il se défend de toute arrière-pensée d'écrivain et d'orateur : il ne veut pas qu'on voie de prétention littéraire dans ces tristes confidences. « Je ne mets point de faste dans ma douleur, s'écrie-t-il, « etje ne cherche point à grossir mes larmes. » Hélas 1 n'estce pas déjà une prétention, que d'annoncer qu'on n'en veut pas avoir?

« Voici qui est du vrai père :

• Cet enfant était plein de caresses pour moi ; il me pré- « ferait à ses nourrices, à l'aïeule qui veillait à son éducation, « à toutes les personnes qui sont le plus agréables à l'enfance. »

« Mais la raison que donne Quintilien de ces caresses et de cette préférence est du faux père de l'école :

QUINTILIKN. 553

u C'était, dit-il, un piège de la fortune, pour me rendre « sa perte plus poignante. »

« Ce qui suit est encore du vrai père :

« 0 mon enfant, ô mes espérances déçues, ai-je pu voir « tes yeux s'éteindre et ton âme s'exhaler; ai-jepu tenir dans *< mes bras ton corps froid et inanimé, et pourtant recouvrer « mes sensetrespirer encore l'air vital? Ah! j'ai bien mérité « les tourments que j'endure, et les pensées poignantes qui « me déchirent ! Toi qui venais d'être honoré de l'adoption « d'un consul, et qui pouvais prétendre un jour aux hon- « neurs de ton père adoptif; toi, destiné pour gendre à un « préteur, ton oncle maternel ; toi, désigné par l'espérance « universelle pour faire revivre parmi nous les plus beaux « temps de l'éloquence, je t'ai perdu, et, père sans enfants, « je ne survis que pour souffrir ! »

« Mais le faux père de l'école n'est pas loin. U va se trahir, dans la phrase qui vient après, par un trait de bel esprit, et par une bravade de stoïcien :

« Àh ! si je consens non pas à aimer, mais à supporter la « lumière du jour, cet effort sera ta vengeance ; car c'est en « vain que nous mettons tous nos maux sur le compte de la « fortune : nul n'est longtemps malheureux que par sa faute. »

« Cette dernière phrase, en particulier, est d'autant plus vaine que, deux lignes plus loin, Quintilien entrevoit la possibilité de se calmer, et demande l'indulgence du public pour le retard qu'il amis à publier son ouvrage. Quand ' on a l'intention de vivre, on ne débite pas des aphorismes de suicide : il n'est pas de bon goClt de prêcher le courage aux autres, dans un endroit où l'on se fait plus lâche qu'on n'est. »

liC ehapUre premier du dixième livre*

Quintilien, parvenu au commencement du dixième livre de son ouvrage, s'occupe des lectures capables de former le style de l'orateur. Au lieu de se borner à déclarer vague* ment qu'il faut lire de bons écrivains, ou même de nommer simplement les principaux, il rédige un catalogue complet des classiques grecs et romains, en joignant à chaque nom

