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I. Aula-Oelle, Nuits attiques, livre III, chapitre m

par des auteurs anciens comme appartenant à telle ou telle pièce de Plante, ne se trouvent plus dans les mêmes pièces, telles que nous les possédons. En revanche , on remarque des vers, des scènes entières quelquefois, d'une autre main que celle de Plante , et qui ont été interpolés, on ne sait quand ni par qui : je ne parle pas des suppléments comme ceux dTrcéus Codrus ou de Philippe Paréus , innocentes fantaisies d'érudits qui voulaient simplement que Toeil du lecteur ne fût nulle part affligé par l'aspect des lacunes. Malgré les défectuosités de toute sorte qu'on aperçoit dans le texte de Plante, et dont beaucoup trop sont inguérissables, le recueil de ces vingt comédies est un des plus précieux trésors littéraires que nous ait transmis^ l'antiquité.

Jugements des anciens sar Plante.

On n'a pas toujours parlé avec cette estime des œuvres du poète ombrien , et le nom de Plante est un des plus contestés de Tancienne littérature. Plante, qui avait foi en luimême, et qui savait se comparer aux comiques de son temps, laissa, dit-on , cette épitaphe écrite de sa main : '« Depuis que Plante a été frappé de mort, la comédie se désole, la scène est déserte; puis les ris, les jeux, tous les dieux de la plaisanterie et de la poésie au mètre libre, se sont mis ensemble à verser des larmes. » Volcatius Sédigitus, dans ce catalogue versifié où il classe les comiques latins par ordre de mérite, en a placé un, mais un seul, avant Plante. Après Cécilius, Plante, selon lui, l'emporte sans conteste sur tous les autres. Le grammairien Êlius Stilon, contemporain de Sédigitus, disait que, si les muses voulaient parler latin, elles parleraient la langue de Plante. Yarron se range complètement à cet avis ; et Cicéron proclame Plaute, avec Névius, le plus latin de tous les poètes. Horace, l'impitoyable détracteur du passé, le traite avec un mépris souverain, et qui ne répond guère à l'idée qu'on se fait vulgairement du bon ton d'Horace et de la sagesse de ses jugements. Je m'explique qu'il refuse aux admirateurs passionnés de Plaute le droit de faire de Plaute un Épicharme, ou qu'il reproche au poêle latin de mal soutenir le caractère

PLADTE. 89

d'un jeune homme amoureux, d'un père avare, d'un astucieux prostitueur. Mais j'ose dire qu'Horace se fait tort à lui-même quand il écrit, dmsV Art poétique : « Nos aïeux d'il y a longtemps ont admiré les vers et les plaisanteries de Plante. Excès d'indulgence, à mon sens, pour ne pas dire sottise; si toutefois vous et moi nous savons distinguer un bon mot d'un mot grossier, et marquer du doigt et de l'oreille la juste cadence des sons. » Quintilien n'a pas voulu se permettre d'avoir une opinion particulière sur Plaute. Il se contente de rappeler, d'après Varron , le mot d'Élius ; et il englobe Plaute, avec tous les autres comiques latins, dans le jugement sévère qu'il porte sur la comédie latine.

Poé«le de Plante.

La Harpe, qui a traité Plaute à peu près comme il avait traité Aristophane, est pourtant forcé de convenir de son talent d'écrivain. Il n'y a pas d'auteur, en effet, parmi ceux dont nous possédons les œuvres, qui fasse mieux comprendre les vrais caractères de la langue latine. Plaute parle latin; c'est-à-dire que les termes, chez lui, sont pris dans leur acception la plus nette et la plus simple, et qu'ils se placent, comme d'eux-mêmes, là où les appellent la convenance et l'analogie : nulle trace d'affectation, de sophistication, de fausse élégance. Souvent l'écrivain joue sur les mots ou sur les syllabes; mais toujours l'intention comique saute aux yeux de prime abord, et corrige pour l'auditeur ces apparentes déviations. Souvent Plaute fait dire des mots grecs à ses personnages; mais ces mots ne sont autre chose que des projectiles, si je puis m'exprimer ainsi, destinés à faire éclater le rire, et qui ne font pas plus partie de sa diction que le jargon des deux Suisses ou le patois de Pierrot ne font partie de la diction de Molière. Plaute crée en foule les diminutifs et les termes composés, mais toujours, à moins de raison particulière, d'après des lois visibles pour tous, et conformément au génie propre de la langue. Ces composés et ces diminutifs ne se retrouvent guère chez les écrivains des siècles suivants; mais c'est que Plaute les avait inventés pour des situations trop particulières, et que tous

