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Trurulentui. vors

106 CHAPITBS VI.

Plaute tout pur et de la plaisanterie assez plaisante. Plaute a excellé à peindre les femmes. Croit-on qu*il les ait toujours trouvées, ches ses poètes grecs, ou aussi scélérates, ou aussi charmantes? Je ne sais pas ce qu'était Âlcntiène dans la comédie d'Ëpicharme, ou dé l'auteur quelconque dont Plaute a imité V Amphitryon; mais TAlcmène latine a une noblesse à la fois fière et douce où Rome et Plaute ont bien à revendiquer quelque chose. C'est la matrone romaine tempérée par l'amour ; c'est un mélange gracieux de vertus et de sentiments tendres, dont Molière lui-même n'a pas donné l'équivalent. Voyez la scène où Amphitryon soupçonne sa fidélité ; et dites si cette Âlcmène n'est pas une fille des Fabius ou des Scipions, une vraie sœur de Cornélie?

« ÀLGMÈNE. Je le jure par l'empire du roi suprême, et par Junon, par cette mère de famille que je dois respecter et craindre par-dessus tout : nul mortel, hormis toi, n'a touché mon corps de son corps, nul ne m'a jamais souillée. Amphitryon. Puisses-tu dire vrail àlcm. Je dis la vérité; mais à quoi bon, si tu ne veux pas croire? Amph. Tu es femme; tu jures hardiment. Algm. Celle qui n'a point failli est en droit d'être hardie, et de parler avec confiance et orgueil. Abiph. Tu n'en manques pas. Alcm. Comme il sied à une femme de bien. Amph. Oui, tu l'es en paroles! Alcm. Si je suis dotée, ce n'est point, selon moi, de ce qu'on nomme ma dot : mes richesses, c'est la chasteté, la pudeur, la retenue, la crainte des dieux; c'est mon amour pour mes parents; c'est de bien vivre avec tous les miens, de t'être soumise, d'être bienfaisante aux bons et serviable aux gens de cœur. »

11 est vrai que Sosie , dans tout le cours de la scène , et même sur ceci, fait des réflexions burlesques, et assez mal sonnantes ; mais on conviendra aussi que Plaute sait parler, quand il lui plaît, un autre langage que celui de la farce, et qu'il ne fait pas grimacer toutes ses figures.

Térence, dans le prologue des Adelphes ^ attribue à Plaute une des pièces contestées depuis par Attius et par Varron, les Associés de mort. Il nous apprend que, dans la pièce originale, qui était de Diphile, on voyait un jeune

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homme enlevant une courtisane des mains d'un prosti* tueur, et (jue Plaute avait fait sa comédie sans se servir aucunement de ce prostitueur, ni de cette courtisane, ni de ce jeune homme. Ceci montre assez avec quelle liberté PJaute traitait ses modèles, et combien il lui en coûtait peu pour suppléer par d'autres inventions celles qu'il aurait pu se borner à transporter dans ses domaines. Quoi qu'il en soit de rauthenticité des Associés de mort, on peut dire que, si ce n'est pas Plaute qui a écrit cette pièce, il a dû en user d'ordinaire, avec les poètes qu'il imitait, comme en avait usé, avec Diphile, cet Aquilius pour qui la revendiquent Attiua et Varron.

Prolosnefl de« eomédles de plaute.

Les prologues des comédies de Plaute ne sont pas la por* tion la moins originale des oeuvres du poète. Chaque prol(^ue est une sorte d'introduction, destinée à exposer le sujet, à mettre le spectateur au fait de toutes les circonstances qu'il a besoin de connaître, et à solliciter son attention, sa justice et son indulgence. Je ne saurais dire tout ce que Plaute y déploie, en général, de verve bouffonne, d'adresse et d'esprit. Il connaît son public à fond ; il n'ignore rien surtout de ce qui peut captiver la partie bruyante de son auditoire. Dès les premiers mots, l'attention est saisie, une gaieté bienveillante circule dans tous les bancs, et la moitié du sucèès est déjà conquise. Il faudrait citer ici le prologue de YAmphitryoUf pour preuve de ce que j'avance. C'est un morceau achevé en son genre, et que Boileau luimême n'hésitait pas à mettre au-dessus du dialogue de Mercure et de la Nuit, qui sert de prologue à V Amphitryon de Molière. Le prologue du Carthaginois n'est guère moins spirituel; et il y a des détails infiniment curieux sur le personnel des spectateurs qui remplissaient le théâtre. Mais la longueur de ces prologues ne me permet pas de les transcrire. D'ailleurs, il suffit d'un prologue de quelques vers pour donner une idée de la manière habituelle du poète. Voici celui du Brutal, par exemple : « Plaute vous demande une très-petite place dans votre grande et belle ville, pour

