Casina. La Harpe vante avec raison la gaieté de cette
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pièce ; mais cette gaieté est achetée, sielon moi, un peu cher. Le sujet est d'une n^oralité aussi peu scrupuleuse qi|e le sujet même de VA^inaire, Casipe est une jeune fille dont un père et son tils sont amoureu}^, et que le vieillard veut faire épouser à un de ses métayers, à condition que celui-ci cédera temporairement ses droits aii barbon. Mais Chalin, un adroit valet , tout dévoué au jeune amant de Casine, en fait voir de toutes les couleurs, et au vieux libertin, et au rustre son complice.
7. CisUUaria^ c'est-à-dire la pièce à la corbeille. Cette corbeille contient deis jouets d'enfant, qui servent à faire reconnaître l'origine de Silénie, l'héroïne de la pièce. Silénie est tombée ^\x% maiins d'une vieille courtisane, qui veut la forcer à faire son honnête métier. Elle résiste invinciblement, et elle est récompensée de sa vertu par l'amour d'un jeune homme de bonne famille, et par l'heureux événement qui lui rend un père et un^ mère et lui permet d'épouser son amant.
8. Cwcnlio, Curculio, c'est-à-dire Charançon, est un parasite. Ses bons mots, ses tours d'escroc et de faussaire ; la sottise du prostitueur Cappadox, et surtout ses yeux verts et son énorme bedaine ; les vanteries du capitaine Thérappntigone Platagidore ; enfin les manœuvres d'une courtisane peu scrupuleuse : voilà toute la comédie.
d. Epidicus. Cette comédie est la plus fortement intriguée de toutes tes pièces du théâtre ancien. Ëpidicus est un enclave dévoué au fils de son maître, et qui joue au bonbQmme de père toute sorte de tours qui n'ont pas nui à Scapin, tant s'en faut, pour le rendre plus consommé en adresse et en roueries.
10. Menœchmi, C'est l'original des Mémchmes de Regnard, et un original que la copie, malgré tout son mérite, est loin d'avoir éclipsé. Ce n'est plus ici la différence de Y Avare à YAululaire. La Harpe cite bien quelques traits ou Regnard a, en effet, vaincu son modèle; mais on en pourrait citer davantage encore où le poète français a eu le dessous.
11. Mercator, c'est-à-dire le Marchand, pièce imitée de Philémon. 11 s'agit encore de la rivalité d'un père et de son
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ûh, et de la déconvehue du vieillard. Mais le poète a traité plus décemment le sujet qu'ailleurs : il s* est contenté d'être intéressant, dramatique, comique; et ses personnages ne tombent ni dans l'impudeur, ni dans la bouffonnerie.
12. Miles gloriosus, c'est-à-dire le Soldat fanfaron, Pyfgopolynice, le héros de la pièce , est un bravache et uil &t ; et, grâce à sa fatuité, il se laisse tromper le mieux du monde, et il donne tête baissée dans tous les panneaux que lui tendent ses ennemis coalisés, savoir : une jeune fille qu'il a enlevée, et qui en aime un autre; l'amaût de la jeune fille, et surtout Palestrion, l'esclave du jeune homme, un fourbe consommé, un second tome d'Épidicus ou de Chalin.
13. Mostellaria, c'est*à-dire la pièce au revenant. Le Retour imprévu, de Regnard, est une imitation de cette comédie. Regnard n'a pas pu tout prendre, et il a pallié en plue d'un endroit la licence du poëte latin ; encore son ouvrage ne laisse-t-il pas de toucher plus d'une fois aux extrêmes limites où s'arrête la bienséance.
14. Persa, c'est-à-dire le Perse, Le titre de la pièce vient de ce qu'un des personnages se déguise en Perise dans le cours de l'action. Le sujet n'est autre chose qu'un combat de fourberies entre un esclave et un prostitueur, et où le prostitueur finit par être vaincu.