ti'ont jamais pu entrer dans le domaine commun. Là diction de Plante n'a d'archaïque que l'apparence : si nous avions les œuvres des poètes comiques du siècle d'Auguste , nous verrions, je n'en doute pas, que la plupart des locutions qui nous étonnent n'avaient pas cessé d'être en usage, et que Plante ne difiërait d'eux que par d'insignifiants détails. Le peuple de Rome n'eut jamais besoin de commentaires pour goûter Plante ; et Plante fut le seul comique latin dont les ouvrages se maintinrent au théâtre, même quand le théâtre ne connaissait plus guère que les danses et les pantomimes. Longtemps après Auguste, on jouait encore les pièces de Plante à Rome, et dans les villes d'Italie. On a trouvé, à Pompéii, une tessère, ou jeton de spectacle, portant, avec l'indication de la place, le titre d'une comédie de Plante, la Casine, qu'on représenta peut-être la veille du jour où la ville périt.

Plante n'est pas étranger, conime Névius, à cette grâce que d'ailleurs si peu de Romains ont connue. Il y a en lui quelque chose qui rappelle l'atticisme d'Aristophane ou d'Alexis, sinon celui de Ménandre : je veux dire que la malice et la gaieté revêtent souvent, dans ses vers , les formes les plus délicates et les plus heureuses. C'est là ce qui justifie, jusqu'à un certain point, le mot de l'enthousiaste Êiius. Quant aux qualités romaines , la force , la plénitude, la concision. Plante n'a rien à envier, quand il lui plaît, ni à Névius, ni à personne. Ce poëte n'a pas moins excellé dans l'expression des grandes idées et des nobles sentiments, que dans ces quolibets ou ces bouffonneries, qui sont ses triomphes ordinaires. Par là encore il est de la famille d'Aristophane. Mais ce n'est point Aristophane, tant s'en faut, que Plaute versificateur avait pris poul' modèle. La versification de Plaute est le désordre même. Les comiques latins n'ont jamais eu de très-grands scrupules à ce sujet ; et Quintilien leur reproche, et à Térence même, de s'être affranchis des règles du mètre ïambique. Il y a bien çà et là, dansPlaiite, des vers, et même des tirades entières, qu'on peut prendre pour des vers trimètres ; les prologues notamment sont d'une ^cture assez régulière. Quant au dialogue, Plaute se permet

PLAUTE. Ôl

toutes les libertés imaginables : les vers sont tantôt plus longs, tantôt plus courts; l'ïambe même est quelquefois absent; on sent bien qu^il y a un tiombre, une solrte dé cadence , que ce sont des vers , et même le plus souvent des vers îambiques ; mais Comment ils se scandent et quel est leur nom , c'est ce que nul métricien n'a encore pu dire. Montaigne s*égaye quelque part aux dépens des érudits qui avaient ta prétention de remettre sur leuts pieds les vers de Plaute, et qui usaient dans ce labeur sans fruit une vie qu'ils eussent pu mieux employer et pour eux et pour les autres. îl n'y a plus de ces infortunés, que je sache : il est vrai que leur folie était plus innocente qu'il ne plaît à Montaigne de l'avouer; et, s'il y en avait encore, je leur pardonnerais de tout mon cœur.

ImmArallié île Plante.

Je suis bien loin de m' aveugler sur quelques-uns des défauts qu'on a reprochés à Plaute. Le plus grave ^ sans cotitredtt, et le moins pardonnable, c'est l'impudeur avec laquelle il étale aux yeux les plus imtnondes tableaux ; c'est sa fidélité trop scruptileuse à rendre tous les traits ded modèles qui ont posé devant lui ; c'est ce cynisme de i^ntiments et d'expressions où il semble se complaire , en compagnie de ses prostitueurs et de ses prostituées ^ de ses fanfarons et de ses parasites, de ses 81s débauchés et de ses esclaves fripons. Aristophane avait la prétention de rappeler ses concitoyens aux mœurs et aux vertus des vieux temps ; et il ne trouvait rien de mieu^t, pour faire passer ses leçons morales, que de les assaisonner d'obscénités et de bouffonneries. On sait comment les Athéniens profitèrent de l'en-** seignement : le poète des priapées leur alla au cœur, mais le moraliste ne les entama pas; et Aristophane put se dire à lui-même qu'il avait merveilleusement travaillé à empirer la corruption des mœurs publiques et privées. Il eut du moins un semblant d'excuse dans son rôle de politique et d'homme de parti. Mais c'est gratuitement que Plaute est immoral. Qui l'obligeait, par exemple, à emprunter VAsinaire au poète Diphile ; à nous montrer Un père et son fils