y transporter Athènes, et sans architectes. Eh bien! voulezvous, oui ou non, la lui accorder? — Ils consentent. Je suis bien sûr de Tobtenir à Tinstant. Mais, si je vous demandais de votre bien privé? — Ils refusent. En vérité, vous êtes fidèles aux manières du temps passé ; car vous avez la langue leste pour dire non ! Mais venons au sujet qui m'amène ici. Voilà donc Athènes, sur ce théâtre ; et elle y sera tant que va durer la représentation de notre comédie. » Le reste du prologue est simplement l'exposition du sujet.

Tous les prologues ne sont pas sur le ton badin. Le long prologue du Câble est même d'une poésie fort élevée. L' Arcture, qui y parle en personne, et qui vient de soulever la tempête, pour punir deux vieux scélérats, ne pouvait pas parler comme un personnage vulgaire, ni même comme Mercure, complaisant serviteur de Jupiter en bonne fortune. Aussi trace-t-il un admirable tableau des soins que les dieux se donnent pour le bon gouvernement du monde. Je n'affirmerais pas que ce beau prologue appartienne en propre au poëte ; ce que nul ne saurait contester ni du prologue de V Amphitryon, ni de celui du Carthaginois, ni de tant d'autres. Il y en a un autre encore dont Plante semble n'avoir été que l'élégant et spirituel arrangeur, et où l'on reconnaît le génie de Philémon et sa profonde philosophie. C'est celui du Trésor. Tout ce qui précède l'exposition du sujet vient probablement du poëte qui a fourni la pièce : « Le Luxe. Suis-moi, ma fille, et fais ton devoir. L'Indigence. Je te suis; mais où allons-nous? je l'ignore. Le Luxe. Ici ; voilà la maison : entres-y à l'instant. {Aux spectateurs :) Je vais vous mettre sur la voie , de peur de méprise ; mais promettezmoi d'écouter. Daignez faire attention , et je vous dirai qui je suis, et quelle est celle qui vient d'entrer là. D'abord, Plante me nomme le Luxe , et celle qu'il m'a donnée pour fille est l'Indigence. Maintenant il s'agit de savoir pourquoi elle est entrée ici par mon ordre : ouvrez bien vos oreilles, je vous prie. Il y a, dans cette maison, un jeune homme qui a, grâce à mon aide, dissipé son patrimoine.... »

Plante fait dire quelque part à un de ses personnages : « Quand le poëte a pris en main ses tablettes, il cherche ce

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qui n'existe nulle part dans le monde, et pourtant il le trouve ; ce qui n'est que mensonge , il lui donne Tair de la vérité*. » Pseudolus ne le dit qu'à propos des bons tours qu'il prépare; mais ('.ette définition de la poésie prouve du moins quePlaute avait une vive conscience de ce merveilleux pouvoir qu'il possédait en lui-même. J'accorderai sans peine que les dons créateurs ont pu être départis, plus abondants et plus complets, à d'autres poètes comiques. Mais, si nous avions Ménandre ou Diphile, Ëpicharme ou Philémon, nous verrions, je n'en doute pas, que Plante était de leur famille, et qu'il n'a pas manqué de génie.

' GËCILIUS.

IMPOITANCE UTTÉRAIRE DE CÉCILIOS. — TIE DE CIÎCILIDS. — UN CHAPITRE D'AULC-GELLE- — CONJECTURES 8CR LE TALENT DE CÉGILIUS.

Importance littéraire de Céelllas.

Cécilius est le lien qui rattache Plante à Térence. Il fut le contemporain du premier, et il vécut assez pour assister aux débuts du second, pour lui aplanir même l'accès de la carrière. Mais ce n'est pas seulement par la date qu'il tient aux deux grands comiques : on sait quelque chose de ses œuvres; et ce qu'on en sait prouve qu'il avait été, tout à la fois, et le continuateur de Plante, et le précurseur de Térence. Cécilius ne reculait pas devant la bouffonnerie, et il était loin de mépriser les applaudissements populaires; mais il y avait aussi, dans ses comédies, la part des sénateurs et des chevaliers : il y avait les scènes de comique sérieux , les études morales, les belles maximes. Aussi comparait-on Cécilius tantôt à son successeur, tantôt à son devancier. Et quelques-uns n'hésitaient pas à le préférer à l'un comme à

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