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un jugement plus ou mcdns développé. Cette revue critique est précieuse à bien des égards, mais non pas autant qu'il plaît à quelques-uns de le dire. Je vois presque tous ceux qui parlent du chapitre premier du livre dixième de VInstituHon omtoire s*extasiep comme s'il s'agissait d'une merveille. Nous £|vona trop souvent rencontré les jugements de Quintilien, et nous avons été forcés trop souvent de les combattre, pour qu'il nous soit permis de partager Tillusion générale. Je n'ai pas besoin de répéter ici ce que j'ai maintes fois exprimé, avec toute la franchise dont je suis capable, à propos des auteurs grecs ou latins mal jugés pfir le critique. Je rappellerai seulement que Quintilien n'y a pas toujours mis toute la conscience désirable. Je ne le taxe poipt de mauvais goût. Quand il écrit de ce qu'il connaît pertinemment, ses arrêts sont à peu près inattaquables : ils sont rédigés en termes excellents, quelquefois avec une grande force de style, et, d'ordinaire, sous des formes vives et spirituelles. Je voudrais, pour son honneur, qu'il eût jugé tous les écrivains qu'il prend à partie, comme il juge Homère, ou Cicéron, ou quelquea autres. Mais combien d'écrivains, et même d'écrivains de génie, ne sont pour lui que des noms ! Quand ce sont, des Grecs, il les classe d'après le canon alexandrin, et il leur consacre de ces phrases banales qui ne prouvent guère qu'une chose, c'est qu'on ignore précisément ce qu'on juge. Quand ce sont des Latins, il les classe au hasard, mél£|nt ensemble Lucrèce et Macer, Catulle et Bibaculus, etc.; et il ne les caractérise ni avec plus de précision, ni en traits plus reoonnaissables. Je conçois mieux l'embarras du critique à propos de quelques contemporains, dont il connaissait trop bien les œuvres : j'es(ime pourtant qu'il valait mieux se taire sur tels et tels, que d'en parler non pas même en phrases banales, mais en phrases à double entente , et même en indéchiffrables énigmes. 11 n'y a qu'un seul contemporain sur lequel 'il soit explicite , et à qui il n'épargne ni les éloges, ni les plus belles fleurs de son style. Vous songez à Tacite, è un des Pline peut-être : erreur énorme, cher lecteur! Il s'agit d'un poète, et d'un

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grand ppëte; et ce poëte, c'est Geçiinanicus Auguste, non pas le noble Germanicus que vous et moi connaissons, un poëte en effet, celui-là, et, à coup sûr, un grand homme ; mais César le Germanique, autrement dit Domitien, autrement dit le Nérqn chauve. Écoutez pltitôt Quintilien : « Noua avons nommé ces poètes, parce que le gouvernement du mon^Q a détourné Germanicus Auguste des études qu'il avait entreprises, et parce que les dieux ont trouvé que c'était peu qu'il fût le plus grand des poètes. Qu'y a-t^il néanmoins de plus sublime, de plus docte, de plus parfait enfin, que ces ouvrages mêmes qui lui ont servi de récréation dans sa jeunesse, quand il eut reçu un commandement militaire? En effet, qui pourrait pieux chanter les guerres que celui qui les fait si bien? Quel est celui qu'écouteraient de plus près les déesses qui président aux études? A qui la divinité familière de Minerve révélerait-elle davantage ses secrets? Les siècles futurs le diront plus complètement que nous! Car aujourd'hui cette gloire disparait dans l'éclat éblouissant de toutes ses autres vertus. Toutefois , César, nous les prêtres du culte des lettres, tu permettras bien que nous ne passions point un tel fait sous silence, et que nous attestions du moins, en termes de^ Virgile, g^e pour toi le lierre r^mpe à travers les lauriers de la viotoire, » C'est là un triste péché, un vrai crime de lèse-morale et de lèse-littérature. Je conviens, malgré tout, que l'idée du ca^. talogue est unei, heureuse idée, et qu'il y a du bon, de Texcellent même, dans le chapitre de Quintilien. Mais c'est un peu comme dans les épigrammes de Martial : le médio^^ cre n'y est pas rare, et le mauvais y abonde.

^ue le Dialôgae des Orateurs n'est pas de Qpliitllieii«

Quelques-uns attribuent à Quintilien le Dialogue des Orateurs. Ce dialogue n'est autre chose, selon eux, que l'ouvrage de Quintilien intitulé, par son auteur, des Causes de la corruption de Véloquenoe, 11 n'est pas fort difficile dQ démontrer la fausseté d'une telle assimilation. Et d'abord, si le dialogue était de Quintilien, ce qu'on y devrait trouver à chaque pas, ce sont les idées de Quintilien, ses opinions