15. Pœnnlus, c'est-à-dire le Carthaginois, Ici encore il s'agit d'un prostitueur dupé. Deux jeunes filles, qu'il détient conime esclaves, finissent par être reconnues pour deux Carthaginoises de condition libre. C'est le Vieillard Hannon, leur père, qui est le Pœnulus, littéralement, le petit Carthaginois. Ce diminutif, comme celui de Grœculus, est Un terme de mépris. Plante semble avoir voulu condescendre, au moins en ce point, aux passions des Romains contre les ennemis qu'ils venaient d'abattre, et qu'ils redoutaient toujours. Du reste, nulle allusion politique. Il est vrai que la pièce n'est qu'une imitation de Ménandre; mais Plante ne redoutait ni les confusions de lieux ni les anachronismes. C'est dans le Carthaginois que se trouve ce fameux passage en langue punique, sur lequel ont pâli tant d'orientalistes,
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et qui a enfin livré, ce semble, tous ses secrets aux persévérantes interrogations de nos contemporains.
16. Pseudolus^ c'est-à-dire le Trompeur. C'est comme une répétition du Perse. On voit une nouvelle guerre de ruses et de friponneries entre un esclave et un prostitueur. Pseudolus remporte sur Ballion; et le prix du vainqueur est une jeune esclave, que Pseudolus a entrepris de conquérir pour Calidore, son maître. Cette comédie, au rapport de Cicéron, était une de celles qui plaisaient le plus a Fauteur. Ce n'est pourtant pas son chef-d'œuvre. Il n'y a que le rôle du prostitueur qui soit vraiment remarquable. Ballion resta, chez les Romains, le type de l'espèce. Roscius excellait dans ce rôle, du moins au jugement de Cicéron.
17. Rudens, c'est-à-dire le Câble. Cette pièce est aussi touchante que les Captifs^ aussi pure, aussi morale, mais bien plus vive et mieux conduite. Il n'y en a pas où Plante se soit plus complètement dégagé de ses défauts habituels, et où il se soit élevé à une plus grande hauteur de sentiment et de poésie. C'est encore un prostitueur puni ; mais il est puni par les dieux. La jeune fille qu'il ne veut pas céder au Cyrénéen qu'il aime, et qu'il se dispose à aller mettre aux enchères sur les marchés de Sicile, revient à Cyrène, grâce à la tempête qui brise le navire : elle retrouve son père dans un vieillard athénien; et le prostitueur, ruiné par son naufrage, perd ses droits sur son ancienne esclave. L'original du Câble était une comédie de Diphile.
18. Stichus. Il s'agit, dans cette pièce, de deux jeunes femmes, de deux sœurs, dont les époux sont absents, et que leur père veut forcer au divorce. Elles résistent à toutes ses instances, etelles demeurent fidèles à leurs premiers attachements. Les maris reviennent, après avoir fait fortune, et ils reprennent chacun leur femme. La comédie, qui n'est pas toujours très-gaie, s'anime beaucoup trop vers la fin, quand on permet à Stichus l'esclave de fêter le retour de son maître.
19. Trinumus, c'est-à-dire les Trois Écus, ou le Trésor, pièce traduite ou imitée de Philémon. Un jeune homme dissipe la fortune de son père absent, et vend la maison pater-
nelle. Un trésor est caché dans cette maison. Un amî du père, qui connaît la cachette, se rend acquéreur de la maison, a6n de sauver le trésor, qu'il destine à servir de dot à la fille de son ami. Retour du vieillard absent; le dissipateur est pardonné, et il promet de se mieux conduire désormais. 20. Tmculentus, c'est-à-dire le Brutal, Ce brutal est un esclave qui rudoie un peu trop le monde, et qui est surtout impitoyable aux courtisanes, dont il redoute les entreprises sur la bourse de son maître. Suivant Cicéron, le Brutal éiù\t une des deux pièces dont Plante était le plus satisfait. Il est vrai que plusieurs caractères sont tracés de main de maître. Strâtophane, militaire fanfaron, est excellent; la courtisane Phronésieest la ruse et la cupidité mêmes; mais Géta, l'esclave brutal, ne me paraît pas fort plaisant. Ajoutez que le sujet de la comédie n'est rien moins qu'irréprochable. Je ne comprends pas très-bien qu'un poëte honnête homme se soit applaudi de mettre en scène un père prêtant son enfant nouveau-né à une prostituée, pour aider celle-ci à escroquer un de ses amants.
