LES DERNIERS PROSATEURS
STMMAOnE. — > STMMAQIJE iSCRIVAlN. — DISCOURS DE SYMMAQUE. — LETTRES
DE SYMMAQUE. — HAGROBE.
Quintus Àurélius Avianus Symmachus naquit à Rome dans la première moitié du iy« siècle. On ne saurait , même à dix ans près, fixer la date de sa naissance. Il était d'une famille riche et considérée; son père fut chargé d'emplois importants. Le jeune Symmaque reçut une éducation très-soignée , et il se trouva de bonne heure en état de courir la carrière des fonctions publiques. En Tan 368 , il était intendant de la Lucanie et du Brutium ; en 370 , il gouver-* nait TAfrique, avec le titre de proconsul. £t ce n'étaient pas là les premières dignités dont il eût été honoré : il avait été déjà questeur , préteur et pontife. En 383 , à Rome , il eut l'occasion de signaler son zèle pour la religionT^aïenne. Une horrible famine , causée par une longue sécheresse et par l'imprévoyance des administrateurs, soulevait les clameurs du peuple. Les païens imputaient cette calamité au ren-* versement des anciens autels. Une partie des sénateurs , et Symmaque à leur tète , demandèrent le rétablissement de l'autel de la Victoire , que Gratien avait fait enlever de la salle des séances du sénat. Gratien n'y consentit pas. Ses successeurs ne furent pas moins sourds à la requête. Cette requête subsiste, au moins sous la dernière forme que Symmaque lui a donnée. Elle est adressée , au nom du sénat, par Symmaque, alors préfet de Rome, à Valentinien II, à Théodose et à Arcadius ; mais elle ne fut présentée, en effet, qu'à Valentinien. C'est un plaidoyer complet en faveur du paganisme , et un plaidoyer qui ne manque ni d'adresse ni d'éloquence. Symmaque eut au moins la gloire, comme dit Fléchier, d'avoir assez bien défendu sa mauvaise cause. Il eut une gloire plus enviable encore : le grand saint Ambroise ne dédaigna pas de lui répondre , et de discuter un à
un ses arguments. En 389 , Symmaque fut exilé par Théodose, pour s'être obstiné à réclamer de nouveau le rétablissement de Tautel de la Victoire. Mais il rentra presque aussitôt en grâce. 11 survécut plusieurs années à Théodose ; et les fils de Théodose, Àrcadius et Houorius , ne furent pas moins bienveillants que leur père , pour ce païen entêté , mais plein de probité et de talents. Symmaque resta aux affaires jusqu'à la lin de sa vie; mais il ne dut pas la prolonger bien loin au delà de l'an 400.
L'affection de Symmaque pour la religion de ses pères ne le rendit point persécuteur. Le pape Damase prit sa défense, quand on l'accusa d'avoir sévi contre les chrétiens , à l'occasion d'une enquête sur certains dégâts causés par la malveillance aux murailles de Rome. Plusieurs chrétiens, et des plus illustres, étaient les amis de Symmaque. Saint Ambroise et Prudence , qui ont écrit contre lui , ne contestent pas ses vertus , et ils portent aux nues son génie. Symmaque , dans le commerce ordinaire de la vie , était la tolérance même. Sa requête pour le paganisme témoigne aussi, en plus d'uirpassage , de l'élévation de son âme. On dirait que Thémistius n'a pas été étranger à la rédaction de cet éloquent écrit. Symmaque reproduit presque textuellement le fameux argument de Thémistius sur la liberté 4ies cultes : «Nous contemplons, s'écrie-t-il, les mêmes astres; un même ciel nous environne , et nous adorons tous le même Dieu : qu'importent les chemins divers que nous prenons, en cherchant à le bien connaître? c'est à lui que tous aboutissent. »
Symiiiaqiae écrivain.