dignes Tun de Tautre, contractant ensemble un pacte infâme, et achetant, pour leur usage commun, une malheureuse que leur livre sa propre mère? Qui l'obligeait de souiller des sujets à peu près chastes, comme il fait dans telle scène de Casine , où Chalin communique aux spectateurs des réflexions d'une nature plus qu'étrange? Il est évident que Plante n'a qu'un but, le succès dramatique, et qu'il tient uniquement à servir ses juges selon leur goût. C'est la multitude qui décide ; c'est son grossier instinct qu'il flatte , et il parle pour elle bien plus souvent que pour les chevaliers et les sénateurs. Il est tout le premier à s'amuser de ce qui divertit la canaille. Il est peuple avant tout; il ne vaut ni pis ni mieux que ceux qu'il fait rire. C'est un artiste, et ce n'est qu'un artiste. Pourvu que ses personnages soient vivants ; pourvu qu'on les écoute avec plaisir; pourvu que le théâtre frémisse de temps en temps d'un agréable murmure , et qu'au mot final applaudissez ! toutes les mains et toutes les voix retentissent : il ne lui en faut pas davantage; il croit que rien ne manque à son œuvre. Erreur, ôpoëte! Tu n'y as mis que ton esprit: il y manque une âme. Il y manque ce qui fait les vrais chefs-d'œuvre ; cette passion du beau et du bien, cette horreur du mal et du laid, ces effusions de bienveillance humaine, cette aspiration à l'idéal enfin, sans laquelle on peut être un grand artiste et un homme de talent, mais qui fait seule les hommes de génie. L'art véritable a un autre but que lui-même ; une priapée n'est jamais qu'une priapée : exciter à la débauche, ce n'est plus faire œuvre de poète, mais de prostitueur; c'est se dégrader tout à la fois et de la morale sociale, et du goût littéraire, et de l'esprit même.

Reproches littéraires.

Je n'hésite pas à condamner, dans le comique de Plaute, tous les effets de rire obtenus aux dépens de l'honnête , toutes les plaisanteries obscènes , toutes les gravelures. Quant aux plaisanteries qui ne sont que plaisantes, si elles ne sont pas toutes d'un goût parfait et d'un atticisme irréprochable, elles ne sont jamais ni glace ni ennui. La Harpe

remarque que Plaute abuse des jeux de mots et des calembours. Il en cite quelques-uns, puis il s'écrie : « Tous ces jeux de mots sont du ton d'Arlequin, et non pas celui de Molière. >» Il est bien vrai que Plaute se complaît un peu trop à ces exercices frivoles; mais qu'on se garde de juger de l'esprit de Plaute d'après ce que sont , en français , les jeux de mots cités par La Harpe. On ne traduit pas un jeu de mots. Un calembour n'est supportable que dans la langue où il est né. Si l'on traduisait Molière en latin, et dans le latin le meilleur, croyez-vous qu'aucune combinaison de termes pût donner, je ne dis pas l'équivalent, mais la moindre idée de la boutade d'Alceste : La peste de ta chute, etc. ?et le calembour de Molière n'en est pas plus mauvais. La Harpe veut bien convenir, du reste , que les meilleures plaisanteries de V Amphitryon français ne sont que des emprunts , et que Piaule a fourni notamment tout ce qui roule sur les deux moi.

L'impitoyable critique reproche bien plus durement au poète l'uniformité de ses sujets : « C'est toujours une jeune courtisane ; un vieillard ou une vieille femme qui la vend ; un jeune homme qui l'achète, et qui se sert d'un valet fourbe pour tirer de l'argent de son père. Joignez-y un parasite, espèce de complaisant du plus bas étage, et dont le métier, à Athènes comme à Rome, était d'être prêt à tout faire pour le patron qui lui donnait à manger ; de plus un soldat fanfaron, dont la jactance extravagante et burlesque a servi de modèle aux capitans, aux matamores de notre vieille comédie, qui ne reparaissent plus aujourd'hui, même sur nos tréteaux : voilà les caractères qui se présentent sans cesse dans les comédies de Plaute. » Je conviens qu'il n'y a pas une variété infinie dans la disposition des éléments dramatiques, chez Piaule comme chez tous les comiques anciens. Mais La Harpe aurait dû dire que plusieurs des pièces de Plaute ne rentraient par aucun point dans sa formule, et signaler au moins les exceptions. Je demande si cette formule donne la moindre idée de V Amphitryon, des Captifs ou des Ménechiïies? llhWmt aussi, pour être juste, chercher à quoi tenait un défaut que je suis le premier à reconnaître ;