sur les hommes et sur les choses, ou tout au moins une certaine conformité avec les doctrines et les jugements exposés dans V Institution oratoire. Or, on y trouve presque partout exactement le contraire. En veut-on des exemples? qu'on se rappelle le jugement de Quintilien sur Saléius Bassus, et le jugement de l'auteur du dialogue sur le même poëte : c'est presque la nuit et le jour. Prenons des orateurs : Cicéron, pour le vrai Quintilien, est un dieu; Cicéron, pour le prétendu Quintilien du dialogue, est un écrivain terne et flasque, souvent monotone, et qu'on ne lit pas toujours sans fatigue ni ennui. Les deux critiques ont entendu l'un et l'autre Yibius Crispus, un des plus fameux orateurs du temps des Flaviens: l'un voit en Crispus un foudre d'éloquence; l'autre dit que Crispus a de l'art , de l'agrément, et qu'il sait charmer, mais qu'il vaut mieux dans les causes privées que dans les causes publiques. Quintilien est le panégyriste convaincu des exercices déclamatoires ; l'auteur du dialogue en est l'adversaire non moins convaincu : il est même l'ennemi déclaré et de la rhétorique et des rhéteurs. Ce n'est pas Quintilien, à coup sûr, qui a écrit la violente diatribe qu'on va lire : « Aujourd'hui, nous conduisons nos jeunes gens aux tréteaux de ces pédants qu'on nomme rhéteurs, qui commencèrent à se montrer quelques années avant le temps de Cicéron, et qui furent si loin de plaire à nos ancêtres, qu'ils furent forcés, par les censeurs Crassus et Domi tins, de fermer, comme dit Cicéron, l^jur école d'impudence. C'est là qu'on les mène encore ; et je ne saurais dire ce qui nuit le plus à leur esprit, du lieu même, des condisciples, ou du genre d'étude. Le lieu, en effet, est loin d'être respectable : il n'y entre jamais que des ignorants qui se valent. Quel profit pourrait-on tirer des condisciples, enfants mêlés à des enfants, adolescents à des adolescents, et qui ne s'inquiètent ni de ce qu'ils disent ni de ce qu'ils entendent? Les exercices eux-mêmes sont, en général, contraires à leur but. Ainsi on traite, chez les rhéteurs, deux sortes de genres, le délibératif et le judiciaire. Le genre délibératif, comme s'il convenait à des esprits moins développés et demandait moins de connaissances, est abandonné

aux enfants. Le genre judiciaire est le partage des plus forts; mais quels sujets, grands dieux, il leur faut développer! quels pitoyables sujets! La matière est toute dans Tinvrai* semblable : il n*y a que la déclamation qui puisse y répondre. Récompenses à des tyrannicides, alternatives laissés à des vierges déshonorées, remèdes de la peste, etc. *. » Ce n'est pas ainsi que Quintilien parle de son art; ce n'est pas lui qui s*est vilipendé lui-même. L'homme qu'on vient d'entendre n'est pas celui que nous avons entendu célébrant les écoles, et énumérant les avantages de l'éducation publique.

Le Dialogue des Orateurs n'est donc pas l'œuvre de Quintilien. Outre les preuves que nous en avons données, il y en a une absolument péremptoire, et qui aurait même pu me dispenser de toutes les autres. La conversation qui est le sujet du dialogue est censée avoir eu lieu sous le règne de Yespasien, et dans un temps qui correspond à l'an 75 de notre ère. L'auteur, qui écrit bien des années après, et soidisant de mémoire, déclare avoir assisté à cette conversation, et il dit qu'a cette époque il était encore dans sa première jeunesse {juvenis admodum). Or, Quintilien, en l'an 75, avait déjà au moins vingt- trois ans, et probablement même davantage : ce n'était plus un tout jeune homme, et c'était déjà un homme célèbre.

Cet auteur, qui n'est pas Quintilien, quel est-il? c'est un problème que je ne me chargerai pas de résoudre. Tous les noms qu'on a proposés présentent des difficultés plus ou moins considérables. Il y a trois hommes dont l'âge concorde parfaitement avec celui de l'auteur du dialogue, et qui étaient tous les trois des adolescents, et presque des enfants, à l'époque de l'entretien dont il a voulu perpétuer le souvenir. Ces trois hommes sont Suétone, Pline le Jeune et Tacite. On peut élever du premier coup, contre Suétone, une fin de non-rrecevoir : Suétone est un écrivain médiocre, et l'auteur du dialogue est un écrivain du premier ordre. Les notices de Suétone sur les grammairiens, sur les rhé-

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