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LES DERNIERS POETES

QUELQUES MOTS SOR AUSONE. — GLADDIEN ET RUTILIUS. — VIE DE GLAUDIEN. — OUVRAGES DE GLAUDiEN. -— VIE DE RUTILIUS. — ITINÉRAIRE DE RUTIuns. — ÉPILOGUE.

Çiielqneii moUi «nr Jiusoiie.

Les derniers poètes de Rome sont Ciaudien et Rutilius. On ne nous pardonnerait pas néanmoins d'oublier ici Ausone. H est vrai qu'Ausone était chrétien, et qu'en cette qualité il n'appartient point à notre sujet. Mais il n'était chrétien que de nom, et ses œuvres ne témoignent pas qu'il se souvint beaucoup de son baptême. Elles ne sont pas, certes, des monuments de sa foi. Nul païen ne fut plus païen, et dans le pire sens du terme, que ce prétendu fils de l'Église. On dirait qu'il n'a pas même été éclairé de cette lumière morale qui illumine tout homme venant en ce monde. Son principal titre à la renommée, c'est Tinfâme Centon nuptial^ ce poème tout composé de vers et d'expressions de Virgile, et qui, grâce au travail de l'arrangeur, n'est rien que fange et ordure. Voilà le pieux usage que faisait de ses talents un homme qui devait surtout de bons exemples à la jeunesse, un maître de grammaire et d'éloquence ! Les poésies originales d'Ausone sont assez chastes ; mais on ne les lit guère; et, franchement, elles ne méritent pas d'être lues. Ily a pourtant quelques épigrammes passables; et l'interminable poème descriptif intitulé la Moselle pourrait fournir quelques morceaux assez brillants à une anthologie. Du reste, ni inspiration ni naturel ; de l'esprit qui n'est pas autre chose ; une versification dure et incorrecte ; une diction souvent barbare. Ce professeur de belles-lettres n'a rien de commun avec la littérature classique. 11 est complètement <le son siècle. Aussi bien son siècle le récompensa largement de ses défauts. Bordeaux, qui était sa patrie, le chargea d'enseigner dans ses écoles fameuses; il devint le précepteur du fils de Valentinien; et Gratien, son élève, lui conféra la di«

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gnité de consul pour les Gaules. Il vécut riche et honoré, et il prolongea sa vie jusqu'à un grand âge. Il était né vers Tan 310, et il mourut vers Tan 394.

Claudlen et Ratlllus.

Arrétons-nous un instant en face des deux survivants véritables de la postérité de Virgile et d'Horace. Us sont bien dégénérés de leurs pères : qui en doute? mais on voit encore, à plus d'un trait, qu'ils sont de noble famille. Claudien est plein d'imagination; Rutilius pétille d'esprit. Gelui-îà écrit avec force, et revêt quelquefois sa pensée d'expressions frappantes et d'images heureuses ; celui-ci écrit avec élégance, et dessine légèrement des esquisses agréables. L'un a le ton solennel et grave ; la voix de l'autre a quelque chose d'argentin , qui pique et réveille. Claudien est l'éloquence ; Rutilius l'est aussi quelquefois ; il est, de plus, la finesse et la grâce. Je viens de dire le bien : il faut dire le mal aussi ; et ce n'est point , hélas ! la part la moindre. Rutilius bavarde assez souvent sans trop de raison, et ce qu'il dit n'en valait pas toujours la peine. Bien qu'il s'efforce de suivre les bons modèles, il est de son temps plus qu'il ne veut; et plus d'un tour forcé ou obscur, plus d'un terme impropre où bizarre, témoignent qu'il n'avait pas vécu à la cour d'Auguste. L'harmonie de ses vers n'est pas irréprochable, ni leurs coupes bien savantes et bien variées. D'ailleurs, son poème n'était guère considérable ; et ce récit n'a pas dû lui coûter beaucoup de frais d'invention. Quant à Claudien, ce qui lui manque un peu trop, c'est le goût et la mesure. Il n'atteint bien souvent qu'à une fausse grandeur ; son éloquence dégénère à chaque instant en enflure : il aime à se payer de mots, et il n'attend pas toujours les idées. On ne le lit pas sans difficulté ni sans ennui. Le vague des termes et la redondance des épithètes rendent la phrase obscure : rien de net, de délimité, de précis. Il évite les élisions dans ses vers ; mais on dirait qu'il aspire à la monotonie. Il n'a que l'apparence d'une bonne versification ; et rien ne ressemble moins que cette harmonie plate et uniforme à l'expressive et divine harmonie de Virgile. C'est bien là cette cloche bour-

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