9i cHAPiTas yi.

si c'est aux portes eux-mômes qu'en revient la resppnsabilité, et jusqu'à quel point on est en droit d'accuser Plaute. Remarquez, en e£fet, que La Harpe, qui n'a que des éloges pour Térence, est bien forcé d'avouer que Térence pèche par cet endroit, co^ime son devancier. Il essaye, mais bien vainement, de démontrer que Térence a fait tout son possible pour effacer ou du çnoins poqr pallier le défaut. Térence n'y a pas même songé ; et ses pièces, quoi qu'en dise le critique, se ressemblent l'une à l'autre, autant pour le moins que se ressemblent entre elles les comédies de Plaute. Il suffit, pour expliquer ces ressemblances, pour justifier les comiques latins, et^ comme e\i% , Ménandre et ses émules, de songer qu'il leur était impossible de peindre autre chose que la partie la plus extérieure de la vie sociale. A Athènes, le gynécée était muré ^ si je puis ainsi dire ; la famille romaine était un sanctuaire plus sapré encore, et dont nul profane n'eût osé pénétrer les mystères. La matière comique était donc très-bornée; et, quoiqu'on vécût alors sur la place publique beaucoup plus qu'aujourd'hui, les aventures de la rue et les conversations en plein air n'étaient, après tout, qu'un chétif domaine, au prix du monde sans limites que les mœurs modernes ont ouvert aux entreprises des poètes, et où MoUère a conquis ce vaste et immortel empire. Si l'on cherche , dans les comédies de Plaute , cette suite raisonnable , cette parfaite vraisemblance, qui est l'idéal , dit-on, de l'art dramatique, je suis forcé de convenir qu'on perdra plus d'une fois sa peine. Les personnages de Plaute oublient assez souvent ce qu'ils sont ; ou plutôt ils se souviennent trop de ce qu'ils sont en réalité. L'acteur, ou plutôt l'auteur, perce sous le masque du personnage ; et tel monologue est un discours à l'adresse directe des spectateurs, une véritable parabase, sauf la politique. Évidemment Plaute s'est souvenu des libertés de l'ancienne comédie. Il en use aussi dans un intérêt tout personnel : il sait combien son public est inattentif et grossier; il craint des méprises; il craint que l'économie du drame ne soit pas suffisamment visible ; il craint qu'on ne se souvienne plus de tout ce qui précède, et qu'on n'ait oublié les leçons du prologue. Cha-

que parabase est ou un coipmentaire du passé, ou une préparation de l'avenir. Je constate une pratique de Plante, sans la condamner ni l'absoudre. Je dis seulement qu'avant de prononcer l'indignité du poëte , les critiques feront biex^ de convenir sur ce qu'ils entendent par la vraisemblance ; de nous expliquer la différence précise entre la vérité dramatique et la vérité vraie; de marquer le point où finit l'art légitime, et de dresser les colonnes d'Hercule que la fantaisie ne doit jamais franchir.

Quant aux aparté qui se prolongent, chez Plante, au delà de ce qui est cl^ez nous la juste mesure, il me suffit que le poète en ait tiré les plus heureux effets de comique, pour que je les lui pardonne de bon cœur. En stricte vraisemblance, tout aparté est faux, comme tout monologue : un peu plus, un peu moins, ne fait rien à l'affaire. Il n'y a que les fous qui parlent tout haut leur pensée. M^is je dois faire observer que ces personnages, qui, chez Plante, sont censés ne se pas voir, et qui font, chacun de leur côté , des discoiu^ qu'ils sont ceûsés ne pas entendre, c^ n'est pas dans un salon que Plante les fait paraître : c'est dans une vaste place, ou mille choses peuvent distraire le passant et l'empêcher de voir et de reconnaître des geAS qui sont de s£^ connaissance; c'est sur une scène immense^ et dont nos théâtres, même les plus vastes, ne sauraient donner la moindre idée.

Il me sera bien plus facile encore de diiw pourquoi les actes des pièces de Plante ne sont pas toujours très-bien coupés, et d'où yient que les cinq actes de chacune ne sont pas de dimensions proportionnées. Plante n'a probablement jamais su ce que c'est qu'un acte, et il ne s'en est pas plus inquiété que les Grecs, ses modèles. C'est plus tard gue quelque pédant compta quel était le nombre le plus ordinaire des repos ou des coupures, dans la plupart des œuvres dramatiques, et s'aperçut qu'il y en avait cinq, plutôt que quatre ou moins, plutôt que six ou davantage. Une telle découverte valait son pesant d'or. Le grammairien qui la fit dut se trouver bien heureux d'avoir la toise exacte des compositions dramatiques ; et la docilité des poètes à recevoir

ses prescriptions dut lui être un agréable loyer de ses travaux . Mais qu'il se fût applaudi de tout cœur, s'il eût pu prévoir qu'un homme comme Horace donnerait un jour la formule de sa règle, et Timposerait pour longtemps au monde !