Originalité dramatique de Plaute.
Les vingt comédies dont je viens de donner le catalogue sont toutes, sans exception, des comédies à manteau, des comédies dont les personnages sont grecs et dont la scène est en Grèce. Douze se passent à Athènes même; et les villes de Thèbes, de Calydon, de Sicyone, d'Épidaure, d'Épidamne, d'Éphèse, de Cyrène, où se passent les autres, sont ou des villes de la Grèce proprement dite, ou des villes fondées et habitées par des Grecs. Plante nous apprend, dans quelques-uns de ses prologues, la source où il a puisé plusieurs de ses pièces ; et, si nous avions tous les prologues qu'il avait écrits, nous saurions probablement l'origine de plus d'une autre. Il n'est pas téméraire d'affirmer que les vingt comédies de Plante sont des emprunts faits à la poésie grecque. Plante va, dans certains cas, jusqu'à se donner pour un simple translateur. Il dit, dans le prologue de ^i45^naire : « Diphile l'a écrite ; Marcus (c'est-à-dire Plaute) l'a traduite en langue barbare. » Il dit, dans le prologue du
Trésor : «* Philéraon l'a écrite ; Plaute Ta traduite en langue barbare. » Dans le prologue du Marchand, la formule est différente , mais l'intention est la même : langue latine ou langue barbare, en ce temps-là c'est tout un ; les Roniains, qui sentaient leur infériorité littéraire, se résignaient à se servir eux-mêmes d'expressions que les Grecs avaient sans cesse à la bouche. Quelque positive que soit la déclaration du poète, je n'affirmerais pourtant pas qu'il dit vrai quand il se donne pour le copiste de Philémon ou de Dîphile. Il suffit de comparer les pièces de Plaute avec celles de Térence, pour se convaincre que Plaute a dû faire subir à ses originaux des modifications profondes, souvent môme de complètes transformations. Autant Térence est fidèle à l'esprit grec, et prend à tâche de n'être Romain que par la langue, autant Plaute redoute peu de changer ses Grecs en Romains, et de porter Rome avec lui dans la Grèce et jusque dans Athènes. Le sel de Plaute n'est pas du sel attique : il a la saveur romaine au plus haut point ; il l'a môme beaucoup trop prononcée. Mais l'originalité du poète n'est pas uniquement dans la qualité de ses bons mots et dans ses bouffonneries. Charles Labitte a bien raison de dire que Plaute a pris aux Grecs bien moins que lui-même il ne croit, ou qu'il ne veut le faire croire à ceux qui ne jurent que par les Grecs, et qui ne tiennent pour bon que ce qui vient de Grèce. Il m'est doux de laisser parler ici un ami regretté, ce spirituel et judicieux critique ravi, hélas ! si prématurément à la littérature et peut-être à la gloire.
« Des jeunes fous, dit Labitte, et des vieux libertins, des pères dupés et des courtisanes insatiables, assurément il y en a partout ; et ceux du Latium pouvaient très-bien n'être guère différents de ceux de l'Attique. Qu'on voie donc, pour peu qu'on y tienne, un emprunt fait à la Grèce dans cette suite de types favoris qui avaient le privilège de toujours provoquer Thilarité romaine : que l'infâme prostitueur, avec ses habits chamarrés et son gros ventre, soit bafoué par les amoureux qui l'escroquent; que la broche du moindre cuisinier suffise à faire fuir ce soldat fanfaron qui se vantait 'out à l'heure de tuer des éléphants d'un revers de main ;
