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LES DERNIERS POËTES. 63Ô

donnante à quoi un critique a comparé les vers assourdissants de Claudien. Que d'imperfections, bon Dieul et je n'ai pas tout dit peut-être. Mais il y a assez de qualités, et dans Claudien et dans Rutilius, pour nous forcer à saluer en eux les deux derniers classiques. Demi-classiques, si Ton veut; moins encore, j'y consens ; mais enfin les deux derniers qui ont écrit des œuvres où il y a du talent, et d'où l'inspiration n'est pas toujours absente.

Tle de Claudien.

Claudius Claudianus florissait vers la fin du règne de Théodose, et sous le règne d'Arcadius et Honorius. Quelques-uns le font naître à Florence , d'autres en Espagne. L'opinion la plus vraisemblable, c'est qu'il était d'Alexandrie en Egypte. L'époque de sa naissance et celle de sa mort sont inconnues. Sa vie ne l'est guère moins, sauf les conjectures qu'on peut se permettre à propos des écrits où il parle d'hommes et d'événements contemporains. On sait toutefois qu'il acquit, de son vivant même, une immense renommée. Nul poëte, à Rome, ne fut jamais comblé d'honneurs plus extraordinaires. Les empereurs Arcadius et Ho* norius lui élevèrent une statue sur le forum de Trajan ; et c'est le sénat qui avait sollicité le décret d*érection..Sur le piédestal de la statue, on lisait une inscription en vers grecs, ou plutôt une apothéose de Claudius Claudianus. Suivant l'auteur de Tinscription, et suivant ceux qui la firent graver, Claudien portait en lui l'âme de Virgile et la muse d'Homère.

OnTm^efl de Claudien.

Le plus fameux des ouvrages de Claudien est cette invective où il épuisa, contre Rufin mort, toutes les formes de l'outrage. C'est un poëme en deux livres, écrit, comme tous les grands poèmes de Claudien, dans le mètre héroïque. Le scélérat dont il stigmatisait la mémoire n'y est point calomnié. Mais nous ne pouvons pas dire que le poète n'ait pas compté beaucoup trop sur la patience de ses lecteurs, en nous entretenant si longuement d'un pareil misérable.

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Ceux qu'avait blessés Rufin vivant ont dû sans doute y trouver un grand charme de vengeance; mais nous, qui n'avons jamais rien eu à démêler avec le favori de Théodose , nous ne saurions aller jusqu'au bout sans demander grâce. Aussi bien on ne Ht guère de la satire de Claudien que quelques morceaux çà et là. 11 y en a de fort beaux. Dans les vers du début, Claudien atteint, à la haute poésie, et ne dépasse presque jamais la mesure : « Souvent, dit-il, mon esprit a flotté incertain entre deux sentiments contraires. Les dieux s'inquiètent-ils du monde ; ou n'y a-t-il point d'arbitre suprême, et les choses mortelles sont-elles le jouet d'un aveugle hasard? En effet, quand je considérais l'accord et l'harmonie de l'univers, les bornes prescrites à la mer, et le cours des saisons, et le retour successif du jour et de la nuit, je me disais alors : Oui, la sagesse d'un dieu affermit la nature, règle la marche des astres, fait éclore les fruits à des temps divers, remplit d'une lumière empruntée la lune au changeant visage, et le soleil de feux qu'il ne doit qu'à lui; elle fixe aux flots un lit immense , et balance la terre sur l'axe qui la traverse. Mais, lorsque je voyais le crime dans le bonheur et les plaisirs , et la vertu dans la souffrance , alors croulait ma croyance ébranlée : j'embrassais à regret l'autre doctrine,, celle qui égare les atomes dans l'immensité du vide, et qui soumet, non à une providence, mais au hasard, les corps sans cesse renaissants ; la doctrine selon laquelle il n'y a pas de dieux, ou il n'y a que des dieux qui ne s'occupent pas de nous. Le châtiment de Rufin est venu un jour dissiper ce trouble et absoudre les dieux. Que des hommes injustes montent encore au faite des honneurs, je ne me plains plus : ils ne s'élèvent si haut que pour tomber d'une plus lourde chute. »

La satire contre Eutrope a deux livres aussi, et elle pourrait être réduite sans trop de perte, comme la satire contre Rufin, à quelques tirades plus où moins brillantes. En attaquant Rufin et Eutrope, Claudien cherchait surtout à plaire à Stilicon. Ce sont des ennemis de Stilicon , comme le remarque M. V. Le Clerc, qu'il veut couvrir d'opprobre , bien plus peut-être que des ministres vicieux et inhabiles. Stilicon