Catalosae de« comédies de Plaute.

Je vais donner la liste alphabétique des vingt comédies de Plaute , d'après les titres latins, en indiquant sommairement le sujet de chacune et les diverses particularités qui peuvent mériter d'être notées.

1. Amphitruo, Un lecteur français n'a pas besoin qu'on lui dise ce que c'est que Y Amphitryon, La pièce de Plaute est celle de Molière. Molière la seulement adaptée au goût de son temps, et en a compliqué l'intrigue, par l'introduction du personnage de Cléanthis, femme de Sosie. Il est probable que Plaute avait emprunté cette comédie aux Doriens, poètes, comme on sait, très-médiocrement respectueux pour la majesté divine, et qui s'égayaienf sur les aventures du dieu très-bon et très-grand, avec aussi peu de vergogne que s'il s'agissait de Yulcain, ou de tout autre dieu quasiridicule. C'est cette comédie, sans nul doute, qui faisait dire aux enthousiastes que Plaute courait sur les traces d'Épicharme.

2. Asinaria, J'ai dit plus haut le sujet de cette comédie, et le nom du poëte à qui Plaute l'a empruntée. Au lieu de Diphile, nommé dans le prologue, quelques-uns lisent Démophile : ce Démophile est complètement inconnu. Le titre de la pièce vient de ce que la somme donnée par le vieux débauché est le prix de la vente d'un troupeau d'ânes. Molière a pris çà et là quelques traits heureux dans YAsinaire,

3. Aulularia, c'est-à-dire la pièce à la marmite. C'est l'original de V Avare de Molière. 11 n'y. a pas de comparaison possible entre le chef-d'œuvre du poëte français et la comédie du poëte latin ; ce qui n'empêche pas VAululaire d'être une pièce fort remarquable, pleine de verve et d'entrain, et qui ne méritait pas les dédains dont l'accable M. de La Harpe. Je dois relever ici, dans l'intérêt des jeunes gens,

deux petites erreurs du critique infaillible. La première est gro33e comme une montagne. La Harpe a pris le supplément d'Urcéus Codrus pour un péché de Plaute, qui n'en peut mais. La seconde prouve que ce grand Aristarque lisait quelquefois les auteurs français avec la même attention que les auteurs latins, et surtout que les grecs. Plaute n'est pour lui qu'un vil farceur, parce que Tavare Euclion, s'imaginant qu'on le vole, dit plaisamment, après avoir examiné les deux mains d'un esclave : « Montre la troisième. » Harpagon, selon La Harpe, après avoir vu une main, dit : Lanire y et, après avoir vu la seconde, il dit encore : L'autre, Le critique s'extasie à ce sujet ; et il remarque que la passion a pu faire oublier au vieillard qu'il a déjà vu les deux mains. 11 n'y a qu'un malheur, c'est qu'Harpagon ne dit ni une fois ni deux fois : Vautre. Il dit à La Flèche : Montre-moi tes mains ; et, quand La Flèche les lui a montrées, il dit : Les autres. La Flèche, étonné, répond : Les autres? Le vieillard n'en a pas le démenti ; et, comme il veut absolument les voir, La Flèche lui dit : Les voilà. Certes, il y a de la charge dans le mot de Plaute; mais il y en a bien davantage encore dans te commentaire qu'en a fait l'auteur français, sinon dans la scène rêvée par La Harpe.

4. Bacchides. Les Bacchis sont deux sœurs jumelles qui font le métier de courtisanes. L'une a un amant; l'autre est aimée de l'ami de cet amant. L'amant de la première ne sait pas qu'il y a deux Bacchis. Il se croit trahi par son ami et par sa maîtresse. Quiproquos, incidents, intrigue enfin; mais tout finit par s'éclaircir, et un esclave rusé tire les jeunes gens des embarras où les réduit la parcimonie de leurs pères.

5. Captivi. C'est un père qui retrouve ses deux fils, dont l'un avait été enlevé en bas âge, et dont l'autre avait été fait prisonnier dans un combat. Il n'y a, dans cette comédie, ni courtisanes, ni amours, ni valets fripons, ni pères imbéciles. Un parasite anime de ses bons mots la fable, plus touchante que gaie, et qui n'est guère d'un bout à l'autre qu'un irréprochable tableau de vertus et de dévouement.

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