Symmaque n'est pas un grand écrivain. Il est tout ce qu'il pouvait être dans un pareil siècle, à savoir un écrivain de beaucoup d'imagination et d'esprit. Ses contemporains le comparaient à Cicéron; et peut-être lui décernaient-ils la palme. Ce n'est ni à Cicérôn, certes, qu'il le faut comparer, ni même à Quintilien ou à Pline le Jeune. Mais on n'a pas de peine à comprendre que Prudence , Ausone et tant d'autres, se soient laissés aller à une illusion plus que pardonnable. Symmaque est un soleil , auprès de tous les prosa-
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teurs qui avaient paru depuis le siècle des Ântonins, ou plutôt depuis le temps des Flaviens. 11 a des qualités véritables, et qui ne sont pas d'un ordre vulgaire. Il étreint fortement la pensée , et il sait la rendre en peu de mots. 11 a des mouvements vifs et soudains , des images justes et brillantes, des expressions saisissantes et pittoresques. Sa diction est assez pure , et elle se sent infiniment peu de la barbarie régnante. Alais n'est-ce pas beaucoup dire que d'avancer, comme fait Daunou , que le style de Symmaque est quelquefois plus naturel que celui de Piine le Jeune? Ce qui est vrai, c'est que Symmaque ne cherche pas, autant que Pline, à faire partout et toujours montre d'esprit; que sa chaleur n'a jamais rien de factice, et que l'accent de la persuasion est sur ses lèvres. Mais il tombe aussi , de temps en temps , dans le maniéré et dans la fausse élégance. Il a de plus des défauts graves, dont Pline est exempt. Sa concision dégénère en obscurité ; il affecte les tours et les termes poétiques ; il se répète fréquemment, et il déguise mal la tautologie, par la variété des mots et par l'accumulation des synonymes. Ce qui reste de ses écrits est, malgré tout, un monument précieux à plus d'un égard; et Daunou a bien raison de dire que les Lettres de Symmaque sont fort susceptibles d'être rendues avec élégance et lues avec intérêt dans notre langue.
Dlscoarfi de Symmuqae.
Les discours de Symmaque ont péri. Nous n'avons ni son éloge de Maxime , ni son éloge de Théodose , ni son dis* cours sur Yettius Agorius, ni aucune de ses harangues , à l'exception de quelques passages, plus ou moins importants. Ce n'est pas d'après ces débris qu'on peut juger de l'éloquence de Symmaque. La plupart des auteurs qui parlent de cette éloquence se bornent à dire ou qu'elle était merveilleuse, ou qu'elle était très-van tée , ou même que Symmaque avait laissé un grand nombre de bons discours. Macrobe nous dit quelque chose de plus clair et de plus topique que ces vagues banalités. Voici comment parle un des interlocuteurs de son livre : <* H y a quatre sortes d'éloquence : l'abondante, où Cicéron domine; la
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brève , où règne Salluste ; la sèche , qu'on attribue à Fronton ; l'éloquence grasse et fleurie , où excella jadis Plinius Sécundus, et où excelle aujourd'hui notre ami Symmaque , régal de tous les anciens ^» Ainsi les discours de Symmaque rappelaient ceux de Pline le Jeune, mais sans doute le Panégyrique de Trajan , beaucoup plus encore que les Plaidoyers,
lieitreA de Symmaque.
Nous avons du moins le recueil des lettres de Symmaque, que son fils recueillit, et qu'il distribua en dix livres. C'est dans les Lettres qu'il est permis de se faire une juste idée du caractère de l'homme , des talents de l'écrivain , et même de l'éloquence de celui qui fut le dernier orateur de Rome païenne. Quelques-unes ne sont que d'insignifiants billets ; mais, quand ces billets s'adressent à un Constance , à un Théodose, à un Àusone, à un saint Ambroise, ils ont encore leur intérêt et leur importance. 11 y en a qui sont des pièces considérables. Ainsi l'adresse ou le rapport, comme on voudra , sur la restauration de l'ancien culte. Ce qui respire partout , dans les Lettres, c'est une sorte de parfum d'urbanité et de vertu. On y sent, comme dit Daunou, une âme douce et bienveillante , un esprit exercé à la fois par les études littéraires et par l'habitude des affaires publiques. 11 n'est pas difficile d'y trouver des choses d'une réelle beauté , et qui seraient dignes d'être transcrites. Je me bornerai à ce passage où Symmaque explique , avec ses préjugés païens , les causes de la famine , et où ses préjugés mêmes animent sa verve et donnent à sa voix une force plus retentissante. Saint Ambroise n'aura pas de peine à montrer l'absurdité de Targument ; mais il ne s'agit ici que du talent de Symmaque et de son style.
« La loi de nos pères avait honoré les vierges de Vesta , et les ministres des dieux, d'un revenu modeste et de justes privilèges. Cette institution subsista dans son intégrité jusqu'à l'époque où des spéculateurs dégénérés firent servir au