que le vorace parasite quitte la cuisine pour relire, de rœil qui lui reste, ses vieux cahiers de bons mots ( Peré.^ 3â9), et se faire ensuite payer ses lazzis par quelque franche lippée; qu'un esclave, bel esprit effronté, iïivente, pour filouter son mattre, toute une stratégie savante, toutes les combinaisons d'un fripon retors et madré ; enfin que ce cortège d'êtres ignobles ou burlesques passe tour à tour devant nous. J'accorderai qu'ils viennent d'Athènes, eux et leur race, quoiqu'il fût facile de revendiquer en leur faveur le droit de cité, et de leur accorder au moins la naturalisation. « Cependant je me trompe fort, ou voici, tout à côté, d'autres personnages qui n'ont jamais quitté l'enceinte des sept collines. Ce banquier voleur, qui paye ses créanciers à coups de poing {CurcuL^ 385), il sort évidemment de la rue des Vieilles-Échoppes, il va trafiquer d'usure au forum ; cette épouse fidèle, mais revéche, honnête, mais bavarde, n'est-ce pas la matrone des anciens temps? Quel est cet insolent qui se pavane? un affranchi d'hier, un plébéien parvenu, un client ( Pœnul.j 659 ), qui le prend sur le haut ton parce qu'il vend son témoignage, parce que l'habitude du parjure lui permet de ne pas déshonorer par le négoce sa prétendue dignité de citoyen. Nous sommes à l'audience du préteur : quittons-la pour glisser un œil furtif dans la rue des Toscans. Entrevoyez-vous, par l'impluvium, cette jeune courtisane dont une esclave lisse les cheveux huilés? Elle lit, je crois, des tablettes de cire que vient de lui remettre un fils de famille : c'est un traité par lequel on l'achète pour un an ; traité qui pourra bien donner lieu à des procès {Asinar,, 750), et dont le magistrat, soyez-en sûrs, examinera sérieusement les clauses. Ici le Romain se montre à découvert; son esprit formaliste fait de l'amour un contrat, et il donne au vice un caractère légal et juridique.... Décidément nous sommes à Rome : il suffit d'ouvrir le théâtre de Plaute pour n'en plus douter. A chaque pas, des anachronismes intelligents, de spirituelles inadvertances, y trahissent l'intention vraie de l'auteur. Ici, par exemple, on vous dit que le roi Créon règne céans; mais voilà, quelques vers après, qu'il est question des triumvirs. Là, vous voyez
les murs d'Athènes; prenez patience, on ne tardera pas à vous envoyer chez les édiles. Dans une autre pièce, vous croyez être à Épidaure, et quelques scènes plus loin il sera question du Capitole ^ »
11 faut dire toutefois que certaines pièces de Plante, telles que les Captifs ou le Câble y ou. encore les Ménechmes^ semblent assez conformes à ce qu'ont dû être leurs originaux, et que la personnalité du poëte latin n'y perce qu'à de rares intervalles. Mais on pourrait justifier par mille exemples les assertions de Charles Labitte. Écoutez Charançon, à son entrée en scène ; et dites si c'est Ménandre ou Philémon qui le fait parler, et si nous sommes ailleurs que dans la ville éternelle : tt Faites-moi place , amis ou inconnus ; laissez-moi accomplir ici ma mission. Fuyez tous, allez-vous-en, retirezvous du passage; sinon j'en renverse, dans ma course, d'un coup de tête, de coude ou de poitrail, ou de genou. Je suis chargé d'une affaire pressante : nul délai, nul retard. Quiconque me barre le chemin, si riche ou si puissant qu'il soit, général ou prince, édile, préteur ou magistrat, il est à bas, je l'étalé à plat dans la rue. Gare à ces Grecs avec leurs manteaux, qui marchent la tête couverte, chargés de livres et de paquets, et qui baguenaudent en discourant de fadaises : ils vous heurtent, vous coudoient, et lâchent à chaque pas quelque sentence ; vous les voyez buvant sans cesse au cabaret; ont-ils filouté quelque argent, ils boivent chaud, la tête couverte; puis, ils s'en vont tout mélancoliques et entre deux vins : que je les rencontre, et chacun d'eux aura de mon pied au derrière. Quant à ces esclaves de bouffons, qui jouent à la b£flle dans la rue, je les étendrai tous sur le sol. Que tous ces gens-là restent chez eux, s'ils tiennent à éviter malheur*. >» Non-seulement nous ne sommes point à Épidaure, mais Charançon nous met sous les yeux un des traits les plus singuliers de la physionomie de Rome au temps où Plante écrivait. Voilà bien les Grecs qui y pullulaient alors, ces philosophes et ces rhéteurs, ces intrigants de toute sorte, ces bavards spirituels, plus distin-
1. Ch. Labitte, Études littéraires, 1. 1»', pages iS2 et suivantes.