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était son héros. Il a écrit YÉtoge de Stilicon , poëm^héroïque en trois livres, presque aussi étendu, à lui seul, que les deux invectives. C'est à la gloire de Stilicon que sont consacrés aussi les deux poèmes de la Guerre de Gildon et de la Guerre gétique. Et il ne s'en tint pas à ces panégyriques directs. « Toutes les fois, dit M. V. Le Clerc, qu'il fait Téioge d'Honorius, et il y revient très-souvent, il n'oublie jamais d'y joindre celui de Stilicon , qu'il ose préférer même à Théodose. » Il n'y a pas beaucoup à admirer dans toutes les épopées de Claudien en l'honneur du fameux Vandale : quant aux autres panégyriques du poêle, quels qu'en soient les sujets, ils sont parfaitement insipides.

Le chef-d'œuvre de Claudien est V Enlèvement de Proser* pine , épopée mythologique dont il nous reste trois livres , le dernier incomplet, mais qui a dû en avoir un plus grand nombre. C'est son chef-d'œuvre, parce que là il ne s'agissait que de versification. Une foule de poètes , depuis l'auteur Ae^y Hymne à Cérès, avaient chanté les amours de Pluton et les courses errantes de la mère de Proserpine. Claudien n'avait qu'à choisir parmi les inventions du génie grec : il faut dire à sa louange qu'il dispose avec un art ingénieux ces richesses empruntées au trésor poétique des anciens âges.

La Gigantomachie , dont nous n'avons qu'un fragment , devait être aussi une brillante amplification sur les thèmes mythologiques fournis par la Grèce. Je dois dire pourtant que je préfère à toutes ces fleurs poétiques, empruntées ici ou là, quelques unes des petites pièces , épîtrés, idylles ou épigrammes, qui sont à la suite des grands poèmes. Il y en a qui mériteraient d'être citées ici, et notamment les distiques élégiaques sur le vieillard de Vérone, agréable et harmonieux écho du Virgile des Géorgiques.

Ifîe de RuUliui».

Claudien n'avait été, ce semble, qu'un homme de lettres: la poésie avait été toute son occupation et toute sa vie. Rutilius fut un homme d'État : la littérature n'était que sa récréation, et c'est l'occasion qui le fit poète. Il ne comptait

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guère sans doute sur ses vers pour vivre dans la postérité ; mais qui s'inquiète aujourd'hui des grandes charges qu'il a remplies? On ne le connaît que parce qu'il s'est avisé un jour de raconter ses impressions de voyage. Nous ne savons pas si les contemporains eurent pour son talent une admiration bien vive, ou même s'il daigna leur faire part, de son vivant, des piquants récits qu'il n'avait rédigés peut-être qu'à l'usage de quelques amis intimes. Il pouvait se passer des applaudissements populaires, grâce aux faveurs dont le comblait Honorîus. Il fut maître des offices et préfet de Rome. Quelques-uns croient même qu'il s'éleva plus haut encore, et qu'il fut i^evêtu de la dignité consulaire. Il n'était né ni à Rome ni en Italie. Peu importe qu'il soit né à Poitiers, comme le veulent quelques-uns, ou à Toulouse, comme le prétendent quelques autres : il était Gaulois. Il se nommait Rutilius Numatianus. Nous connaissons l'époque où il florissait, et même la date fort approximative de son ouvrage; mais on ne sait rien de précis sur la date de sa naissance, et celle de sa mort n'est pas moins inconnue.

Itinéraire de ButlUns.

En l'an 417 ou 420 environ, Rutilius fit le voyage qui a sauvé son nom de l'oubli. Il partit de Rome pour la Gaule, . et il prit son chemin par mer. Il raconta les incidents de ce voyage dans un poëme en vers élégiaques, dont nous possédons encore une notable partie. Rutilius faisait le trajet dans une barque , qui touchait à terre chaque soir et repartait chaque matin. Il visitait tous les objets curieux qui lui étaient signalés au passage. Il y a» dans ses descriptions, quelques traits fort heureux. Il rend même, avec un grand charme d'expression, les accidents les plus fugitifs, les plus indécis, les plus insaisissables. Ainsi on voit, dans ses vers, l'ombre des pins flotter à la marge des eaux ; on y voit les hautes cimes monter plus haut dans le ciel par l'effet de la brume du matin. Rutilius abuse quelquefois de son érudition; il lui arrive aussi d'abuser de son esprit, et de se complaire un peu trop aux jeux de mots et aux antithèses. Ce qui est

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